Quand les jeunes investissent le capitole d'Oudhna: Immersion au cœur du projet "Street art Museum: Uthina, mythes et légendes"

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Initiée par un collectif d'artistes et d'enseignants, Museum Lab est une association à caractère scientifique, qui œuvre pour le développement et la recherche dans la médiation culturelle en Tunisie.

Après le succès de ses expositions "Mapping Sculpture In Carthago" au musée archéologique de Carthage et "Coïncidence" à la basilique du Kef, l'association présente un nouveau projet de médiation culturelle intitulé "Street art Museum: Uthina, mythes et légendes".

Un projet participatif en faveur du patrimoine porté par la jeunesse

Celui-ci a été sélectionné dans le cadre du programme "Réseau de la jeunesse méditerranéenne" (NET-MED Youth) initié par l'UNESCO et financé par l'Union Européenne.

L'association Museum Lab a ainsi lancé un appel à candidatures en vue de recruter 30 jeunes (15 étudiants et 15 jeunes de la région d’Uthina) passionnés par les questions liées au patrimoine afin d’investir le site archéologique avec une installation numérique collaborative retraçant l’histoire de la ville.

Exécuté en collaboration avec l’Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle et la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, ce projet inédit invite les jeunes de la région d'Uthina à mettre en place leur propre exposition grâce à plusieurs ateliers sur le site archéologique d'Uthina (Oudhna).

"On essaie de s'adapter au lieu, c'est vraiment un challenge!", rapporte Hatem Drissi – responsable scientifique de Museum Lab et initiateur du programme – au HuffPost Tunisie.

Notons que le projet est également porté par Houssem Boukef, responsable artistique, et Walid Hadj Ahmed, responsable administratif et financier.

Une formation entre théorie et pratique pour toucher tous les aspects de la mise en place d'un projet culturel

Trois ateliers multidisciplinaires (histoire et médiation culturelle, illustration, nouvelles technologies et patrimoine) ont lieu depuis le 25 septembre et jusqu'au 28 octobre prochain au capitole du site archéologique d’Uthina pour sceller le projet.

"Street art Museum : Uthina, mythes et légendes" a notamment réuni une "première communauté de jeunes" autour d'une réflexion sur le rôle de la médiation dans les sites archéologiques. Chaque groupe mettra par la suite à profit cette formation en effectuant une mission de médiation culturelle dans les écoles.

"Les participants vont réellement passer par tous les stades de la réalisation d'une exposition. Allant du concept, le choix des thèmes, la création, en passant par le montage, la régie, la création de dispositifs numériques et la médiation. Enfin, même la création d'une boutique de musée", précise Hatem Drissi.

Plusieurs formateurs reconnus dans le paysage culturel local encadrent les jeunes au cours de leurs activités. Ainsi, l'atelier "médiation culturelle en archéologie" s'est déroulé sous la formation de Nizar Ben Slimen, Hatem Drissi, Zakia Bel Hadj Naceur et Boutheina Gharbi. Nous avons retrouvé les artistes Selim Tlili, Skander Baldi, Selima Angler, Dorra Borgi et Jawher Soudani (Va Jo) qui se sont quant à eux investis pour l'atelier illustration.

L'atelier "patrimoine et art numérique" aura lieu avec Fahd Bouaziz, Houssem Boukef, Zouhour Saoud, Lyes Rebai. L'atelier "son et archéologie" avec Zyn Abdelkafi, Mohamed Seddik, Wissam Ziadi, Anas Ghrab et Tarek Louati. Enfin, l'atelier "produits dérivés du patrimoine" se tiendra avec Férielle Zouari et Wassim Gueddiche.

L'ensemble de ces formations donnera, en effet, naissance à une exposition d'un mois investissant la coupole du site archéologique sous la forme d'une installation numérique multimédia inspirée par la mythologie d'Uthina et réalisée par les jeunes et leurs formateurs.

Le capitole ainsi investit à l'issu de ce projet, prendra la forme d'un musée de graffiti numérique retraçant l’histoire de la ville. "Ce musée sera ainsi l'œuvre collective des jeunes habitants de la région, des étudiants de disciplines culturelles et des artistes", soutient Hatem Drissi.

Le défi d'une jeunesse engagée issue de divers horizons culturels

Le HuffPost Tunisie, est allé à la rencontre de ces jeunes pour la plupart étudiants en art, en patrimoine ou en architecture pendant leur atelier d'illustration.

"J'ai essayé de varier les profils, cela permet de sortir de l'ordinaire, de trouver une alternative pour visiter", rapporte Hatem Drissi.

En pleine préparation, consciencieusement investis dans leurs activités de dessin, de découpage ou d'observation, ils expliquent les motivations qui les ont poussés à participer à cette expérience.

Comme Haïfa, étudiante en master d'arts plastiques aux Beaux-arts de Tunis, travaillant avec son équipe sur une représentation de Neptune, qui explique avec entrain les différentes étapes de son travail, saluant la méthodologie acquise au cours de sa formation: "On est passé par le côté théorique puis on va faire des illustrations qu'on transforme par pochoir, il y a des règles à respecter. On a également créé de nouveaux personnages et donc développé notre créativité. Il y a aussi le côté mathématique avec la composition de l'œuvre. Ensuite viendra le mapping et la dernière étape: le son."

Des propos que l'on retrouve chez Mejdi, concentré sur son croquis préparatoire pour la représentation de "la toilette de Vénus". Il met en avant l'apport technique des ateliers comme "l'apprentissage du dessin, des exercices pour manipuler les couleurs" à travers l'ambiance d'un véritable "esprit de groupe".

Ce qui séduit Amal, étudiante en architecture d'intérieur – qui travaille sur une représentation aux touches pop art des figures d'Orphée et Ulysse – c'est la nouveauté de cette approche, le fait de "voir la mythologie autrement", à travers des techniques modernes. De même, pour la jeune Molka, qui dit également avoir été attirée par "la mise en pratique de la technique 3D, permettant d'aller au delà d'une visite classique".

On retrouve chez tous ces jeunes acteurs culturels le même entrain, une soif de communication et de partage qui donne davantage envie de découvrir l'issue de cette collaboration, que l'on espère à la hauteur leurs ambitions.

"Notre critère est le nombre de visiteurs. Les précédentes expositions ont eu un bilan très positif, là c'est un défi car il y a 40 km de distance. On compte beaucoup sur les habitants de la banlieue Sud!", conclut Hatem Drissi.

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