L'autonomie de la Catalogne en sursis, son président invité à Madrid

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CATALONIA
Catalan President Carles Puigdemont (C) and other Catalan regional government members attend a demonstration organised by Catalan pro-independence movements ANC (Catalan National Assembly) and Omnium Cutural, following the imprisonment of their two leaders Jordi Sanchez and Jordi Cuixart, in Barcelona, Spain, October 21, 2017. REUTERS/Ivan Alvarado | Ivan Alvarado / Reuters
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Des tractations étaient en cours mardi en Espagne pour une éventuelle prise de parole devant le Sénat du président catalan, l'indépendantiste Carles Puigdemont, juste avant une prise de contrôle de la Catalogne par Madrid.

Le gouvernement espagnol s'apprête à suspendre l'autonomie de la région - une mesure sans précédent depuis que l'Espagne a recouvré la démocratie en 1977 - alors que les dirigeants catalans menacent toujours de proclamer l'indépendance.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy compte destituer tout l'exécutif catalan et confier ses compétences aux ministères, prendre le contrôle de la police catalane, mettre sous tutelle le parlement et les médias publics régionaux, et organiser des élections régionales dans les six mois.

Le Sénat, où le parti de M. Rajoy dispose d'une majorité absolue, doit décider vendredi s'il l'autorise à prendre ces mesures.

Avant cela, la chambre haute a toutefois invité Carles Puigdemont à s'exprimer devant elle, jeudi ou vendredi.

Sa prise de parole pourrait prendre la forme d'un débat avec un membre du gouvernement espagnol, en commission ou en séance plénière, a précisé mardi à la presse le vice-président du Sénat, Pedro Sanz.

Et ce débat pourrait même avoir lieu avec Mariano Rajoy lui-même, a-t-il laissé entendre.

Membre du parti conservateur de M. Rajoy, M. Sanz a présenté cette invitation comme "un geste de générosité" envers M. Puigdemont. Il a aussi souligné qu'en venant, le président catalan se "soumettrait au système en participant au jeu parlementaire".

A Barcelone, le porte-parole de M. Puigdemont, Jordi Turull, a assuré de son côté que le président catalan avait bien "la volonté" d'aller devant le Sénat "pour pouvoir expliquer et contester cette action de l'Etat espagnol".

"Mais je ne peux pas vous assurer que, matériellement, ce sera possible", a-t-il ajouté.

Il s'agirait pour M. Puigdemont de présenter ses arguments contre le déclenchement de l'article 155 de la Constitution qui permet la prise de contrôle de sa région.

Son application réveillerait des souvenirs douloureux dans cette région de 7,5 millions d'habitants dont l'autonomie avait été abolie pendant la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

Elections anticipées envisagées

Le parlement régional catalan doit organiser jeudi à partir de 10H00 (12H00 GMT) un "débat général sur l'application de l'article 155 de la constitution espagnole en Catalogne, et ses conséquences possibles, a annoncé cette assemblée mardi soir dans un communiqué.

Le gouvernement catalan menace toujours de déclarer l'indépendance. Il se fonde sur le référendum d'autodétermination qu'il avait organisé le 1er octobre, malgré son interdiction par la justice, où le "oui" à l'indépendance l'a emporté avec 90% des voix et 43% de participation, selon lui.

Mais les plus modérés du camp indépendantiste prônent plutôt des élections régionales anticipées.

Un député régional du parti indépendantiste d'extrême gauche CUP, Carles Riera, a confirmé mardi que "deux scénarios" étaient "sur la table": "l'autodétermination (de la région) ou la convocation d'élections anticipées".

La CUP presse M. Puigdemont de déclarer unilatéralement l'indépendance sans plus attendre et rejette les élections anticipées, "l'outil le plus destructeur pour mettre fin à notre processus" de sécession, selon M. Riera.

"Il n'y a qu'une réponse possible: décider une république de Catalogne", a aussi insisté une sénatrice du parti de gauche indépendantiste catalan ERC, Mirella Cortes.

"Le mieux que puisse faire M. Puigdemont, c'est appuyer sur le bouton qui arrête les formalités de l'article 155 et convoquer des élections" régionales, a insisté de son côté le sénateur Ander Gil, du Parti socialiste, premier parti d'opposition, qui soutient le gouvernement conservateur, au nom de la défense de l'unité de l'Espagne.

Le gouvernement espagnol avait affirmé qu'il pourrait suspendre l'application de l'article 155 si M. Puigdemont convoquait des élections anticipées. Mais mardi, des ministres et élus conservateurs semblaient moins ouverts.

"La violation par Carles Puigdemont de ses obligations ne se règle pas exclusivement en convoquant des élections", a ainsi prévenu le ministre de la Justice, Rafael Catala, laissant entendre que l'exécutif régional devrait faire d'autres gestes, et notamment dire clairement s'il écarte une déclaration unilatérale d'indépendance.

Les milieux économiques catalans pressent, eux, les indépendantistes de faire marche arrière.

La chambre de commerce de Barcelone a souligné mardi que l'incertitude politique "aura des conséquences à court et moyen terme sur l'investissement, la consommation et l'emploi" en Catalogne, relevant que le tourisme et le commerce sont déjà touchés.

Depuis le 1er octobre près de 1.400 entreprises ont déplacé leur siège social hors de Catalogne. "Il faut être conscient de l'impact potentiellement élevé qu'entraînerait la perte définitive des centres de décision de grandes entreprises internationales jusqu'à présent ancrées dans notre territoire", prévient la chambre dans un communiqué.

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