La Tunisie constitue-t-elle encore un terrain propice aux affaires? Ce baromètre vous donne les principaux chiffres

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Tunisian flag with stack of money coins with grass and flowers | Golden_Brown via Getty Images
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La Chambre Tuniso-Française de Commerce et d'Industrie (CTFCI) a publié dans un communiqué les grandes lignes de son baromètre de la conjoncture économique en Tunisie, qualifiant les résultats de l'étude de "contrastés".

En effet, selon la CTFCI, le site tunisien demeure compétitif aux yeux des chefs d'entreprise, qui ont exprimé leur satisfaction de la qualité des ressources humaines et des mesures décidées par le gouvernement en matière de lutte contre la corruption.

Ils prévoient également plus d'investissements ainsi que de meilleurs chiffres d'affaires.

Procédures administratives complexes, insécurité et instabilité politique

Cependant, selon le communiqué de la CTFCI, ils ont émis des réserves quant à la complexité des procédures administratives, de la qualité des infrastructures et de l’instabilité politique et sociale. Selon l'étude, seuls 8,9% des dirigeants sont satisfaits de l’efficacité des services fournis par les administrations tunisiennes. 58,1% sont insatisfaits des délais des procédures et 51,4% sont insatisfaits de leur complexité.

Dans le même contexte, 43,6% des dirigeants d’entreprises mettent en exergue la complexité et la lenteur des opérations de transfert de devises et 67,2% considèrent la baisse du cours du dinar par rapport à l’Euro et au Dollar comme un handicap.

Cette réserve a également figuré dans le rapport de GAN Integrity sur la corruption en Tunisie, qui a affirmé que les investisseurs étrangers ou locaux feraient face à un lourd processus au moment de l'acquisition de terrains par exemple, et que les affaires commerciales prendraient beaucoup de temps à aboutir dans des procédures légales complexes.

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La corruption en Tunisie vue sous tous les angles, dans un rapport de GAN Integrity

La Douane dans l'oeil du cyclone

Le niveau d’insatisfaction concerne particulièrement les procédures douanières avec un taux de 43.7%, associant à cela la corruption douanière dont se plaignent 35,7% des sondés. La plupart d'entre eux pensent que ce problème devrait faire l’objet d’un intérêt particulier des pouvoirs publics.

Le rapport de GAN Integrity a lui aussi mis en relief les ravages que fait la corruption dans les institutions douanières,affirmant que les paiements illégaux aux frontières sont fréquents à cause d'un processus de dédouanement jugé "inefficace" par les entreprises tunisiennes. Il est également jugé "long et opaque", constituant un désavantage concurrentiel qui ne joue pas en faveur des investisseurs.

Infrastructures

Du côté des infrastructures, 9,9% et 8,0% des dirigeants sont respectivement satisfaits du réseau routier et du réseau portuaire, tandis que 41,4% ont exprimé de la satisfaction envers la distribution d’électricité. 40,1% le sont également des infrastructures liées à l’eau et l’assainissement.

Indicateurs de performance des entreprises

L'étude s'est également penchée sur les Indicateurs de performance des entreprises, et révèle un optimisme moyen puisque 44,4% seulement des chefs d'entreprises pensent que leurs chiffres d'affaires augmenteront en 2017, et 60,4% le pensent pour l'année 2018.

Les taux sont pratiquement identiques pour ceux qui pensent qu'ils réaliseront des résultats bénéficiaires en 2017 et 2018.

Côté investissements, la moitié des chefs d'entreprise sondés ont estimé que leurs investissement ont augmenté par rapport à 2016, et 60% déclarent qu'ils comptent investir encore plus en 2018. 32,9% déclarent qu'ils ont crée plus d'emplois qu'en 2016 et que les recrutements seront plus nombreux en 2018.

Toujours selon l'étude de la CTFCI, 62,2% des chefs d'entreprises se disent être convaincus de la la campagne de lutte contre la corruption menée par le gouvernement depuis mai dernier, dont 21,2% en sont très convaincus.

Les structures syndicales, facteur de dialogue

Bien que 55,2% perçoivent l'action syndicale au sein de l'entreprise comme un facteur de tension, et 42,7% la voient comme un facteur de blocage du processus de production, 74,4% des chefs d'entreprise estiment toutefois qu'elle reste un facteur de dialogue.

L'étude a conclu que la complexité des procédures administratives, l’insécurité et l’instabilité politique restent les principaux obstacles au développement des entreprises. Ainsi, en guise de chiffres généraux, 64% des dirigeants interrogés se plaignent de la complexité et du manque de transparence des procédures. 61,8% d'entre eux considèrent l’insécurité comme une contrainte (Selon le rapport de GAN Integrity, 68% des entreprises qui se voient obligées de payer pour leur sécurité), et 58,1% sont préoccupés par l’instabilité politique.

Méthodologie

L'enquête de la CTFCI qui a sondé quelque 180 chefs d'entreprises opérant dans différents domaines, sur plusieurs villes tunisiennes, s'est concentrée sur 9 axes, à savoir:

  • Le climat des affaires en rapport avec la perception de la stabilité politique, de la sécurité, de l’accès au financement, de la fiscalité et des charges sociales, des infrastructures, des ressources humaines et des procédures administratives ;
  • La qualité des infrastructures et des prestations fournies par administration en termes d’efficacité, de qualité et de délais des procédures ;
  • La mesure des coûts des facteurs : l’électricité, l’énergie, les télécommunications, le transport maritime, le transport aérien et la main d’œuvre ;
  • Les performances des entreprises en termes de chiffre d’affaires, de nouveaux investissements, de résultats, de situation sociale de l’entreprise et de perspectives économiques ;
  • Les impacts potentiels de lutte engagée par le gouvernement contre la corruption et la contrebande
  • Les attentes en termes de réformes ;
  • La perception de l’action des structures syndicales ;
  • La portée des salons professionnels français ;
  • La perception du niveau de compétences des employés en Tunisie et le degré d’accès à la formation professionnelle

Dans l'édition 2017 du rapport Economic Freedom of the World qui mesure la capacité d'un pays à protéger la liberté économique des investisseurs, établi par Fraser Institute, la Tunisie avait obtenu le score de 6,32/10 et la 117e place sur 159 pays étudiés.

Ce rapport avait conclut que la liberté économique en Tunisie était menacée et ne cessait de régresser depuis plusieurs années.

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