E-commerce: Le secteur va beaucoup moins bien que vous ne le pensez

Publication: Mis à jour:
ONLINE PURCHASE
shutterstock
Imprimer

MONÉTIQUE - C’est toujours la même rengaine à chaque publication du Centre monétique interbancaire (CMI): la croissance soutenue de l’activité e-commerce suscite l’engouement. Certains n’hésitent pas à parler de grand boom et nombreux y voient un changement d’habitude chez les internautes marocains qui seraient de plus en plus nombreux à faire leurs emplettes sur Internet. Pourtant, une analyse des chiffres démontre le contraire. Car l’activité marchande, en termes d'achat de biens, ne représente qu’une part insignifiante du total des opérations réalisées via ce canal.

Sites de deals et marketplaces: la descente aux enfers

Dans les faits, les Marocains semblent avoir apprivoisé les moyens de paiements électroniques. Ils sont en tout cas plus enclins à délaisser le cash et franchir le pas d’Internet pour régler leurs factures comme en témoignent les derniers chiffres du CMI. Selon l’acquéreur monétique, plus de 4,7 millions d’opérations d’e-paiement par cartes marocaines ont été réalisées durant les neuf premiers mois de 2017 pour une valeur totale de 1,83 milliard de DH. Ce qui représente une hausse de 88,9% en volume et 54,1% en valeur par rapport à la même période de l’année précédente. Déjà importante sur une année, cette croissance bat tous les records quand on compare les chiffres des trois dernières années. Ainsi, le nombre de transactions s’est envolé de 230% entre fin septembre 2014 et fin septembre 2017, tandis que le bond en valeur atteint 132%.

"Il ne faut toutefois pas y voir un glissement des habitudes, nous confie Ismail Bellali, directeur du CMI, puisque la plus grosse part de ces transactions ne concerne pas les activités marchandes". En effet, les sites les plus contributeurs sont les sites facturiers qui se taillent la moitié du volume global, suivis par les sites des compagnies aériennes (22,8%) et les sites eGov (15,8%). À eux seuls, les trois du podium représentent plus de 88% des transactions. Les sites de deals et marketplaces, qui étaient des locomotives du e-commerce marocain il y a encore quelques années, ont connu de fortes régressions et ne représentent aujourd’hui que 1,2% du paiement en ligne, toujours selon les chiffres du CMI. Dans les 10% qui restent, on trouve en premier lieu les transactions réalisées sur les sites d’établissement hôteliers (pour les réservations et le paiement en ligne), les séminaires (paiement des frais d’inscription à des évènements qui sont organisés au Maroc, congrès, salons, conférences…), les agences de voyages et les agences de location de voiture.

Payer sur Internet pour éviter les files d’attente

"La progression de l’activité e-commerce au Maroc correspond à un besoin pratique chez le Marocain qui préfère dorénavant régler ses factures (eau, électricité, téléphone) et ses taxes (vignette automobile, taxes communales, amendes pour infractions routières) à travers Internet pour éviter de se déplacer", explique le directeur du CMI. Il est intéressant de noter à cet effet que les transactions réalisées sur les sites eGov ont progressé de près de 97% en glissement annuel.

Mais comment expliquer un tel engouement pour ces services alors que les marketplaces sont littéralement désertées ? La raison est à chercher au niveau des habitudes d’achat du consommateur, à en croire Ismail Bellali. "Je pense que c’est l’inquiétude de ne pas recevoir l’article acheté en ligne qui est le premier frein. L’acheteur préfère de loin le paiement à la livraison, après avoir constaté la qualité de l’article commandé et reçu". C’est ce qui fait que le développement est au rendez-vous pour les secteurs qui offrent des garanties (qualité des articles, traitement efficace des réclamations...). La question du contenu original est également évoquée comme un frein important à l’heure où la plupart des sites marchands n’ont pas vraiment adapté leurs offres depuis l’époque de l’effervescence des deals.

"Aujourd’hui, le marché est prêt et contrairement à ce qu’on pourrait penser, la sécurité des paiements en ligne n’est plus un point d’actualité. Toutes les banques sont passées à l’authentification du paiement en ligne par le code unique reçu par SMS au moment de faire l’opération de paiement. Le risque de fraude informatique est pratiquement de zéro", souligne Ismail Bellali. Même la commission n’est plus considérée comme un frein selon le directeur du CMI puisque le taux de commission maximum est aujourd’hui de 1,5 %, auquel s’ajoute le taux de commission du prestataire de paiement (PSP) compris entre 0,25% et 0,5%.

Avec ta carte bancaire, tu ne paieras point !

Dans un autre registre, le nombre d’utilisateurs de cartes bancaires pour effectuer un paiement est minoritaire, en comparaison du nombre de détenteurs de cartes permettant une telle opération. À fin septembre 2017, uniquement 2,13 millions de cartes ont été utilisées pour payer sur les 12,9 millions de cartes de paiements délivrées par les banques, soit à peine 16%. La plus grande majorité est utilisée exclusivement pour le retrait de billets des GAB.

Il est intéressant de constater que le montant moyen de paiement par opération pour les cartes bancaires marocaines est sensiblement en baisse d’une année à l’autre. "C’est une excellente chose, car cela signifie que le porteur de la carte utilise de plus en plus sa carte bancaire pour payer de plus petits montants, et cela signifie également que des commerçants pratiquants des paniers moyens plus bas commencent à être équipés en terminaux de paiement", explique Ismail Bellali. Le montant moyen par opération est ainsi passé de 564,7 DH en 2013 à 462,3 DH en 2017, et il devrait continuer à baisser dans les prochaines années.

De son côté, le nombre de transactions par carte a également augmenté pour passer de 12,3 opérations durant les 9 premiers mois de 2013 à 15,7 opérations durant la même période de 2017. À noter que le montant moyen dépensé par une carte est resté stable et s’est fixé à 7.271,3 DH.

LIRE AUSSI: