"Un pays qui est dirigé par un président qui a 93 ans et qui est allié à Rached Ghannouchi, qui a 76 ans, est-il vraiment stable?" se demande d'Abdelfattah Mourou

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MOUROU
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Figure de proue du mouvement Ennahdha et vice-président de l'Assemblée des Représentants du Peuple, Abdelfattah Mourou est connu pour sa spontanéité et ses avis controversés.

En effet, après avoir taclé Al Azhar sur le plateau télé de France 24, Mourou n’a pas mâché ses mots, cette fois-ci, pour décrire la situation politique du pays.

"Un pays qui est dirigé par un président qui a 93 ans et qui est allié à Rached Ghannouchi, qui a 76 ans, est-il vraiment stable? Que va-t-il se passer si l’un des deux venait à disparaître? Il n’y a pas d’accord entre leurs partis" a-t-il balancé lors d'une interview parue sur les colonnes de la Tribune de Genève en date du mardi 24 octobre 2017. Une réponse qui dévoile l'inquiétude de ce dernier envers le paysage politique qui, selon lui, se repose sur deux "piliers" à savoir le président de la République Béji Caïd Essebsi, et l'actuel président de son parti, Rached Ghannouchi. D'après lui, la stabilité politique en Tunisie ne tient qu'à un fil.

En fait, ce n'est pas la première fois que Mourou manifeste une telle réflexion. Une déclaration similaire a été, par ailleurs évoquée en mai dernier à Jeune Afrique où il a dit "je crains aussi que le consensus actuel ne tienne qu’à l’accord oral entre deux cheikhs de 90 et 75 ans insuffisamment soutenus par leurs partis respectifs".

Pourtant, Mourou a souligné à maintes reprises l'importance de passer le relais aux jeunes. "Rached Ghannouchi et moi même devons sans doute passer la main à des jeunes qui appréhendent bien mieux la société tunisienne que nous mêmes" a-t-il précisé dans une interview exclusive accordée à TV5 Monde quelques années auparavant.

D'ailleurs, récemment Mourou a précisé que Ghannouchi ne prévoit pas de se présenter aux prochaines élections présidentielles.

Le dirigeant d'Ennahdha a émis, par ailleurs, d'autres réserves relatives à l'avenir politique du pays. "Je crois que nous aurons encore besoin de dix années pour avoir des institutions solides," a-t-il renchéri. La même réflexion a été mentionnée dans une ancienne interview avec Jeune Afrique: "Il faudra au moins deux quinquennats pour parachever la transition en Tunisie," a-t-il dit.

Un tableau pessimiste que vient de dresser le vice-président de l'ARP notamment au niveau économique. "Avant, nous avions un marché en Libye. Aujourd’hui, il n’y a plus rien,"a-t-il expliqué. Il a estimé que la croissance économique peine à se redresser. "La croissance n’est pas là (...) Tout est à redémarrer. Cela va prendre du temps," a-t-il renchéri.

"Les Tunisiens en ont marre de ce chaos. Ils veulent à manger et du travail. Certains commencent même à dire qu’ils regrettent l’époque Ben Ali. C’est une minorité, heureusement. Evidemment, les gens reconnaissent que la situation est meilleure au plan des libertés, mais ils disent qu’ils n’ont rien à mettre sur la table," a-t-il encore souligné.

Interrogé sur la place de l'Islam vis à vis de l'Etat, Mourou a précisé que la Constitution a tranché. Il a rappelé, par ailleurs, que son mouvement a rompu avec les Frères musulmans en 1978, et forgé sa propre identité. "Ennahdha veut dire «renaissance». Il n’y a pas de connotation islamique," a-t-il argué en ajoutant "Je suis l’une des figures les plus acceptées en Tunisie bien que je sois le fondateur de ce mouvement. Je suis le plus ouvert des Ennahdhaouis et j’en suis fier."

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