Abdellah Rami: "La décision royale a été audacieuse et directe" (ENTRETIEN)

Publication: Mis à jour:
24 OCTOBRE 2017
MAP
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ANALYSE - "C’est une décision audacieuse, une réaction forte de la plus haute autorité de l’État". Le politologue Abdellah Rami qualifie ainsi la décision royale rétroactive au rapport de la Cour des comptes, présenté hier soir au souverain par son président Driss Jettou.

Les conclusions auxquelles a abouti l’investigation menée par la Cour des comptes sur le programme "Al Hoceima: Manarat Al Moutawassit" ont eu un effet immédiat. Mohamed Hassad, ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a été limogé en sa qualité de ministre de l’Intérieur dans le gouvernement précédent. C’est aussi le cas pour Mohamed Nabil Benabdellah, ministre d’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, en sa qualité de ministre de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement précédent. El Houcine Louardi, ministre de la Santé, en sa qualité de ministre de la Santé dans le gouvernement précédent, a eu droit au même sort, ainsi que Larbi Bencheikh, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, chargé de la formation professionnelle, en sa qualité d’ancien directeur général de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail.

D’autres hauts fonctionnaires ont également été remerciés, dans le cadre de cette décision. "C’est une preuve que le roi veut remettre les fondements stratégiques à leur place en accordant la priorité à la stabilité sociale et politique. Et le fait qu’il ne soit accompagné que par le chef du gouvernement et les ministres de l'Intérieur et de l’Economie et des Finances, sans la présence de conseillers, montre bien que sa décision a été directe dès l’annonce des résultats de la Cour des comptes", estime Abdellah Rami.

Pour ce politologue, le limogeage de Mohamed Hassad retient plus particulièrement l’attention: "La décision du roi est d’autant plus audacieuse qu’elle a concerné une figure des plus importantes du gouvernement, l’ancien ministre de l’Intérieur, qui avait été l’architecte de la politique intérieure. Il avait été maintenu dans l’actuel gouvernement justement en raison du poids politique qu’il représente".

Remise en question, "la politique intérieure", selon Abdellah Rami, a énormément souffert, au cours de l’ancien gouvernement. "Ses membres se sont préoccupés plus par la politique que par les priorités socio-économiques", affirme-t-il, précisant que "cette préoccupation politique" a été Abdelilah Benkirane. "De l’échiquier politique, ils cherchaient à l’éjecter. Sa personne les dérangeait", estime l’analyste.

Les tensions politiques ont, certes, fini par se calmer avec l’arrivée du nouveau chef du gouvernement "plus conciliant", mais la leçon royale vient rappeler au gouvernement ses missions et réitérer aussi "la confiance envers le parti du PJD". "Le fait que ce limogeage n’ait concerné aucun ministre du PJD traduit une reconnaissance royale implicite de leur intégrité", déduit-t-il. La relation PJD/palais qui "serait houleuse" ne l’est pas, à en juger de la décision du souverain, nous précise le politologue.

Plus de tergiversations, à présent, le gouvernement doit se mettre au travail et "communiquer plus et mieux" avec le citoyen. "Les événements d’Al Hoceima ont chamboulé toutes les cartes. Face à l’inertie des politiques, les habitants n’appelaient que le roi pour intervenir", fait-il remarquer, avant de préciser que le Maroc entame, désormais, un nouveau chapitre. "Nous sommes face à la situation qui prévalait en 2011, marquée par l’émergence du Mouvement du 20 février", soutient le politologue, rappelant l’intervention royale à l’époque pour maintenir la stabilité et la sécurité ayant donné naissance à la nouvelle constitution.

À Al Hoceima, "la décision royale aura un effet apaisant. Elle répond à l’appel des habitants", indique Abdellah Rami, précisant toutefois que le Hirak, lui, ne s’arrêtera pas. "C’est un mouvement qui est semi-organisé et conduit par des leaders", explique-t-il. Dans les prisons, si les détenus du Hirak continuent à manifester par des grèves de la faim, "des tentatives de négociations sont en cours pour désamorcer la crise", ajoute Abellah Rami.

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