Volker Türk: "Les réfugiés doivent être vus comme un moteur de développement au Maroc, pas comme un fardeau"

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"Les réfugiés ne doivent pas être vus comme un fardeau au Maroc mais comme un moteur de développement" | HuffPost Maroc
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RÉFUGIÉS - Ils viennent du Cameroun, de République démocratique du Congo, de Centrafrique ou de Syrie. Mardi 24 octobre, au sein de la fondation Orient-Occident à Rabat, une trentaine de réfugiés, arrivés au Maroc il y a quelques mois voire plusieurs années, ont rencontré le Haut-Commissaire adjoint pour la protection à l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), Volker Türk.

En visite au Maroc pour évaluer l'action du royaume en matière de politique migratoire et de protection des réfugiés, le responsable onusien a écouté les témoignages poignants de ces hommes et femmes qui ont quitté leur pays et se trouvent en situation souvent très précaire au Maroc.

"Je ne vois pas mon avenir au Maroc"

"Je vis dans une chambre avec mes trois enfants, dont un est atteint d'une maladie grave", explique une des réfugiées présente lors de cette rencontre. "Il n'y a aucun suivi pour lui ici, et je suis obligée de faire venir un médicament spécial de l'étranger pour le soigner. Je me battrai jusqu'au bout pour lui, mais je ne vois pas mon avenir au Maroc", ajoute-t-elle.

Comme elle, ils sont plusieurs à avoir fui leur pays d'origine dans des conditions extrêmement difficiles, laissant parfois derrière eux toute leur famille. Arrivés aux Maroc souvent par défaut, dans l'espoir d'arriver peut-être un jour en Europe, la plupart d'entre eux ont du mal à trouver un emploi stable. Certains jeunes ne vont pas à l'école ou peinent à s'intégrer lorsqu'ils viennent de pays africains anglophones.

"J'ai sept enfants qui errent dans les rues en Côte d'Ivoire. Moi je suis seule ici et j'ai beaucoup de difficultés à m'intégrer", témoigne une autre réfugiée. "Nous sommes bien encadrés par les instances d'aide aux migrants, mais la population ne nous accueille pas forcément bien". Une autre raconte, les larmes aux yeux, avoir tenté de faire des ménages pour subvenir à ses besoins, mais avoir été violée par son employeur, la laissant dans une situation très vulnérable.

Le manque de protection des réfugiés, notamment des femmes et des enfants, est justement une des raisons de la venue de Volker Türk au Maroc. "Le but de ma visite, c'est d'écouter les problèmes que les réfugiés partagent avec nous, pour mieux comprendre ce qu'on peut faire pour les soutenir, dans le contexte particulier de la société marocaine", nous explique le responsable onusien, qui rencontrera également ce mardi les membres du gouvernement marocain.

migrants rabat

Manifestation contre le racisme et pour l'intégration des migrants, organisée devant le parlement à Rabat le 11 septembre 2014.

"Catalyseur de changement"

"J'ai une grande admiration pour la politique migratoire marocaine qui a été déclenchée par le roi en 2013. Des progrès ont été faits, mais on aimerait que le projet de loi d'asile, qui est déjà bien avancé, soit adopté dès que possible", ajoute-t-il. Le Maroc est en effet devenu, depuis quelques années, un pays d'accueil et plus seulement de transit. Une situation qui demande une adaptation du cadre législatif pour mieux intégrer ces réfugiés dans la société marocaine.

"Beaucoup plus de gens demandent l'asile ici. Pour la société, c'est quelque chose de nouveau, qui est toujours difficile à gérer, surtout dans les trois domaines importants que sont l'accès à l'emploi, à l'éducation et à la santé", indique M. Türk.

Pour lui néanmoins, l'arrivée de réfugiés ne doit pas être considérée comme un fardeau par la société d'accueil. "Il est important de voir les réfugiés comme une opportunité, un catalyseur de changement, un moteur de développement. Cela implique bien sûr le soutien de la communauté internationale, notamment pour les pays en voie de développement qui accueillent des réfugiés", souligne-t-il.

Selon lui, il est ainsi nécessaire d'investir, parfois à l'aide d'investisseurs étrangers, pour créer des emplois à la fois pour les réfugiés mais aussi pour la population locale. Une stratégie qui peut s'avérer "gagnant-gagnant". La Jordanie par exemple, qui a reçu 600.000 réfugiés syriens, a lancé un programme de partenariat entre le secteur privé, les investisseurs et le gouvernement pour créer des emplois dédiés à la population locale et aux réfugiés. "On a mis en place de bonnes pratiques dans certains pays, qui permettent de passer d'une situation difficile à une situation d'opportunité", explique Volker Türk.

Vers un pacte mondial sur les réfugiés

C'est aussi pour alléger le poids de l'afflux de réfugiés qui pèse sur les épaules de petits États ou de pays en voie de développement, comme le Maroc, que l'ONU s'apprête à développer un pacte mondial sur les réfugiés, en parallèle de celui sur les migrations.

"Le pacte sur les réfugiés répond à une lacune avec laquelle on vit depuis des décennies: le partage du fardeau et des responsabilités", rappelle M. Türk. "Quand il y a des réfugiés syriens qui arrivent en Jordanie ou au Liban, l'impact est énorme sur ces petits pays. Il est clair que la coopération internationale est exigée. Ce pacte global veut ainsi créer une plateforme de coopération de la communauté internationale pour répondre aux défis auxquels les pays hôtes font face".

Le texte du pacte mondial sera proposé par le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés dans le rapport annuel qu’il soumettra à l’Assemblée générale de l'ONU en septembre 2018.

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