Cinemed : « Enquête au paradis » ou comment tuer la vie pour vivre la mort

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ENQUTE AU PARADIS DE MERZAK ALLOUACHE
Capture d'ecran Enquete au paradis de Merzak Allouache | Enquete au paradis
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Zahra Ferhati et Tahar Kaidi, journalistes, ont vu ce mardi « Enquête au paradis » de Merzak Allouache, au Cinemed. A la sortie, tous deux n’étaient pas d’accord sur le message de ce docufiction. Deux points de vue impossible à départager. A défaut de vous livrer une synthèse de ce film, ils vous dévoilent chacun leur perception de ce long-métrage.

Selon Zahra Ferhati

Mustapha, journaliste dans un quotidien algérien, tombe par hasard sur un prêche religieux saoudien sur Youtube. Dans cette vidéo, ce dernier explique que les fidèles – les musulmans – qui s’abstiendront durant leur vie auront toutes les faveurs notamment sexuelles au paradis. Ce prêche intrigue Mustapha et sa collègue Nedjma. Ils le trouvent dangereux car il encense la mort par rapport à la vie. C’est à partir de là que commence l’enquête du réalisateur Merzak Allaouche. A travers les interviews des deux journalistes, il donne la parole aux jeunes adolescents cibles de ce prêche, mais aussi aux intellectuels et aux religieux.

« Enquête au paradis » est un docufiction dans lequel le réalisateur de « Bab El Web » continue d’explorer le malaise profond que ressent l’algérien après une décennie de terrorisme des plus cruelles.

Cette enquête ne se déroule pas uniquement à Alger. Nadjma se rend aussi dans le sud algérien. Elle s’y interroge sur cette conception du paradis qu’a la population mais surtout ses conséquences.

Avec une approche humoristique très sobre, « Enquête au paradis » permet à la fois la déconstruction du discours salafiste-wahhabite qui nous envahit via internet – la globalisation a fait fructifier le « marché » du religieux – et dresse par la même occasion un état des lieux de la société algérienne.

Ce long-métrage est une radioscopie d’une société en mal de vivre, pauvre intellectuellement et culturellement. Société où l’Islam politique prend le pas sur l’Islam ancestral.

« Enquête au paradis » permet de prendre conscience du recul de la condition des femmes, de mettre à nu le malaise d’une jeunesse sans perspective tentée par les sirènes djihadistes (selon le prêcheur, il y aurait 72 vierges par croyant au paradis). Face à ce constat, en Algérie, la résistance prend tout son sens.

Selon Tahar Kaidi

Avec son « Enquête au paradis », Merzak Allouache poursuit sa réflexion sur les contradictions des discours religieux qui influent sur la société algérienne. Dans ce film, le réalisateur se révolte contre « cette société où le les dogmes ne se contestent plus ».

Citoyens lambda et intellectuels ont répondu à la question : « Comment imaginaient ils le paradis ? » Les réponses sont multiples mais unanimes quant à l’idée d’une récompense divine : il faut s’interdire les plaisirs, le désirs et renoncer à la vie juste dans l’espoir de se retrouver avec les 72 vierges du paradis.

Merzak Allouache met ainsi en lumière ce courant réactionnaire et le profond désarroi des intellectuels impuissants à proposer une autre lecture. Il nous montre combien cette conception statique et figée de la religion brime les Algériens. Cependant, il ne nous explique pas comment les gens intègrent ces interprétations. Pour le réalisateur, cette radicalisation de la population est incontournable. Mais, à aucun moment, il ne montre que l’Islam populaire maghrébin peut apporter une vision éclairé, moderne.

Dans « Enquête au paradis », la radicalisation est expliquée par le simple angle religieux. Le réalisateur n’évoque pas, dans son film, les conditions socio-économiques qui poussent les gens dans les bras des courants réactionnaires.


A l'occasion du Cinemed, le HuffPost Algérie publie, conjointement avec d'autres publications, les articles de couvertures d'étudiants en journalisme, accueillis par le festival à Montpellier.

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