Pourquoi est-on souvent déçu par les adaptations de livres au cinéma

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child little girl reading a magic book in the dark home with a toy teddy bear | evgenyatamanenko via Getty Images
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Rien de mieux que l'imagination. "Au revoir là-haut" d'Albert Dupontel, adapté du livre de Pierre Lemaitre publié en 2013, sort en salles ce mercredi 25 octobre. C'est l'une des nombreuses adaptations cinématographiques à découvrir cet automne avec "D'après une histoire vraie" de Delphine de Vigan le 1er novembre, "Plonger" de Christophe Ono-di-Biot le 29 novembre, ou encore "La promesse de l'aube" de Romain Gary attendue le 20 décembre.

Adapter un livre en film (ou en série) est souvent un pari risqué que se lancent les réalisateurs. Car en sus d'affronter la critique, le film doit faire face à un public encore plus redoutable: les fans du livre dont il est inspiré. Adapter un livre c'est évidemment prendre le risque de décevoir ceux qui l'ont lu auparavant. "Pourquoi suis-je tellement plus amoureuse du livre que du film", se demandait une blogueuse dans sa critique du film "Percy Jackson et la Mer des Monstres", publiée dans The Guardian. Une question que bon nombre de lecteurs se posent après avoir vu une adaptation. Et finalement la réponse est simple: rien ne rivalise avec votre imagination.

"Harry Potter, les films sont vraiment géniaux, mais c'est fou ce qu'ils peuvent être fades à côté des livres!", témoigne Emma, fan de la première heure de J.K. Rowling. C'est bien le souci avec les adaptations de livres: même s'ils sont réussis aux yeux des non avertis et de la critique, ils seront toujours décevants aux yeux des lecteurs de l'œuvre originale. "Quand on lit un livre on se fait son propre film. Les gens qui vont voir une adaptation comparent les deux, c'est normal", explique au HuffPost David Foenkinos dans le cadre de la promotion de son film "Jalouse" (en salle le 8 novembre), réalisé avec son frère, l'écrivain Stéphane Foenkinos.

Le film, la mort de l'imaginaire

Scènes du livre coupées, nouveaux personnages, nouvelles relations pourtant inexistantes dans l'œuvre originale... Tant de choses font que l'œuvre cinématographique peut surprendre, en bien ou en mal, le lecteur. Car le monde créé dans nos tête à la lecture des mots sera toujours plus brillant et percutant que celui imposé sur un écran.

L'auteure Marguerite Duras avait une opinion assez arrêtée sur la question. "Le cinéma arrête le texte, frappe de mort sa descendance: l'imaginaire. C'est là sa vertu même: de fermer, d'arrêter l'imaginaire. Cet arrêt, cette fermeture s'appelle le film. Bon ou mauvais, sublime ou exécrable, le film représente cet arrêt définitif. La fixation de la représentation une fois pour toutes et pour toujours". Notons que cela ne l'a pas empêchée d'adapter certaines de ses œuvres sur grand écran.

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Même Flaubert déclarait, déjà au 19e siècle, à propos de l'illustration des œuvres écrites: "Jamais moi vivant, on ne m'illustrera, parce-que la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin (...) une femme dessinée ressemble à une femme voilà tout. L'idée est déjà fermée, complète et toutes les phrases sont inutiles tandis qu'une femme écrite fait rêver à mille femmes."

Une trahison de la lettre, nécessaire et bienvenue

Enfin, adapter un livre en film nécessite de nombreuses modifications, ne serait-ce que pour des questions de format et de réalisation. Un livre de 800 pages peut difficilement tenir tel quel dans un film de deux heures et demi. Des coupes doivent être effectuées, des passages remodelés.

"L'adaptation d'un livre en série est toujours une trahison de la lettre, mais tant qu'on garde l'esprit et l'ambiance de l'écrit, c'est le plus important", nous expliquait l'auteur Bernard Minier à l'occasion de la sortie de l'adaptation en série de son best-seller "Glacé". Il notait d'ailleurs que de nombreuses modifications avait été faites par rapport à son roman: "Des choses ont été modifiées mais l'essence de mon livre a été préservée. J'ai été bluffé par le résultat".

Pour sa part, l'écrivain français Julien Gracq estimait à propos de l'adaptation: "Pour qu'un roman devienne un très bon film, il faut que le film soit autre chose. Il s'agit de chercher une sorte d'équivalent mais qui ne se limite pas à la simple transposition visuelle".

De façon plus philosophique, le critique André Bazin évoquait l'intervention d'un "génie créateur": "Il ne s'agit pas de traduire si fidèlement, si intelligemment que ce soit, mais encore de s'inspirer librement, avec un amoureux respect, en vue d'un film qui double l'oeuvre, mais de construire sur le roman, par le cinéma, une oeuvre à l'état second. Non point un film comparable au roman, ou "digne" du livre, mais un être esthétique qui est comme le roman, le roman multiplié par le cinéma".

Pierre Lemaitre est quant à lui tout à fait enchanté par l'adaptation de son livre par Albert Dupontel, expliquait-il à TF1. Le réalisateur, tout en restant dans l'esprit de l'œuvre, à su insuffler sa patte et même plus. "Je suis un peu jaloux parce que finalement si j'avais eu l'idée je l'aurais fait, mais je n'ai pas eu l'idée", regrettait-il en évoquant l'omniprésence et l'aspect artistiques des masques des personnages à l'écran.

David Foenkinos a déjà écrit plusieurs œuvres adaptées au cinéma et sur le petit écran, telles que "Les souvenirs", réalisées par jean-Paul Rouve en 2015 ou "La délicatesse" réalisées par l'auteur et son frère en 2012. Nous lui avons demandé ce qu'est, selon lui, une bonne adaptation cinématographique, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous.

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