Raqqa perdue, Daech va revenir à ses fondamentaux

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Female fighters from Syrian Democratic Forces (SDF) react in Raqqa, Syria, October 16, 2017. REUTERS/Rodi Said | Rodi Said / Reuters
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SYRIE - Raqqa est tombée. Moins d'un an après le lancement de l'opération "Colère de l'Euphrate" début novembre 2016, les Forces démocratiques syriennes ont éliminé les derniers terroristes retranchés dans la "capitale" syrienne du groupe État islamique qu'il occupait depuis juin 2013, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme ce mardi 17 octobre. Une nouvelle défaite symbolique pour les djihadistes qui perdent leur dernière grande ville dans la zone irako-syrienne, un peu plus de trois mois après la chute de Mossoul.

La reprise de Raqqa, tout premier bastion du groupe extrémiste sunnite, est une victoire cruciale pour les FDS, soutenus par la coalition internationale. Les combattants de l'État islamique avaient fait de cette ville bordée par l'Euphrate, dans le centre de la Syrie, leur capitale militaire au même titre que Mossoul en Irak.

En revanche, si la victoire est importante, elle ne marque pas pour autant la fin de la guerre contre le groupe ultraradical, responsable d'atrocités dans les zones sous son contrôle et d'attentats meurtriers dans le monde. Privés de leur zone d'influence, le djihadistes entendent bien transformer leur organisation pour revenir à la guérilla, le harcèlement et les assassinats.

Une chute anticipée

"C'est bien évidemment un coup dur porté à Daech. Mais les dirigeants de l'organisation ont fait le deuil de cette perte symbolique depuis longtemps", explique le spécialiste des mouvements et mouvances jihadistes Wassim Nasr au HuffPost. Une analyse partagée par l'agrégé d'histoire Stéphane Mantoux: "Ils savent qu'il leur est impossible de garder les grandes villes de Syrie et d'Irak", expliquait-il lors de la reprise de Mossoul.

Désormais, le but des combattants de Daech est de tenir le plus longtemps possible dans les environs de Raqqa, mais également à Deir ez-Zor, Hawija, et sur les quelques terres qu'ils contrôlent encore. Même si "à terme, l'État islamique perd tous ses territoires à cause à la pression militaire de la coalition", les soldats du Califat combattront jusqu'au bout, pour glorifier leur organisation et "construire leur légende", selon le journaliste à France 24 Wassim Nasr.

"Ils veulent tenir tête au maximum face à la coalition et aux forces étrangères, ce qu'aucune armée arabe n'a réussi à le faire", explique-t-il. Une façon pour eux de ne pas perdre toute leur influence dans la zone irako-syrienne et de préparer la mue de l'organisation.

Changement de stratégie

Sur le terrain, l'État islamique recule très nettement depuis le début de l'année 2016. L'organisation a notamment perdu Falloujah, Mossoul, Palmyre et donc Raqqa. Des grandes villes qui apportaient, entre autres, beaucoup d'argent, et qui permettaient aux responsables de Daech de répandre leurs idées et de planifier des attentats en Europe. C'est depuis Raqqa que Rachid Kassim aurait par exemple planifié la plupart des attaques terroristes commises en France depuis Charlie Hebdo.

"L'État islamique perd sa vocation étatique", explique Wassim Nasr

Mais ces défaites successives obligent l'État islamique à se repenser. En quittant ces villes, l'organisation abandonne également sa vocation étatique. Selon le journaliste de France 24, les dirigeants de Daech se satisfont de la situation malgré les défaites successives: "ce sont des gens pragmatiques", estime-t-il. En n'ayant plus de villes à gérer, ni d'habitants à administrer, l'État islamique pourra désormais se concentrer sur son retour au "statut insurrectionnel."

Un retour à la guérilla, et de nouvelles zones d'influence

Le retour au premier plan de Daech ne passera pas par la prise d'une ville ou la défense d'une autre. Les djihadistes vont revenir à "ce qu'ils savent faire de 'mieux'", explique le journaliste de France 24, également auteur du livre "Etat Islamique, Le Fait Accompli." "Ils vont ressurgir en retournant à la guérilla. Ils vont reprendre le harcèlement, les assassinats dans les provinces pacifiées, les attaques ciblées", détaille-t-il en pointant la fragilité de la zone irako-syrienne. ​​​

La pression militaire de la coalition internationale n'est pas éternelle et les villes abandonnées par les terroristes sont en ruine, ou presque. Des circonstances qui créent un terreau fertile aux idées de l'État islamique dans ces zones très instables. "Daech va profiter des problématiques locales, des millions de personnes dans les camps de réfugiés et de l'instabilité des États pour continuer à exister", explique Wassim Nasr.

Loin de la zone irako-syrienne, les idées ultraradicales de Daech trouvent également de l'écho sur de nouveaux continents. L'organisation est notamment présente au Nigéria, en Afghanistan, aux Philipinnes ou au Bengladesh. "L'Asie est un continent à fort potentiel pour l'État islamique et les décideurs en sont conscients", explique Wassim Nasr. Débutée en mai 2017, la bataille de Marawi, dans l'est du continent, montre bien l'étendue de la stratégie de Daech: établir de nouvelles zones d'influence pour survivre, en dépit du recul au Moyen-Orient.

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