Catalogne: Ces initiatives de désobéissance qui s'organisent contre Madrid

Publication: Mis à jour:
CATALONIA
People wave Catalan separatist flags during a demonstration organised by Catalan pro-independence movements ANC (Catalan National Assembly) and Omnium Cutural, following the imprisonment of their two leaders Jordi Sanchez and Jordi Cuixart, in Barcelona, Spain, October 21, 2017. REUTERS/Gonzalo Fuentes | Gonzalo Fuentes / Reuters
Imprimer

INTERNATIONAL - Va-t-on vers de nouveaux affrontements entre les autorités espagnoles et les Catalans? Les plus radicaux des indépendantistes ont en tout cas promis une campagne de désobéissance massive si Madrid prenait comme il l'entend le contrôle de cette région autonome vendredi 27 octobre, alors qu'aucun rapprochement ne semblait en vue pour éviter l'escalade.

La majorité séparatiste du parlement régional catalan a annoncé lundi 23 octobre la tenue d'une séance parlementaire jeudi 26, à la veille du vote par le Sénat espagnol de la mise sous tutelle de cette région de 7,5 millions d'habitants, grande comme la Belgique. La séance, qui pourra aussi se prolonger jusqu'à vendredi, aura pour but d'analyser "l'agression institutionnelle" dont les indépendantistes accusent le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Pour reprendre le contrôle de la région, le gouvernement espagnol prévoit de limoger l'exécutif indépendantiste, de prendre le commandement de la police, et de placer sous tutelle le parlement et les médias publics. La région a déjà perdu la gestion de ses finances: depuis septembre, les salaires de ses 170.000 fonctionnaires sont versés directement par Madrid, comme les factures de ses fournisseurs.

La Catalogne perdrait aussi le contrôle de ses ressources propres -impôts sur le patrimoine, les successions et droits d'inscription dans les universités -qui représentent environ un quart de son budget. De quoi jeter de l'huile sur le feu, dans une région qui tient énormément à sa culture, sa langue et son autonomie, rétablie après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975.

Le gouvernement a aussi fait savoir qu'il s'attellerait à démanteler l'administration fiscale parallèle que les séparatistes préparaient. C'est notamment la perspective d'une double imposition qui a fait fuir les entreprises par centaines. Elles étaient plus de 1300 à avoir déplacé leur siège social hors de Catalogne au 20 octobre.

Appel à la grève et "désobéissance massive"

Même si Mariano Rajoy a assuré ne pas suspendre l'indépendance catalane dans l'immédiat, ces mesures sont très mal reçues par les indépendantistes. L'aile la plus radicale d'entre eux, la CUP, a d'ailleurs pressé le leader indépendantiste de proclamer l'indépendance sans attendre. Dans un communiqué, ce petit parti d'extrême gauche, allié-clef de la coalition de Carles Puigdemont, a appelé les citoyens à une "désobéissance massive" si les mesures prévues par Madrid entrent en vigueur.

Les pompiers membres de l'Assemblée nationale catalane (ANC, indépendantistes), environ la moitié du corps, ont assuré lundi qu'ils ne reconnaîtraient d'autre autorité que celle de leurs "président, gouvernement et parlement". "Si une route est bloquée par des manifestants et qu'on nous demande de la débloquer, il est probable que nous ne répondions pas", a expliqué un membre de ce collectif à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Des collectifs d'étudiants ont aussi appelé à une grève dès jeudi à Barcelone. Le syndicat majoritaire dans l'enseignement en Catalogne, USTEC, a appelé "la communauté éducative à résister aux exigences" de l'Etat, annonçant qu'il ne reconnaîtrait comme interlocuteurs que ceux qui "représentent la légitimité populaire".

Le responsable des relations extérieures de l'exécutif catalan, Raul Romeva, a défendu la même ligne dans une interview à la BBC, affirmant que les Catalans, et pas le gouvernement espagnol, étaient maîtres de leurs institutions. "Seul le peuple a le droit de changer les institutions, que ce soit le parlement ou le gouvernement", a-t-il dit, demandant "quelle crédibilité auraient les démocraties européennes si elles laissaient faire" Madrid.

"Nous respectons l'ordre constitutionnel et juridique de l'Espagne", a rappelé comme en réponse un porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, et les mesures que prépare le gouvernement espagnol "s'inscrivent précisément dans ce contexte constitutionnel".

De son côté, Madrid a fait savoir par la voix de son porte-parole et ministre de l'Education qu'il était prêt à employer la force pour faire respecter la loi. "Aucun gouvernement ne veut d'actes de violence, mais le gouvernement doit s'assurer que la loi est respectée, et s'il y a des personnes qui ne veulent pas s'y plier, alors, par le biais des Mossos d'Esquadra, nous devrons faire appliquer la loi", a déclaré Méndez de Vigo au quotidien britannique The Times.

Puigdemont doublement menacé?

Du côté des indépendantistes, l'unité de départ menace cependant de s'effriter. La position de Carles Puigdemont, leur chef de fille, est délicate. La proclamation immédiatement suspendue de l'indépendance puis sa réaction ambiguë après le recours à l'article 155 -alors qu'il avait fait miroiter l'hypothèse d'une déclaration d'indépendance si Madrid en arrivait à ce stade- ont notamment fait grincer les dents des indépendantistes les plus déterminés.

A Madrid, la vice-présidente du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, a reconnu qu'aucun contact n'avait eu lieu avec les séparatistes mais souligné que Carles Puigdemont pouvait venir s'exprimer devant le Sénat pour défendre sa position. Une fois que le Sénat aura approuvé les demandes de Mariano Rajoy, le leader indépendantiste n'aura plus aucun pouvoir, a-t-elle prévenu. "Il n'aura plus de signature, il ne pourra plus prendre de décision valable, il ne touchera plus son salaire", et ne pourra plus jouir d'aucun bénéfice assorti à sa fonction, a-t-elle dit. Le président catalan a des gardes du corps, un appartement à Barcelone, dans le palais de la Generalitat, et des voitures de fonction.

Il pourrait éviter la mise sous tutelle en convoquant lui-même de nouvelles élections régionales, expliquent le gouvernement comme l'opposition socialiste. Un influent lobby patronal catalan, le Circulo de Economia, a demandé lundi dans un communiqué "la convocation immédiate" de ces élections. Mais l'exécutif catalan avait écarté cette option dimanche, faisant craindre une escalade d'agitation-répression.

Des militants pro-indépendantistes du département français des Pyrénées-Orientales ont en outre annoncé lundi avoir offert "l'hospitalité au président Carles Puigdemont pour un gouvernement catalan en exil à Perpignan", dans le sud de la France. Pour Jaume Roure, président d'Unitat Catalana, la situation politique fait écho à celle de 1939 lorsque "500.000 réfugiés (...) ont traversé la frontière".

De nombreux Républicains catalans fuyant la dictature franquiste avaient naturellement trouvé refuge à la fin des années 30 dans ce département qui a longtemps fait partie de la Catalogne et n'est devenu français que dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

LIRE AUSSI:
Crise en Catalogne: Et maintenant, que va-t-il se passer en Espagne?

Référendum: Le gouvernement catalan annonce 90% de "oui" à l'indépendance

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.