Vendeurs de billets de banque: ils transforment l'argent en or

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EBAY ARGENT
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MONNAIE - "Vend billet de 200 dirhams du Maroc. Rare". L’annonce n’a à priori pas de quoi étonner, surtout sur un site comme eBay. Pourtant, le prix du "produit" en question interpelle: 90 euros (990 dirhams), soit près de 400% de plus que la valeur faciale de la monnaie... qui est toujours en circulation! Le billet bleu n’est d’ailleurs pas le seul à y figurer. Sur le même site d’annonce, d’autres coupures (100, 50 et 20 dirhams) sont également proposées à des prix qui dépassent la valeur du billet de 80% à 400%. Des marges qui donnent tout de suite envie de se reconvertir en "vendeurs de billets" pour arrondir ses fins de mois.

Billetophilie, la passion de l’argent

"C’est loin d’être aussi simple", confie Bernard, vendeur sur le site et collectionneur contacté par le HuffPost Maroc. "Il ne suffit pas de disposer d’un billet pour espérer en tirer bénéfice. Il faut qu’il réponde à certains critères très stricts". Car ce genre de produits est avant tout destiné à une clientèle très spécifique: le billetophiliste. Une communauté de passionnés prêts à débourser des sommes conséquentes pour l’objet qui viendra compléter leur collection. Il a donc tout intérêt à être "irréprochable".

"L’acquéreur s’intéressera tout d’abord à l’état de conservation du billet. Moins il aura subi de manipulations (pliage, comptage, épinglage), plus il aura de valeur", nous explique Olivier Viret, gérant de la Maison du Collectionneur, société spécialisée dans la vente de billets et pièces de monnaie de collection. Tout comme pour les pièces de monnaie de collection, il existe une échelle de cotation permettant de classifier l’état du billet de banque. "Cette échelle se compose de six niveaux de préservation. Elle va du billet neuf qui n’a jamais circulé au billet "B" qui est usagé, mais a néanmoins un état de conservation acceptable", précise le spécialiste.

Un revenu de 2.000 à 3.000 euros par an

Vient ensuite la rareté du billet. Ce critère se mesure soit par l’ancienneté du billet si ce dernier n’est plus en circulation, soit par son numéro de série s’il a toujours cours. Ainsi, la cote du billet sera plus élevée s’il fait partie des premières séries d’impressions identifiées à la première lettre et au nombre de zéros dans le numéro. "Certains marchés, comme la Chine, s’intéressent beaucoup aux numéros radars. Ce sont des numéros fétiches qui sont considérés comme chanceux ou apportant la bonne fortune", souligne Bernard. Certains billets étrangers sont également recherchés par les collectionneurs pour leur originalité, comme le fameux billet de 100 trillons de dollars du Zimbabwe émis en 2008.

Tout ceci fait que les billets sont assez difficiles à se procurer pour les vendeurs. "Nous en achetons principalement dans les salles de ventes en France, le plus souvent en lots", indique Bernard qui avoue trouver de plus en plus de mal à vivre de son activité. "Je suis obligé de vendre des pièces de monnaie et des cartes postales à côté pour espérer m’en sortir", ajoute-t-il. En moyenne, le vendeur arrive à se faire entre 2.000 et 3.000 euros par an uniquement dans la vente des billets, dont une trentaine de marocains, principalement des coupures de 20 dirhams. La monnaie marocaine étant spécialement demandée par des étrangers ayant déjà visité le royaume ou par des MRE habitant en France, en Allemagne, en Italie, aux États-Unis et en Arabie Saoudite.

Billet de banque, un objet comme un autre ?

Dépenser 900 dirhams pour en "acheter" 200. Pour improbable qu’elle puisse paraître, la transaction reste tout à fait légale. "Si une personne est prête à payer 200 dirhams pour un billet de 100 dirhams, même s’il est toujours en circulation, elle est libre de le faire. Rien dans la loi ne l’interdit", nous explique Abderrahim Chaâban, directeur du Musée de Bank Al-Maghrib (BAM). Car à partir du moment où l’on accepte de l’acheter à un prix supérieur à sa valeur faciale, le billet n’est plus considéré comme de la monnaie, mais comme un objet de collection.

Un objet qui peut donc être envoyé par poste même si la législation interdit l'envoi de monnaie. Ce qui facilite les échanges via les sites d’annonces, moyennant des protections supplémentaires pour préserver le billet. Cela ne l’empêche cependant pas de se détériorer, comme tous les objets. Dans ce cas précis, et s'il est toujours en circulation, il est possible de se rendre dans un guichet de BAM pour se faire rembourser tout billet mutilé, altéré, ou détérioré. Attention toutefois, la valeur de remboursement des billets ou fragments de billet change en fonction de son état.

BAM rembourse ainsi la totalité de la valeur faciale si la surface du billet ou du fragment de billet est égale ou supérieure aux deux tiers (2/3) de celle du billet complet, et uniquement la moitié de la valeur faciale si la surface du billet ou du fragment de billet est égale ou supérieure aux deux cinquièmes (2/5) et inférieure aux deux tiers (2/3) de celle du billet complet. Si la surface fragment de billet est inférieure aux deux cinquièmes (2/5) de celle du billet complet, sa valeur est nulle et la banque centrale ne rembourse rien. À noter que les billets maculés ou contaminés par une substance de nature douteuse, au même titre que les faux-billets, ne sont pas remboursés.

billet détérioré

billet détérioré 2

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