"Destinées", la série de photos qui illustre les rêves et les réalités sociales des Marocains

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M'hammed Kilito
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EXPOSITION - Le photographe marocain M'hammed Kilito s'apprête à dévoiler sa nouvelle série de photos, présentées dans le cadre d'une exposition qui se tiendra du 1er au 25 novembre prochain à l'Institut Français de Rabat. Baptisé "Destinées", le projet documentaire s'attache à mettre en lumière les rêves et les réalités sociales au Maroc.

Titulaire d’une maîtrise en sciences politiques de l’Université d’Ottawa et d’une formation de photographie de l’École d’art d’Ottawa, M’hammed Kilito s’intéresse à des concepts socio-politiques incitant à la réflexion et qu’il exprime à travers un travail photographique. Il fusionne ses deux passions et fait de "Destinées" une série de photos où il aborde la notion de déterminisme social comme approche empirique de son travail, et s’intéresse ainsi à la place de l’individu dans la société et l’influence qu’a celle-ci sur son choix professionnel.

Les destinées des Marocains

La série de photos soulève les questions suivantes: le déterminisme social affecte-t-il le choix de carrière que nous faisons? Qu’en est-il aujourd’hui au Maroc, pays aux réalités sociales très contrastées? "Lorsque j'étais ado dans mon quartier, quelques uns sont allés au collège à la mission française, d'autres dans des écoles privés ou publiques. Je connaissais un garçon très intelligent et intéressant qui voulait faire des longues études. Il a été contraint par son père, concierge qui ne pouvait plus subvenir aux besoins de la famille, de quitter les études et de commencer à travailler comme apprenti boucher", confie au HuffPost Maroc le photographe. Cette anecdote est restée dans un coin de sa tête durant des années, et a en quelque sorte inspiré "Destinées".

L'idée murit, et M’hammed Kilito s’appuie sur des recherches des sociologues Pierre Bourdieu et Emile Durkheim selon lesquels l’être humain serait passif face à son héritage, socialement déterminé par son environnement et enfermé dans une classe sociale dont il hérite. Après un séjour au Canada, il rentre au Maroc et développe ses idées. Il part à la rencontre des gens, sort dans la rue et s'intéresse à différents profils et parcours. "Comment se sont-ils retrouvés à faire tel emploi ? Est-ce le métier qu'ils ont toujours rêvé de faire? J'ai essayé de comprendre le cheminement de ces personnes", explique-t-il.

Il a rencontré plusieurs personnes qui ont accepté de lui raconter leurs histoires et se sont laissés prendre en photo. Il en a sélectionné 11. "Il était très difficile de les convaincre de se laisser photographier, beaucoup ont refusé", ajoute M'hammed. 11 profils différents, des hommes, des femmes, jeunes ou âgés. Et des mises en scènes. "Je photographie ces personnes dans deux contextes différents: leur cadre de travail actuel et la mise en scène de l’emploi qu’ils rêvaient d’occuper étant plus jeune ou enfant". Il a par exemple photographié un vieil homme, photographe de rue qui prend les passants en photo sur le boulevard Mohammed V, en échange de quelques dirhams. Ce dernier aurait voulu être fonctionnaire. "Nous l'avons pris en photo dans un bureau, il a fallu trouver un costume et demander des autorisations." explique M'hammed.

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Le résultat est saisissant, avec un diptyque présentant le rêve d'un côté, la réalité de l'autre. Les visages sont impassibles mais l'émotion est palpable. Le milieu social et l'environnement ne sont cependant pas inextricablement liés au destin. Cette jeune femme assise dans un théâtre, rêvait de planches et de scènes. Elle pose ensuite de façon théâtrale car elle est devenue dans la vraie vie... comédienne.

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Une exposition en deux temps

À l'Institut français de Rabat, M'hammed Kilito a créé toute une dynamique d'espace en utilisant deux salles pour cette exposition qui n'est pas que visuelle. Le photographe a cherché à apporter une dimension sonore car les images parfois n'expliquent pas tout. "Lorsque le public pénètrera dans la première salle, il sera face aux images, avec peu d’informations pour saisir la photo de l’emploi réel et celle du fictif. Il passera ensuite dans une autre salle attenante, où il entendra plein de témoignages, un enchaînement de paroles où chacune des personnes que j'ai rencontrées raconte son parcours", détaille M'hammed Kilito. Un brouhaha qui serait en fait une métaphore d'une société où les gens parlent mais ne sont pas écoutés. "Après avoir entendu, le public fera une lecture différente des photos, le choix de travailler avec la voix et non le texte ajoute un aspect plus touchant et émotif ", conclut-il.

En parallèle de cette exposition, une rencontre entre M’hammed Kilito et le psychanalyste Jalil Bennani, aura lieu le jeudi 2 novembre à 18h30 à la Salle Véranda, sur le thème "À l’épreuve de nos désirs".

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