Jendouba: Quand un professeur massacre la langue française (VIDÉO)

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Le dernier épisode de l’émission "Yawmiyat Mouwaten", diffusé ce samedi 21 octobre 2017 sur la chaine d'El Hiwar Ettounsi, agite la toile. Consacré aux conditions quotidiennes des écoles rurales, l'épisode a mis à nu le niveau de l'enseignement de base dans ces établissements et a dévoilé l’inégalité des chances entre les régions.

En effet, l'équipe de l'émission est entrée, lors du tournage, dans une salle de classe d'une école dans la région de Jendouba. Et c'est la surprise. Deux phrases écrites sur le tableau par l'instituteur de français sont pleines de fautes: "Les enfant prépare ses valises", "Les enfant achète des cadeaux pour leur famille et leur amis."

Choqué, l'animateur n'a pas hésité à prendre la craie et à corriger les erreurs. "Je suis en train de focaliser sur la prononciation des lettres" a expliqué l'instituteur en indiquant que l'objectif de la séance ne portait pas sur l'orthographe et la conjugaison. Ce dernier s'est même plaint du faible niveau des élèves.

Une pluie de commentaires d'indignation

Les réactions des internautes ne se sont pas fait attendre. Plusieurs ont manifesté leur indignation face au niveau médiocre des enseignants de base notamment dans les régions intérieures. Les critiques se sont succédées en mettant en cause la stratégie du recrutement du ministère de l'Éducation. Nombreux sont ceux qui ont appelé à revoir le système en pointant du doigt le processus de sélection des enseignants. D'autres ont évoqué le syndicat de l’enseignement qui, selon leurs dires, se concentre sur les "responsables et les nominations", au lieu de trouver des solutions aux problèmes urgents de l’éducation.

Une crise dans le secteur de l'éducation

C'est ainsi que s'explique entre autre le mauvais classement PISA de la Tunisie sur la qualité, l’efficacité et l’équité des systèmes scolaires, réalisé par l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE).

Sur 70 pays, la Tunisie se place à la 65e place ex aequo avec le Liban. Suivant ce classement, la Tunisie a obtenu des scores largement en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE que ce soit en sciences, en mathématiques ou en compréhension, mais reste largement au dessus en matière d'égalité des sexes et d'égalité sociale.

Conscient de la carence du système éducatif tunisien, le ministère de l'Éducation a mis en place, en 2016, toute une stratégie pour améliorer le niveau des élèves et adopter de nouvelles réformes capables d'élargir l'éventail des connaissances et éveiller les talents cachés de nouvelles générations. “Il est temps d’oublier les divergences et d’avancer sur la voie de la réforme pour améliorer l’infrastructure et le niveau de l’école, et pour développer les services scolaires comme la cantine, le transport et les espaces d’animation”, avait déclaré l'ancien ministre de l'éducation Néji Jaloul.

Un plan stratégique 2016/2020 a été élaboré, par ailleurs, pour réformer le système.

Des réformes s'imposent

Le Think Thank Joussour a abordé l’inégalité flagrante des chances entre les régions. Il a dévoilé existence d'une forte disparité entre les résultats des élèves issus de régions favorisées et ceux de régions défavorisées.

Cette constatation se traduit, en effet, par les résultats du baccalauréat où les plus faibles taux de réussite sont généralement dans les régions intérieures. Ces dernières enregistrent également un faible taux d’orientation vers les “branches d’excellence” tels que les branches médicales, l’ingéniorat et les hautes études de commerce. “Moins de 6% des bacheliers issus des régions de Tataouine, Siliana et Gabès s’orientent vers ces branches d’excellence, contre plus de 15% des bacheliers issus de régions de Sfax, Sahel, Nabeul et du Grand Tunis.

Une étude a également montré qu’un élève issu d’une faible catégorie sociale a cinq fois moins de chance pour accéder à des branches d'excellence qu’un élève d’une classe sociale élevée.

Pour remédier à ce problème, Joussour a souligné la nécessité d’améliorer la qualité des enseignants et des pratiques pédagogiques dans les classes, et ce en se référant aux exemples et modèles internationaux. Il propose également de mettre en place des mécanismes d’évaluation périodique des élèves, par le biais de programmes mondiaux ou par l’organisation de concours nationaux répondant aux normes internationales.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.