Un data center pour les géants du web en Algérie ? Un expert en TIC émet (beaucoup) de doutes

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DATA CENTER
Servers in server room. | gogo_b via Getty Images
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Un centre de données (Datacenter) de "dimension internationale" sera réalisé en Algérie. Selon Houda-Imane Feraoun, ministre de la PTIC ce matin à la Radio Chaîne III, ce datacenter "devrait intéresser" les géants du web, particulièrement GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), "qui viendront héberger leurs données en Algérie", compte tenu du "faible coût de la main d'oeuvre".

Ali Kahlane, expert en technologies de l'information et de la communication, qualifie la réalisation de ce data center de "très bonne nouvelle" pour les professionnels locaux. Toutefois, il émet "beaucoup de doutes" sur la capacité des autorités (généralement) et du ministère des TIC (particulièrement) à séduire ces géants du web, eu égard à la "maladresse" et "au mauvais signal qu'ils émettent".

Houda-Imane Feraoun a annoncé ce matin, lors de son passage à la Radio Chaîne III, que son ministère a eu "un accord du Conseil des participations de l'Etat (CPE) pour la réalisation d'un data center de dimension internationale en Algérie". La réalisation sera confiée à un "opérateur de télécommunications basé à Hong Kong", qui devrait créer une joint-venture avec l'opérateur en Algérie.

Ce centre sera érigé à Lakhdaria (Bouira) et pourrait, selon les déclarations de la ministre, "intéresser les géants de l'internet comme Facebook, Google, Youtube et Amazon, qui viendront héberger leurs données en Algérie.

Ali Kahlane, par ailleurs P-DG du fournisseur de solutions satellites SatLinker, a estimé dans une déclaration au HuffPost Algérie que la réalisation de ce data center est une "très bonne nouvelle" pour les professionnels algériens. "Il était temps que l'Algérie se dote d'un centre de données pour que nous, professionnels du secteur, puissions enfin en bénéficier", a-t-il déclaré.

Les "mauvais signaux"

Mais M. Kahlane est "très réticent" quant à séduire ou convaincre les géants du web, c'est-à-dire Google, Apple, Facebook et Amazon de "venir héberger leurs données en Algérie" comme le déclare Mme. Feraoun. Cet expert écarte même cette éventualité. "Je ne vois pas pourquoi les GAFAM viendraient héberger dans ce data center, alors que les autorités multiplient les maladresses et les mauvais signaux" dans le secteur des TIC.

Ali Kahlane cite d'abord le blocage, depuis une semaine, du site d'information électronique TSA et la réaction des ministres concernés par cette affaire comme un exemple de "mauvais signal" émis par l'Algérie à l'égard de ces mentors des télécommunications.

Il a d'abord déploré la réaction "insouciance" et "cynique" du ministre de la Communication. Interrogé sur le blocage de ce site, Djamel Kaouane a ironisé que "lorsqu’on vous coupe l’électricité, vous appelez la Sonelgaz”, sous-entendant que cette affaire était à la charge du ministère de Houda-Imane Feraoun.

"Comment peut-il être insouciant et cautionner un blocage ou une censure d'un site d'information alors qu'il est ministre de la Communication ?", s'interroge Kahlane.

Cet expert, soulignant que le blocage de TSA par Algérie Télécom "est techniquement prouvé", a également critiqué Houda-Imane Feraoun, pour son "inertie" face à ce problème et sa réfutation d'un quelconque rôle de son ministère dans cette affaire.

Effets d'annonces "chimériques"

Le P-DG du fournisseur de solutions satellites déduit des des déclarations de Mme. Feroun que la ministre "doit vraisemblablement ignorer ce qui se passe dans son secteur. Algérie Télécom et sa filiale de téléphonie mobile Mobilis sont à la charge du ministère de la Poste et des TIC. Comment peut-elle réfuter son rôle dans cette affaire ?", rajoute-t-il.

Il a ensuite fustigé une "inertie" durant son entretien à la Radio Chaîne III. "A supposer que la ministre ignore réellement ce qui se passe, pourquoi n'a-t-elle pas annoncé l'ouverture d'une enquête ? Comment espèrent-ils séduire Facebook ou Google avec ces maladresses politiques ?", dit-il.

Ces "maladresses", selon les propos du même expert, ne sont pas les seules raisons qui "rebuteraient" les GAFAM. Les arguments liés aux "coûts bas de la prestation et de la main-d'oeuvre" sont également "faux". Ali Kahlane exprime ainsi son étonnement de voir la ministre rappeler à tout va que l'Algérie est en crise mais avancer tout de même que la main-d'oeuvre coûterait moins chers aux géants du web. "L'Algérie connaît une inflation de plus en plus élevée. Automatiquement, les employés exigeront des augmentations de salaires pour parier la hausse des prix. Sur quoi se base-t-elle alors pour déclarer que la main-d'oeuvre est moins chère en Algérie ?".

Ce professionnel des technologies de l'information et de la communication qualifie cette "ambition" de "chimérique". "Elle nous prend pour des canards sauvages !".

M. Kahlane dit également douter que le ministère se base sur les mêmes prévisions de ces géants pour élaborer cette solution. "Le numérique évolue à une vitesse fulgurante. Le marché risque de connaître des métamorphoses. Des géants même peuvent ne plus exister. Combien de temps prendrait la réalisation de ce data center et cette offre serait-il toujours valable dans un nouveau panorama du marché ?", rajoute-t-il.

Cet expert déclare ainsi au HuffPost Algérie que la réalisation de ce data center a de fortes chances de ne pas dépasser le stade de projet, "comme celui de fournir les pays africains en connexion Internet, évoqué depuis 18 mois".

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