Ibtissam Kaissoumi, la jeune maroco-canadienne qui se rêve première femme astronaute marocaine

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IBTISSAM KAISSOUMI
Facebook / Ibtissam Kaissoumi
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PORTRAIT - Qui n'a pas déjà imaginé devenir astronaute? L'espace, depuis toujours, nourrit les fantasmes et les rêves de conquête. Et Ibtissam Kaissoumi, jeune maroco-canadienne de 23 ans, espère bien en faire une réalité et devenir la première femme marocaine à marquer l'histoire de la conquête spatiale.

Une tête bien pleine, une détermination sans faille et un profil chevronné pour un si jeune âge la caractérisent. Lorsqu'elle a 16 ans, Ibtissam Kaissoumi quitte le Maroc et rejoint le Canada pour des raisons familiales. Ibtissam voit grand et le fait savoir: "Je suis venue au Québec avec l'ambition de changer le monde", explique-t-elle avec détermination au HuffPost Maroc.

Son enfance dans le royaume a fait naître un sentiment de devoir. Devoir de changer les choses, les mentalités, les préjugés qui collent à la peau des femmes et freinent leurs ambitions. Leur réussite lui tient à coeur. "Lorsque j'étais au Maroc, j'ai vu que ce n'était pas une priorité, la société le voulait autrement. Il y a tant de femmes intelligentes, intéressantes et passionnées qui se trouvent malheureusement limitées par la mentalité ambiante".

Un parcours brillant

Avant de s'envoler au Canada poursuivre sa scolarité, elle a fréquenté des établissements publics au Maroc, à Casablanca et Mohammedia, et elle en est fière. "Au Maroc, aller dans des écoles publiques est mal jugé alors que l'enseignement y est parfois très avancé, mais c'est un autre sujet dont nous pourrions débattre", explique-t-elle.

Une fois au Québec, elle s'intègre vite et obtient son année de première. Elle questionne alors son orientation et son avenir, toujours en recherche de challenges à surmonter. Le bac en poche, elle se dirige vers l'École nationale d'aérotechnique de Saint-Hubert, sans trop s'y connaitre en mécanique ou en électronique. "J'étais la seule fille dans ma classe. Je devais prouver aux garçons que j'étais aussi capable qu'eux", confie Ibtissam. Le travail paye puisqu'elle obtient alors annuellement des prix d'excellence en avionique, décroche un stage de deux ans chez Bombardier, célèbre constructeur aéronautique canadien, et une bourse d'étude grâce à ses résultats scolaires. Mais surtout, elle devient une référence auprès de ses camarades masculins, "une connaisseuse en la matière", ajoute-t-elle.

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Une soif de défis

Le chemin ne pouvait pas s'arrêter là pour la jeune femme, qui poursuit dès la fin de sa formation en aéronautique, des études d'ingénierie à l'École de Technologie Supérieure (ETS). Elle croule sous les prix d'excellence, et intègre un prestigieux stage chez Rolls Royce Canada. Depuis ses 21 ans, elle gère des laboratoires de recherche à l'ETS et participe à former des ingénieurs de demain. Toujours en recherche d'un défi majeur, "un truc qui me ferait suer", glisse-t-elle, elle rejoint en tant que directrice des technologies l'équipe d'Uvolt, une jeune start-up qui grimpe. Une expérience intense de quelques mois, où elle travaillera parfois jusqu'à 80 heures par semaine sur un projet de prototypes fonctionnels capables de recharger des appareils mobiles en utilisant de l'énergie à induction et solaire. Cependant, faute de moyens, le projet ne décollera pas. Mais Ibtissam n'est pas déçue: elle a gagné en confiance et se sent capable de se lancer dans un projet encore plus fou, son rêve d'enfant: être astronaute.

Le prestige ne l'attire pas: ce qui la charme, c'est l'inaccessibilité du métier et devoir travailler dur pour y accéder. "J'ai toujours été passionnée d'astronomie, d'astrophysique et d'aérospatiale. Je veux explorer notre univers et sa complexité". Et sa passion lui a été très utile tout au long de son parcours. Après l'obtention de son diplôme d'ingénieur, elle espère, avec l'appui de ses professeurs, intégrer le très select Massachusetts Institute of Technology (MIT), prestigieux institut qui a formé près de 31 astronautes de la NASA comme Buzz Aldrin ou Edgar Mitchell, des légendes de l'espace. Mais qui compte très peu de femmes dans la liste.

Au Maroc, il n'existe à ce jour aucune femme astronaute. Asmaa Boujidar et Kholoud Kahime sont les deux seules Marocaines de l'histoire a avoir intégré le centre de la NASA pour y effectuer des travaux de recherche. Ibtissam espère être la première à endosser l'étoffe d'astronaute, mais souhaite ne pas être la dernière.

L'empowerment féminin, un autre combat

Évoluer en tant que femme dans un univers majoritairement masculin peut se révéler être un véritable combat. "Réussir dans un domaine dominé par les hommes, c'est un exploit. Mais le plus grand des exploits serait d'encourager le plus de femmes possible à réussir ce qu'elles entreprennent", encourage Ibtissam.

"J'ai eu une conversation avec un proche dernièrement et celui-ci a eu le culot de me dire que la femme ne devait pas travailler, que c'était à l'homme de lui fournir une bonne qualité de vie et un foyer. Je suis farouchement contre cette mentalité, nous sommes en 2017", poursuit-elle. Les hommes, mais surtout la société, selon la jeune femme, tuent la créativité féminine. "De nos jours, quand tu demandes aux petites filles ce qu'elles veulent faire une fois grande, elles ne répondent pas femme au foyer. Ce n'est pas la réalité, elles ont des rêves." Elle espère que son parcours, "atypique pour une fille", encourage toute une génération, du Maroc mais aussi du monde entier car "peu importe d'où l'on vient, notre culture ou réalité, nous sommes toutes capables de réussir", conclut-elle.

En attendant de flotter dans l'espace, elle garde la tête sur les épaules et les pieds bien sur terre, suivant des entraînements sportifs intenses et un régime alimentaire sain pour se préparer aux dures conditions de son futur métier.

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