Entreprises publiques, caisses sociales, évasion fiscale, la relation avec l'UTICA: Le secrétaire général de l'UGTT Noureddine Taboubi dit tout

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Le secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), Noureddine Taboubi, a réitéré le refus catégorique de la centrale syndicale de la cession des entreprises publiques, affirmant qu’elle trace "cent mille lignes rouges" devant ce choix économique.

Dans une interview accordée à l'agence TAP, le dirigeant de l'UGTT il a indiqué qu’à chaque fois qu'il s'était entretenu avec le président de la République il l'a remercié pour son soutien à l'école publique, au secteur de la santé publique ainsi qu'au service public. "Je n'ai jamais entendu aussi le chef du gouvernement dire qu'il est pour la cession des entreprises publiques, et il a même déclaré lors d'un débat de presse qu'il "n'y avait rien à vendre", a-t-il argumenté.

"L'UGTT n'est pas pour autant crispée sur ses positions sur cette question mais a sa propre vision basée sur nécessité de restructurer et réformer les entreprises publiques afin qu’elles puissent retrouver sa capacité d'embauche et de compétitivité et contribuer ainsi à renflouer les ressources de l'État", a-t-il précisé.

Taboubi a fait valoir que "ces entreprises ne sont pas une propriété privée pour qu'on parle de les vendre ou les céder". Il a estimé que "certains qui ont échoué veulent se débarrasser de cette image d’échec et de leur incapacité à accomplir des actions en faveur du pays, l’imputent aux entreprises publiques".

S'interrogeant sur "les relations de l'UTICA avec les entreprises publiques" il a indiqué qu'il ne vise pas les "hommes d'affaires patriotiques et fidèles qui servent leur pas avec abnégation mais les opportunistes qui n'ont d'autre but que d'accumuler les bénéfices et les richesses par des méthodes détournées".

"Les sociétés nationales publiques, telle la Société d'Electricité et de Gaz (STEG) et la Société Nationale d'Exploitation d'Eau (SONEDE) ne sont pas des sociétés déficitaires mais sont créancières de gros montants auprès de nombreuses entreprises publiques et privées et il est impératif de ce fait de traiter ces sociétés cas par cas et de trouver des solutions pour surmonter ces problématiques", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'UGTT a accusé également de "prétendus experts" qui se sont engagés dans un processus systématique pour faire croire à l'opinion publique que le secteur public "est la cause de la ruine de l'économie nationale", au même titre que d'autres qui expliquent la faiblesse du budget de l'Etat par le volume des salaires".

L'UTICA, "un partenaire social structuré"

Au sujet de la relation de la centrale syndicale avec le patronat, Taboubi a souligné que l'UGTT "voue du respect à cette organisation nationale prestigieuse et estime de son intérêt de traiter avec un partenaire social structuré et organisé avec lequel elle peut dialoguer et négocier".

Il s'est prononcé pour "l'instauration d'un dialogue nouveau loin des tiraillements et des confrontations, "basé sur le rationalisme et la sagesse et prenant en compte la conjoncture de l'entreprise qu'on veut qu'elle réussisse, à condition de ne pas faire preuve d'atermoiement et de s'engager à être crédible et honorer les promesses faites et les accords signés".

Taboubi a rappelé qu'en mars 2017 un accord a été conclu pour l'augmentation des salaires dans le secteur privé, "mais qu'il n'a pas encore été mis en vigueur à ce jour dans de nombreux secteurs, mettant à rude épreuve la patience des ouvriers". Il a nié que ces entreprises soient en butte à des difficultés, à l'exception du secteur du textile, des vêtements et des chaussures dont la présidente de l'UTICA en a parlé à son sujet avec le dirigeant de l'UGTT "qui a répondu favorablement à ses requêtes par respect de l'intérêt national".

"En tant que centrale syndicale nous défendons les intérêts des travailleurs, nous n'avons rien à faire avec les tiraillements au sein de l'organisation de patronat car ce dont nous nous soucions est l'amélioration des faibles salaires dans le secteur privé à la lumière de la forte détérioration du pouvoir d'achat", a-t-il expliqué.

L'UGTT veut des négociations crédibles

Au sujet des prochains rounds des négociations sociales, le secrétaire général a mis l'accent sur "la crédibilité des négociations", affirmant que la dernière tranche de l'augmentation des salaires dans le secteur public et la fonction publique sera opérée en décembre prochain. "Malgré l'inflation en hausse et la dégradation du pouvoir d'achat nous avons assumé notre responsabilité, respecté les accords signés et il importe à notre vis-à-vis de tenir ses promesses", a-t-il souligné.

Taboubi souhaite que le nouveau round des négociations avec le gouvernement dans le secteur privé et la fonction publique s’ouvre en avril prochain, outre le lancement de négociations avec l'UTICA en mars prochain pour l'augmentation des salaires du secteur privé.

Un arsenal juridique "sclérosé" pour faire face à l'économie informelle

À propos de l'économie parallèle, le secrétaire général de l'UGTT s'est prononcé pour la révision de l'"arsenal juridique sclérosé" qui a conduit à son avis à développer le népotisme, à amplifier la corruption et à freiner l'investissement. Il a recommandé à cet égard de ne pas avoir recours à la dissuasion, à donner un délai aux travailleurs dans ce secteur tout en ouvrant un dialogue avec eux pour les intégrer dans le circuit formel tout en accélérant la régularisation social des agents opérant dans les "structures de contrôle" comme la douane, la police, les gardes frontières et l'armée.

Une situation "catastrophique" des fonds sociaux

Taboubi a qualifié par ailleurs de "catastrophique" la situation des fonds sociaux due au déficit de ses budgets. Il a fait état d'une identification de l'état des fonds sociaux par la direction des études qui a commencé à élaborer des solutions, niant que l'UGTT ait accepté la proposition du gouvernement de relever l'âge de la retraite à 65 ans.

"Nous ne sommes pas contre le relèvement de l'âge de la retraite, en s'inspirant des expériences similaires, notamment à la lumière des mutations démographiques et sanitaires que connait la société tunisienne", a-t-il fait remarquer, précisant que la centrale syndicale suggère de porter l'âge de la retraite à 62 ans, la retraite à 65 ans devant être facultative.

Le dirigeant de l'UGTT s'est prononcé d'autre part pour la séparation de la protection sociale de la couverture sociale, avec la création d'un nouveau fonds prenant en charge la couverture sociale des chômeurs et des licenciés en attendant leur embauche ou leur réintégration. Il a expliqué que parmi les causes du déficit des fonds, un total de 25 % des entreprises privées retranchent les cotisations des salaires de leurs employés sans les verser dans ces fonds.

L'évasion fiscale prise à la légère

Dans les plus vieilles démocraties du monde, l'évasion fiscale est considérée comme l'un des plus grands péchés, tandis qu'en Tunisie, elle est encore prise à la légère, a estimé le secrétaire général de l'Union Générale Tunisienne du Travail, Nouredine Taboubi.

"Parmi les propositions formulées dans le cadre du projet de loi de finances 2018, nous avons suggéré de diviser le pays en régions fiscales de manière à assurer une certaine équité fiscale", a ajouté, Taboubi dans une interview exclusive accordée à l'agence TAP.

"Il est inadmissible, aujourd'hui, que le médecin exerçant dans le secteur public paye une taxe plus élevée que son homologue du secteur privé", a-t-il regretté, appelant à la nécessité de renforcer le contrôle fiscal.

"Il est encore inconcevable que des personnes fassent fortune au détriment d'autres classes et que de surcroît ils manquent à leur devoir fiscal", a-t-il insisté.

Le responsable syndical a souligné que l'UGTT défend les salariés mais aussi les entreprises, déclarant qu'"il est inadmissible, aujourd'hui, que les travailleurs ou les employés assument à eux seuls la charge fiscale, car ils sont soumis au prélèvement direct sur salaire."

Il a, à cet égard, appelé à la nécessité de mettre en œuvre la loi incriminant l'évasion fiscale.

"L'UGTT demeure une force de proposition", a-t-il lancé, mettant l'accent sur la nécessité d'engager des réformes structurelles afin de redresser les institutions économiques publiques et privées et de développer l'économie nationale.

"Le peuple tunisien ne doit aucunement rester l'otage de l'endettement extérieur dont on ignore ses répercussions", a-t-il insisté.

Il a appelé à la nécessité de contrôler les entreprises exportatrices exonérées d'impôt, déclarant "Nous soutenons l'exportation mais il faut s'assurer que ses recettes contribuent à l'augmentation des entrées de devises qui serviront à développer le tissu économique".

Il a, d'autre part, affirmé que l'UGTT ne s'oppose pas au rééchelonnement des dettes qui doivent, selon lui, être remboursées.

L'UGTT n'a pas une relation d'entente permanente ou de rivalité continue avec n'importe quel gouvernement. Les rapports avec le pouvoir exécutif sont déterminés en fonction de la mise en œuvre des programmes et des choix en matière de développement qui illustrent le slogan de l'Etat civil, démocratique et social au sein duquel les charges au même titre que les fruits sont partagés.

70% des recettes fiscales proviennent des prélèvements effectués sur les salaires des employés et des salariés alors que les classes fortunées ne s'acquittent jamais pas de leur devoir fiscal, a dénoncé le secrétaire générale de l'UGTT, appelant l'Etat à recouvrer ses dettes fiscales et douanières auprès de plusieurs entreprises (amendes et évasion fiscale), à rejeter le principe de l'amnistie fiscale et à revoir le rôle, les mécanisme d'action ainsi que les prérogatives de la commission de confiscation et à simplifier les procédures fiscales.

La banque centrale qui est, a-t-il dit, en état comateux, doit s'acquitter de la mission qui lui est dévolu.

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