Nicolas Ouchenir, le Maroc à l'encre de Chine

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NICOLAS OUCHENIR
Nicolas Ouchenir, le Maroc à l'encre de Chine | Nicolas Ouchenir
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CALLIGRAPHIE - Nicolas Ouchenir a le Maroc chevillé au corps. Cela fait près de 25 ans que le calligraphe français aux origines algériennes parcourt le royaume de long en large et trouve l'inspiration dans chaque ville qu'il traverse. Dans ses bagages: des plumes, de l'encre et des cartons à dessins, qui suscitent régulièrement la curiosité des douaniers.

Habitué des fashion weeks de Paris, Milan et New York, pendant lesquelles il collabore avec les plus grandes marques de la mode pour signer leurs invitations, l'artiste de bientôt 40 ans saute dès qu'il le peut dans un avion, direction Marrakech, où il vient de se faire repérer par la Mamounia. Le prestigieux hôtel de la ville ocre lui a commandé une soixantaine de dessins exclusifs, pour une exposition au titre mystérieux: "Imaginaire d'un Eden, Calligraphies". Il nous explique.

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HuffPost Maroc: Vous exposez jusqu'au 12 novembre vos dessins à La Mamounia. Une belle vitrine pour un artiste...

Nicolas Ouchenir: C'était une commande de la Mamounia, qui voulait absolument exposer mon travail qu'ils connaissaient déjà. J'étais extrêmement touché et flatté, parce que je n'avais jamais exposé en Afrique. Mon père est Algérien, de Kabylie, mais je n'y suis jamais allé - l'histoire de ma famille est un peu compliquée. On a remplacé l'Algérie par le Maroc, où je vais très régulièrement depuis mon adolescence. Montrer mon travail dans ce pays était donc une bonne introduction sur le continent!

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Que représente le Maroc pour vous?

Je connais le Maroc depuis la nuit des temps! Mes attaches sont presque familiales, nous venons tout le temps avec mes parents. Si vous voyiez mon passeport, il y a un nombre impressionnant de tampons marocains... J'y vais minimum une fois par mois depuis que j'ai 15 ans. Je suis allé partout, de Ouarzazate à Zagora, de Taroudant à Chefchaouen, et de Rabat à Tanger. Je suis obligé d'aller là-bas, comme tu es obligé d'aller voir tes parents! C'est un truc qui te ramène aux sources. Le Maroc est le pays qui m'inspire le plus, quelque chose qui me guide. Il y a un imaginaire impressionnant. Je suis fier de ce royaume qui est très moderne, même si les traditions sont encore très préservées. Si j'habitais autre part qu'à Paris, je vivrais à Marrakech. Pourquoi? Parce que j'aime sa chaleur sèche. Et pour passer des vacances, j'irais à Tanger, parce que j'aime sa folie! (rires)

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Parlez-nous un peu des dessins que vous exposez à la Mamounia. La plupart sont à l'encre bleue. Pourquoi cette couleur?

Je n'ai jamais dessiné en couleurs, je ne suis pas un coloriste. Je suis un calligraphe, je travaille avec de l'encre de Chine, généralement des pigments noirs. Je suis un grand admirateur de l'artiste français Pierre Soulages, qui utilise essentiellement du noir. Mais quand tu es au Maroc, et plus précisément à la Mamounia, dans ta chambre ou dans les jardins, il y a une ouverture incroyable sur le ciel, qui a une couleur indigo, proche du bleu foncé. Même la nuit n'est pas noire à Marrakech, c'est un bleu très sombre. Bon, la vraie raison, c'est qu'en arrivant à Marrakech, je me suis trompé entre deux flacons. J'ai pris du bleu au lieu du noir. Et comme j'adore travailler la nuit, j'ai commencé à peindre, et je me suis aperçu le lendemain que tout était bleu. Mais le bleu me rappelle aussi les contes des Mille et Une nuits, les étoiles, la voie lactée... C'est toujours dans la nuit qu'ont lieu les coups fourrés, les histoires d'amour...

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Autoportraits, scènes de rue, corps en mouvement... Vos dessins sont très divers. En quoi représentent-ils "l'imaginaire d'un éden"?

Pour moi, Marrakech est la capitale du rêve. Je voulais décrire cet univers inimaginable. On ne dort pas si bien que ça à Marrakech, on fait beaucoup de rêves et de cauchemars, c'est une ville qui part dans tous les sens. Mais à Marrakech, tu es vivant. Tu es sans cesse en train de marcher, à la recherche de quelque chose. La ville est déjà un lieu bourré d'une énergie fantasmagorique. On va de riad en riad, dans les derbs qui n'en finissent plus. Tu ne sais pas si tu dois avoir peur, t'arrêter de marcher, si quelqu'un te suit, mais en tout cas, c'est un truc extrêmement fantastique, tout est sujet à un rêve. Les odeurs dans les marchés, la cigogne qui passe au-dessus de ta tête... Ce sont des choses qui relèvent de l'univers des contes.

J'ai fait plusieurs dessins autour du thème de l'eau, qui manque à Marrakech. On voit une femme avec un bébé devant la mer, des jeunes au bord d'une piscine. J'ai représenté l'élégance que l'on trouve dans les salons de la Mamounia, avec des gens qui fument, qui boivent, la tête haute. J'ai aussi représenté des gens que j'aime, ma mère, mon grand-père que je n'ai jamais rencontré mais que j'imagine dans un souk... Il y a enfin beaucoup de femmes, car la place de la femme est très importante au Maroc. En fait, j'ai imaginé un paradis verdoyant, mon éden, au centre de Marrakech.

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D'où vous vient votre amour pour la calligraphie? Ce n'est pas un rêve commun pour un enfant...

Si vous regardez les photos de moi quand j'étais petit, je ne suis jamais avec une petite voiture ou des rollers, mais je suis toujours bourré de taches de la tête aux pieds, avec des feutres. Je n'ai jamais joué avec autre chose. J'ai fait des études commerciales et administratives, mais en parallèle, je travaillais dans les galeries. J'ai travaillé avec le galériste Jean-Gabriel Mitterand, et je tenais à ce que tous les collectionneurs que l'on invitait reçoivent des cartons d'invitation faits à la main. Je le faisais par acquis de conscience. Pour que les gens se sentent vraiment invités, avec des invitations calligraphiées. J'ai fait cela pendant des années. Et ça a marché, j'ai été repéré. Ensuite, j'ai monté mon atelier à Paris. Parmi mes clients, j'ai eu le château de Versailles, le créateur de mode Rick Owens, Yves Saint Laurent, que j'ai rencontré, et je travaille dans les fashion weeks, pour de nombreuses marques.

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Avez-vous d'autres projets au Maroc?

Oui, j'ai récemment rencontré le directeur de l'Institut français de Marrakech avec qui je vais collaborer. Il a notamment développé un parcours sur les murs de la médina, avec le graffeur JACE, qui a fait le premier tiers du projet. Et le deuxième tiers, ce sera moi! Je vais transposer le réel sur les murs, mais avec de l'encre. J'ai également une exposition qui se prépare au riad El Fenn dans la médina, et une coopération culturelle avec des écoles et orphelinats dans la région de Ouarzazate, pour montrer mon travail et inspirer les jeunes.

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