Tunisie: La Banque Centrale veut limiter l'importation de préservatifs. Qu'en est-il des conséquences?

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A staff of of Malaysia's condom manufacturer Karex shows a condom at its factory in Pontian, 320 km (200 miles) southeast of Kuala Lumpur November 7, 2012. Malaysia's Karex Industries is the world's largest condom maker by volume, and with plans for expansion and an IPO next year, is aiming for an even bigger slice of the market. Picture taken November 7, 2012. REUTERS/Bazuki Muhammad (MALAYSIA - Tags: BUSINESS) | Bazuki Muhammad / Reuters
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Freiner le rythme des importations pour réduire le déficit commercial de la Tunisie passe aussi par juguler l'importation des préservatifs, selon la Banque Centrale de Tunisie (BCT). Cette dernière a dressé une liste de produits de consommation jugés non-essentiels ou non prioritaires en adressant un avis à toutes les banques les informant de l'activation de la mesure relative à l'ouverture des lettres de crédit d'importation de ces produits. Les préservatifs y figurent.

Concrètement, cette stratégie tend "à encourager l’exportation, tout en réduisant considérablement les importations afin de préserver son actuel stock en devises", selon l'économiste Hatem Zaâra.

Toutefois, quelles seront les répercussions d'une telle mesure sur la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles (MST), le VIH et les grossesses-non désirées, sachant que le port du préservatif est l'un des premiers moyens de prévention.

Contacté par le HuffPost Tunisie, Issam Gritli, chargé de programme au sein de l'association ATL MST/Sida a précisé que la Tunisie ne fabrique pas de préservatifs, par conséquence, tous les produits vendus sont importés. La seule différence est qu'il y a des préservatifs vendus à 300 millimes, ceux subventionnés par l'État, et les autres non-subventionnés et donc plus chers.

"Il faut savoir qu'on est en rupture de stock et que les procédures d'importation sont déjà assez longues alors quelle alternative à l'importation en prenant une telle mesure?", s'interroge Issam Gritli. Et d'ajouter: "Il faut savoir que les Tunisiens ne se protègent pas assez et quand ils le font, il préfèrent acheter les préservatifs non-subventionnés, jugés de meilleur qualité, alors si on compte en limiter l'importation, les conséquences vont être encore plus désastreuses", a-t-martelé.

Le représentant associatif pointe du doigt une situation déjà alarmante avec une recrudescence des personnes atteintes de MST et de VIH, notamment auprès des travailleurs du sexe.

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Issam Gritli évoque leurs difficultés persistantes en matière de prévention: "Beaucoup de jeunes, notamment dans certains milieux, n'osent pas aller acheter un préservatif de la pharmacie car ils connaissent les gens qui y travaillent ou ont peur d'y croiser une voisine, etc. Dans les facultés, quand nous dispensons des séances d'éducation sexuelle, le personnel qui y travaille demande de ne pas distribuer des préservatifs sous prétexte que cela encouragerait les étudiants à avoir des rapports sexuels. Quant aux grandes surfaces, les préservatifs n'y sont pas toujours vendus", déplore le représentant de ATL MST/Sida.

Le même problème se pose concernant les grossesses non-désirées comme en témoigne l'étude sur "Les grossesses et maternités hors mariage en Tunisie" de la chercheuse au centre de santé de la reproduction Amel Bouchlaka qui indique que 42% des mères célibataires ne savaient pas qu'il y avait un moyen de contraception, 41% d'entre elles pensaient ne pas pouvoir tomber enceinte, d'autres disaient qu'elles n’utilisaient pas de moyens contraceptifs par gêne et peur pour leur réputation.

À noter enfin que 16.000 avortements sont effectués par année en moyenne, selon les derniers chiffres de l’Office National de la Famille et de la Population (ONFP) et qui auraient pu être éviter avec le port du préservatif.

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