Il a donné un rein à sa femme, voici les conséquences que cela a eu sur leur couple

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Il y a un max d'amour entre ces deux-là. Ils disent "on s'est fait greffer" alors que Jean-Marie a donné l'un de ses reins de son vivant et que c'est sa femme, Clotilde, qui a reçu la greffe. "On est tellement imbriqués que l'expression nous vient naturellement", assure Jean-Marie.

Il a 66 ans, Clotilde en a deux de plus. Après dix ans d'insuffisance rénale et un début de dialyse qui n'a pas fonctionné, les deux Lillois ont sauté le pas de la transplantation en 2015. Ils ne le regrettent pas le moins du monde. Le HuffPost a souhaité savoir quelle incidence cette opération avait eu sur leur vie de couple.

couple

"On l'a vécu comme un accouchement"

Comment Clotilde et Jean-Marie ont-ils vécu cette greffe? Malgré l'ampleur de l'enjeu, ils affirment avoir "toujours été très sereins". Côté opération, tout d'abord.

"On s'est lancés sans réaliser ce qui allait nous arriver, affirme Jean-Marie, ancien formateur de maîtres d'apprentissage. On a été très informés, mais on n'est pas restés sur les questions qui peuvent fâcher, on a avancé c'est tout. Un peu comme quand on décide d'avoir un enfant. On pense juste au plaisir de l'avoir, et on n'imagine pas les à-côtés, on est juste dans le moment, dans l'excitation de vivre une nouvelle chose. Une fois que l'enfant est là, on fait avec, toujours dans la joie."

Clotilde est plus taciturne que Jean-Marie, mais pas moins reconnaissante envers les équipes médicales. "De l'aide-soignante au chirurgien, le CHR de Lille a été exemplaire", assure-t-elle.

"Elle ne me doit rien"

Et du côté de leur couple, qu'est-ce qu'une opération aussi prenante, qui occupe leurs esprits depuis le début de l'année 2015, a pu révéler? Clotilde, qui était en insuffisance rénale depuis dix ans et qui a échappé à la dialyse, se sent-elle redevable vis-à-vis de son mari donneur?

"Au début, je me sentais redevable, oui. Je lui disais 'merci' tout le temps, reconnaît l'ancienne commerciale. Au bout d'un temps, j'ai compris que ma bonne santé rendait service à notre couple. Alors, j'ai arrêté de lui dire 'merci', pour lui dire que j'étais juste heureuse de continuer à vivre avec lui."

Jean-Marie renchérit: "Ça nous a fait du bien à tous les deux, ça nous a permis d'éviter les dialyses, qui fatiguent, donnent une mine pâlotte, et empêchent pas mal d'activités. En donnant un rein, je me suis assuré une vie plus heureuse avec ma femme. Elle ne me doit rien! On a juste assuré notre autonomie pour les jours à venir."

"La dette ne sera jamais totalement réglée"

Les couples comme celui de Clotilde et Jean-Marie ne courent pas les rues. D'ailleurs, pour Catherine Aude, psychologue clinicienne à l'hôpital Antoine Béclère de Clamart, et experte auprès de l'Agence de biomédecine, l'influence de la greffe dans la vie d'un couple dépend avant tout de la manière dont les paires sont construites.

"Chacun vit la notion de redevabilité différemment, explique-t-elle au HuffPost. Chez les donneurs, certains penseront que le receveur est responsable de ce qui lui a été donné. Cela peut créer des relations compliquées. Parfois, au contraire, la greffe restaure un lien dans un couple. Mais quoi qu'il arrive, la dette ou le sentiment d'être responsable de quelque chose qui ne vous appartient pas, quand vous êtes receveur, ne sera jamais totalement réglée."

"Les vraies questions n'émergent pas tout de suite"

La psychologue préconise de "prendre son temps pour que chacun prenne ses marques". "Que chacun puisse séparément parler de ce que ça leur fait, insiste Catherine Aude, les démarches prennent entre six et sept mois, il faut profiter de ce temps pour déplier son questionnement, mettre le doigt sur le fait que chacun réagira différemment et que les vraies questions n'émergent pas tout de suite."

Un suivi psychologique a été proposé à Clotilde et Jean-Marie, mais ils n'en ont pas éprouvé le besoin. "Lors de l'entretien avec le comité de suivi 'donneur vivant', précise Jean-Marie, un psy et une assistante sociale étaient présent aux côtés des médecins. Mais nous étions et sommes toujours très zen dans cette aventure."

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