Le 17 octobre 1961, une répression planifiée selon des notes du porte-parole de De Gaulle

Publication: Mis à jour:
17 OCTOBER 1961
TO GO WITH AFP STORY BY AMER OUALI (FILES) Picture taken on October 17, 1961 in Puteaux, outside Paris, shows demonstrators with their hands on their heads, arrested during a march gathering between 20,000 and 30,000 pro-Front de Liberation Nationale (FLN) Algerians, and guarded by policemen outside a police station. French police, under orders from the head of the Parisian police, Maurice Papon, attacked the illegal but peaceful demonstration. After 37 years of denial, French government acknowl | AFP via Getty Images
Imprimer

On en sait un peu plus sur la répression des Algériens le 17 octobre 1961 à Paris. Des notes de Louis Terrenoire, ministre français de l'Information et porte-parole du général de Gaulle entre 1960 et 1962, ont été publiées par sa fille Marie-Odile Terrenoire dans un ouvrage intitulé "Voyage intime au milieu de mémoires à vif". Selon Gilles Manceron, historien français spécialiste du colonialisme dans un texte publié sur MediaPart, ces témoignages montrent comment Michel Debré, alors Premier ministre hostile à la paix avec le Front de Libération nationale (FLN) et partisan de "l'Algérie française", planifiait ce massacre depuis plusieurs mois pour "lancer une guerre à outrance contre la fédération de France du FLN".

Gilles Manceron, citant l'historien Pierre Vidal-Naquet, estimait dans son blog que la répression des Algériens le 17 octobre 1961 à Paris est l'une "des énigmes les plus étranges que pose à l’historien et à l’honnête homme la guerre d’Algérie". Il a rappelé avoir avancé en 2011 que "la solution à cette énigme résidait dans le désaccord du Premier ministre, Michel Debré, avec la politique algérienne du général de Gaulle".

Des notes de Louis Terrenoire, publiée par sa fille Marie-Odile Terrenoire dans le dit-ouvrage, paru le 25 juillet 2017 aux éditions Recherches, confortent Manceron dans sa thèse.

"Debré n’avait plus aucune prise sur le dossier algérien mais conservait la responsabilité du maintien de l’ordre en France, et, quand, en août 1961, suite aux concessions du président sur la question du Sahara, un accord avec le FLN devenait rapidement possible, il s’est agi pour lui de lancer, a contrario de la politique de sortie du conflit choisie par le Général, une guerre à outrance contre la fédération de France du FLN", explique-t-il, estimant que les témoignages du porte-parole de De Gaulle constituent "un ensemble d’indices conduisaient à cette explication".

Michel Debré, qui avait soutenu l’arrivée au pouvoir du Général en 1958 en pensant qu’il défendrait l’Algérie française, n’était finalement pas favorable à sa politique algérienne. De multiples divergences survenues depuis 1959 à propos de cette question ont conduit les deux responsables français vers un net désaccord, après la décision de De Gaulle d’accepter, en août 1961, la souveraineté algérienne sur le Sahara.

Debré s'est vu retiré en février 1960 la responsabilité du dossier algérien mais a réussi garder sous sa responsabilité le maintien de l’ordre en France. A partir de 1960, il a organisé plusieurs conseils avec les autorités policières pour mettre en oeuvre des dispositifs en s’appuyant sur le préfet de police, Maurice Papon.

Le 18 août 1961, Debré a présenté une démission refusée par le président français, "qui lui cède tout de même plusieurs concessions", rappelle Manceron. Il s'agissait de demandes de remplacer Pierre Chatenet, ministre de l’Intérieur qui désapprouvait les méthodes du préfet de police Papon, par Roger Frey, ancien responsable du RPF, proche de Jacques Soustelle, défenseur de "l'Algérie française".

Debré a également exigé l'éviction du ministre de la Justice Edmond Michelet, qui "rejetait l’idée d’intégration de l’Algérie à la France et affirmait l’existence de deux peuples, français et algérien", et "fondamentalement hostile à l’usage de la torture et refusait la répression injuste des Algériens favorables à l’indépendance".

Le départ d’Edmond Michelet, le 23 août 1961, a ouvert la voie à Maurice Papon, qui a pu organiser la guerre contre la fédération de France du FLN. Le 5 septembre, il a adressé une directive demandant de "reprendre fermement l’offensive dans tous les secteurs" contre la fédération de France du FLN, en raflant les Algériens "indésirables" et en organisant des expulsions massives vers l’Algérie.

Quelques semaines plus tard, un conseil interministériel réuni par Michel Debré émettait un ordre du jour à tous ses services instaurant un "couvre-feu" et une "interdiction" de circuler après 20h pour les "Français musulmans algériens". "Et quand les Algériens, hommes, femmes et adolescents, sont néanmoins sortis simplement, désarmés dans les rues de Paris, le 17 octobre, à l’appel de la fédération de France du FLN, ils ont été réprimés avec une violence inouïe", rappelle l'historien.

Gilles Manceron fait ainsi remarquer que si "le général de Gaulle et les hommes politiques qui le soutenaient, comme Edmond Michelet, Louis Terrenoire, Louis Joxe et d’autres, ont une responsabilité dans ce drame, ce ne peut être que dans le silence qui a recouvert un massacre que d’autres avaient voulu et organisé".

"Dans ce crime d’Etat, il faut probablement distinguer entre ses auteurs et ceux qui en ont été, d’une manière ou d’une autre, les complices par leur silence, qu’ils soient au gouvernement de la France ou dans les principales forces politiques d’opposition du pays qui, à des degrés divers, n’ont rien fait, ou presque rien fait, pour dire et dénoncer le massacre", conclut-il.

LIRE AUSSI: Des jeunes d'Algérie et de France interpellent les ministres des Affaires Etrangères des deux pays*

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.