Les ordinateurs amortis ont une seconde vie grâce à l'idée éco-responsable de ces jeunes tunisiens

Publication: Mis à jour:
IJJ
SOCIORDI
Imprimer

Pourquoi donner une seconde vie aux ordinateurs? Parce que c'est bon pour l'environnement, pour la santé et pour le portefeuille.

"Sociordi, l'ordinateur solidaire", une entreprise sociale fondée en 2011 par cinq jeunes de Mahdia, et portée par leur association "Pensée Nationale Libre- Mahdia".

C'est la mission de Ali, Hichem, Maher, Mejdi et Rjab, celle de valoriser les déchets informatiques.
En allongeant la durée de vie d'un ordinateur, ils participent non seulement à la préservation de l'environnement et de la santé, mais permettent aussi à des familles de régions défavorisées d'accéder au monde du numérique, à moindre coût ou même gratuitement.

Pourquoi ne pas jeter les vieux ordinateurs?

Premièrement, parce que c'est bon pour l'environnement. Les e-déchets, ou déchets électroniques, constituent un fléau pour la santé. La fabrication d'un seul PC nécessite au moins 240kg de carburants fossiles, 22kg de produits chimiques et 1500kg d'eau, selon une étude menée par des chercheurs de l'Organisation des Nations Unies.

En Tunisie, le recyclage des déchets électroménagers et électroniques est mal géré, si ce n'est inexistant. Morched Gargouj, ingénieur en environnement et président de l'association SOS Biaa, avait affirmé dans un reportage de RFI que la mauvaise gestion des déchets, comme l'incinération, est très dangereuse, surtout pour la santé. Ces appareils contiennent des métaux comme le plomb, le mercure, le cadmium ou le béryllium, des matières dangereuses et polluantes.

La deuxième bonne raison pour ne pas jeter vos ordinateurs, mais d'en faire plutôt don à "Sociordi", est que l'équipe se chargera de retaper l'appareil, le rendre performant et de le vendre à un prix symbolique, si ce n'est gratuitement.

Cette idée est partie lorsqu'un jour à l'association "Pensée Nationale Libre", les quatre jeunes mahdois apprennent qu'un homme de la région était à la recherche d'un ordinateur pour son fils, pour un budget de 150dt, "il n’a réussi qu’à acheter une pseudo-machine du souk", raconte Ali Sakka au HuffPost Tunisie. Le groupe d'amis va alors récupérer un vieil ordinateur chez une entreprise locale et le remettent en marche.

Convaincus de l'impact de leur geste, les jeunes entrepreneurs maintiennent leur activité durant deux ans "avec les moyens du bord", raconte Ali. "En 2016, suite à notre participation à l’appel à projet PISSCA de l’IFT, nous avons eu une subvention de 30 MD qui nous a permis l’obtention d’un local, de recruter 2 salariés et de se procurer le matériel nécessaire pour le lancement du projet Sociordi".

"À travers Sociordi, 2 écoles, 4 clubs associatifs, 4 étudiants chercheurs et près de 60 jeunes ont pu acquérir des ordinateurs bureautiques ou portables gratuitement à Mahdia, mais aussi dans d’autres zones défavorisées de la Tunisie", affirme Ali Sakka au HuffPost Tunisie. Et d'ajouter: "Nous avons permis à 6 entrepreneurs et informaticiens de se procurer des ordinateurs performants avec des prix raisonnables".

"Nous visons à faire don de 30 ordinateurs par mois", c'est l'objectif de Sociordi, mais ce n'est pas évident, déclare Ali. "Malheureusement, aujourd’hui, ce n’est pas le premier réflexe de ces entreprises de faire don de leurs ordinateurs amortis, et pour les administrations publiques, c’est un chemin sans issu pour l’instant", se désole le fondateur de l'entreprise.

Heureusement, Sociordi bénéficie de l’appui de quelques entreprises locales et nationales et même des particuliers. En renouvelant leurs stocks informatiques, ils n'hésitent pas à faire don de leurs machines informatiques et périphériques, que Sociordi remettra sur le marché après leurs reconditionnements.

Et ils ne s'arrêtent pas là, l'équipe de Sociordi organise aussi des ateliers, où les participants apprennent à réparer eux-mêmes leurs appareils. Ils donnent également des formations sur les langues de programmation, les outils de fabrication et d’autres moyens d’utiliser le web à travers des sessions d’animation collective.

Un bon geste pour l'environnement, pour la société et pour l'éducation numérique. Ne dit-on pas "d'un ordinateur, trois coups"?

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.