Bagdad reprend aux Kurdes la quasi-totalité des champs pétroliers de Kirkouk

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Flames emerge from flare stacks at the oil fields in Dibis area on the outskirts of Kirkuk, Iraq October 17, 2017. REUTERS/Alaa Al-Marjani | Alaa Al-Marjani / Reuters
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Les troupes gouvernementales irakiennes ont repris mardi la quasi-totalité des champs pétroliers de la province de Kirkouk après le retrait des forces kurdes, ruinant les espoirs d'indépendance de la région autonome du Kurdistan, en plein marasme économique.

Depuis le début de l'opération il y a deux jours, les convois de blindés avancent pour réimposer l'autorité du pouvoir central dans cette province du nord-est de l'Irak, où les combattants kurdes s'étaient installés en 2014 dans la foulée de la percée fulgurante du groupe Etat islamique (EI) face à des troupes irakiennes alors en pleine débandade.

Dans la matinée, les forces gouvernementales ont descendu les drapeaux kurdes hissés sur les bâtiments et postes de contrôle des deux principaux champs pétroliers, Bay Hassan et Havana, pour les remplacer par celui irakien, a constaté un photographe de l'AFP.

Pour le colonel Ahmed Modhi, de la police nationale, la prise par les forces irakiennes de ces champs est un juste retour des choses. "C'est une richesse nationale, elle appartient à l'Irak, au même titre que les richesses naturelles de l'ensemble des régions du pays", a-t-il dit à l'AFP.

"La reprise (...) de l'ensemble des installations et des champs pétroliers, ainsi que des stations de pompage et des oléoducs de la province de Kirkouk et dans des zones dites disputées va permettre un retour à l'ordre", a réagi dans un communiqué le ministre du pétrole, Jabbar al-Louaïbi.

Cinq des six champs de la province de Kirkouk sont désormais sous le contrôle des autorités de Bagdad, qui récupèrent une production potentielle de plus de 400.000 barils par jour.

Les troupes irakiennes tiennent également le siège de la compagnie nationale (North Oil Company), basé à Kirkouk.

Seul reste dans la région un champ mineur, celui de Khourmala, aux mains des Kurdes depuis 2008, qui produit environ 10.000 b/j de pétrole lourd, c'est à dire de moindre qualité.

Jusqu'ici, près des trois quarts étaient exportés par la région autonome du Kurdistan, contre l'avis du pouvoir central.

Dans ce contexte, les marchés surveillaient mardi avec inquiétude une possible réduction de l'offre mondiale de pétrole, susceptible de faire grimper les prix.

Fin du rêve d'indépendance'

"Avec la perte de ces champs, le portefeuille kurde est divisé par deux", souligne le géographe français Cyril Roussel. Mais, au-delà de la question économique, "c'est la fin de l'autonomie économique du Kurdistan et du rêve d'indépendance", juge-t-il.

Car "ce n'est qu'après avoir annexé, en juillet 2014, les gisements de Kirkouk que le président kurde Massoud Barzani a commencé à parler d'indépendance. Avant, il ne parlait que d'autonomie", rappelle ce spécialiste du Kurdistan irakien.

Vendeur sur un marché du centre de Souleimaniyeh, la deuxième ville du Kurdistan irakien, Hassan Mohammed, 52 ans, a lui affirmé n'avoir "jamais été aussi désespéré", résumant l'état d'esprit général.

"L'histoire des Kurdes en Irak est pleine de revers, Kirkouk en est un nouveau, énorme", a-t-il dit à l’AFP.

L'avancée des forces gouvernementales marque un tournant dans l'opération lancée par Bagdad, qui avait enregistré dès lundi plusieurs victoires à forte portée symbolique, trois semaines exactement après le référendum d'indépendance dont le grand architecte, Massoud Barzani, est désormais sous le feu des critiques jusque dans son camp.

Le retour de centaines de familles kurdes, selon des responsables locaux, dans la ville de Kirkouk, permet notamment aux forces irakiennes de faire valoir qu'elles tiennent à la "coexistence" entre communautés, qu'elles ont appelé à préserver depuis le début des mouvements militaires.

En juin 2014, les combattants kurdes (peshmergas) avaient pris uniformes et armes des soldats irakiens de la 12e division, soumis aux quolibets, sur la base "K1" au nord-ouest de la ville de Kirkouk. Lundi, les blindés irakiens sont revenus pour effacer cette humiliation.

Fortes de ces succès, extrêmement rapides et quasiment sans aucune violence, les forces gouvernementales avancent désormais pour réimposer leur autorité dans d'autres zones disputées.

Après Kirkouk, Sinjar et Diyala

A plusieurs centaines de kilomètres de Kirkouk, près de la frontière syrienne, les forces irakiennes ont repris la ville de Sinjar (nord-ouest), fief de la minorité yazidie persécutée par les jihadistes de l'EI.

Là aussi, les peshmergas se sont retirés "sans violence".

Dans la province de Diyala, à l'est de Bagdad, les troupes gouvernementales "sont entrées dans Jalaoula et ont hissé le drapeau irakien sur la municipalité", a indiqué à l'AFP le responsable de la sécurité locale, Sadeq al-Husseini.

"Les peshmergas se sont retirés de toutes leurs positions dans quatre secteurs, dont Jalaoula et Khanaqine, et sont retournés aux positions qu'ils tenaient avant 2014", a-t-il ajouté.

Ce retour des peshmergas à leur position d'avant le 9 juin 2014, c'est-à-dire la veille de la chute de la grande ville de Mossoul aux mains de l'EI, est l'objectif martelé par Bagdad.

L'avancée de ses forces sans violence a été facilitée par le fait qu'une grande partie des peshmergas de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), se sont retirés de leur plein gré, aux termes d'un accord avec Bagdad, selon des responsables.

Leurs rivaux, les partisans de M. Barzani et de son mouvement, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), ont aussitôt dénoncé une trahison. Mais le choc les frappe aussi et les combattants du PDK, désemparés, ont déserté les champs de Bay Hassan et de Havana, de même que Sinjar.

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