Retraite des députés: des experts à la rescousse pour désamorcer la crise

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PARLEMENT MOROCCO
MAP
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RETRAITE - Cette rentrée parlementaire a un goût amer pour les députés. La retraite ne peut plus être versée et sa suspension risque de durer longtemps. La Caisse nationale de retraites et d'assurances (CNRA), filiale de la CDG, chargée de gérer les pensions des anciens députés est dans l’incapacité de verser les retraites, depuis le début de ce mois. Et pour cause, puisque la CNRA accuse un déficit de 3 milliards de centimes.

Le chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, interpellé sur cette question, lors de son passage hier au Forum de la MAP, s’est contenté de rappeler que le gouvernement n’a pas à intervenir dans les affaires du parlement. "Cela dit, le président de la Chambre des représentants m’a bien adressé une lettre dans laquelle il expose le problème, ainsi que les différentes propositions de son règlement", a-t-il précisé sans donner de détails. Mais il a, cependant, confirmé que le groupe des députés de son parti, le PJD, a adressé une lettre au président de la Chambre des représentants proposant l’annulation de la retraite.

"Les députés ne sont pas riches"

Une proposition qui ne fait pas l’unanimité. "La crise de la retraite ne relève pas de la responsabilité du député. Elle est le résultat de l’incapacité de l’État à assurer sa gestion", déclare au HuffPost Maroc le président du groupe des députés de l’Istiqlal, Noureddine Moudiane. Ce dernier, un des députés les plus anciens (5 mandats de suite), n’hésite pas à mettre la crise de la caisse de retraite sur le compte de "la mauvaise gestion de l’Etat" et de l’absence de toute mesure préventive. "Aucune alerte n’a été donnée pour éviter cette situation. A présent, certains députés, notamment de notre parti, se retrouvent sans salaire. Et face à leurs engagements financiers, certains risquent la saisie", s’indigne-t-il, précisant que "les députés ne sont pas tous riches".

Même son de cloche au PPS. La présidente du groupe des députés socialistes, Aïcha Lablak, parle d’une faille structurelle ayant mené vers "une crise sociale". "Le nombre de ceux qui contribuent stagne, il est d’à peu près 395 députés. Or, ceux qui touchent leur retraite à la fin de leur mandat le dépassent de loin, il est de près de 1000. Le principe de base a donc subi un déséquilibre", explique-t-elle. Et de préciser que les prémices de la crise remontent à l’année législative précédente. "Le problème s’est posé, l’an dernier, mais nous, responsables au sein des groupes parlementaires et ceux du bureau de la présidence, n’avons pas réussi à nous mettre d’accord sur une solution", regrette Aïcha Lablak. Et d’ajouter que "jusqu’à ce jour, nous n’avons pas abouti à un consensus. Nous prendrons un délai de 3 mois ou plus pour nous remettre à la table des négociations et cette fois-ci avec des experts", annonce-t-elle.
Ces experts formeront avec les représentants des groupes et de la présidence une commission mixte qui devra trouver les moyens de régler la crise.

Réformer au lieu d'annuler

Qualifié d’"acquis social", la retraite devrait être débloquée. "C’est un droit que l’Etat nous doit et la loi nous le garantit. Le député contribue à hauteur de 2900 dirhams par mois et l’Etat aussi (même somme). Nous avions soumis une proposition de loi au président, l’année dernière", indique au HuffPost Maroc, le président du groupe des députés du PAM, Mohamed Chrourou. Pour ce dernier, si les prélèvements, aujourd’hui, ne suffisent plus à renflouer la caisse, c’est en parti lié à l’ajout des deux listes des jeunes et des femmes aux élections. "Pourquoi un jeune d’une vingtaine d’années toucherait-il une retraite lorsque son mandat se termine?", s’interroge-t-il.

Une question qui alimente justement le débat sur la retraite entre les députés. Ceux que nous avons interrogés optent tous pour la réforme de la caisse. Autrement dit: redonner vie à la caisse, mais sous de nouveaux paramètres moins contraignants pour la balance financière. "Nous avons face à nous deux options. La première concerne la réforme de la caisse pour que les députés puissent toujours bénéficier de leur acquis social. Et cette réforme sera paramétrique", avance la présidente du groupe des députés du PPS.

Et parmi ces paramètres : il faudra atteindre l’âge de la retraite pour y avoir droit (elle ne sera plus automatique à la fin du mandat), augmenter le taux de participation pour être fixé à près de 7000 dirhams au lieu de 2900, et réduire le taux de calcul du cumul des mandats.

Quant à la deuxième option, l’annulation, elle n’est pas envisagée dans le cadre de ces négociations. "Le PPS a demandé à avoir des chiffres clairs et détaillés sur ce que pourrait apporter la réforme de la caisse afin que nous puissions trancher", tient à préciser Aïcha Lablak.

Trancher le problème sera, sans nul doute, une mission difficile. Mais si cette suspension continue, les députés pourraient bien recourir à la justice. "Il faut préserver tout de même un seuil de dignité et accorder au travail du député le respect qu'il mérite", martèle Noureddine Moudiane.

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