Ahmed Benbitour : "sans changement de système de gouvernance en 2018 ça sera une catastrophe"

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Ahmed Sahara
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Invité de la web-radio "Radio M", l’économiste et ancien Premier ministre Ahmed Benbitour, tire la sonnette d’alarme quant au système de gouvernance actuel, il affirme et sans réserve que "sans changement de mode de gouvernance en 2018 ça sera une catastrophe".

"Comment voulez-vous qu’un système de gouvernance qui avec un prix de 140 dollars le baril a amené le pays dans cette situation puisse régler les problèmes alors que maintenant le prix du baril ne dépassera pas les 60 dollars en moyenne annuelle sur une longue période", s’interroge-t-il.

Il prévoit des dépenses qui vont être autour de 60 milliards de dollars et des recettes de moins de 30 milliards. Ce qui va mener à ponctionner un minimum de 30 milliards de dollars en 2017, 2018 et 2019. Une situation qui se soldera par l’absorption totale des réserves de change d'ici 2020.

La situation économique actuelle, marquée par l’inflation, le prix du baril qui ne remonte pas, la baisse de la production des hydrocarbures et bien d'autres problèmes sont dûs, selon l'ancien chef du Gouvernement aux caractéristiques de l’exécutif actuel.

"Le gouvernement actuel est patrimonialiste, il est constitué d’un chef entouré de courtisans qui se font la guerre pour lui plaire afin de bénéficier de ses gratifications. Il est paternaliste et se considère comme le père du peuple donc il doit rester en contact direct avec la société et pour cela il doit affaiblir les institutions intermédiaires et enfin il est autoritariste et donc n’accepte que ceux qui l’applaudissent", dénonce Ahmed Benbitour.

Ces pratiques conduisent à une mauvaise information sur la société au sommet véhiculée par ceux qui "applaudissent". Un gap entre gouvernants et gouvernés, des institutions atrophiées, et la prédation dans l’utilisation de la rente.

Dans ce sillage, il appelle au changement de la gouvernance. Il propose une conférence nationale pour faire un diagnostic sérieux de la situation du pays. Cinq personnalités seront désignées au cours de cette conférence. Ils auront le rôle d’un haut conseil de sécurité et leur mission serait pendant trois mois, de sélectionner un gouvernement de transition à savoir la meilleure sélection de ministres, préparer une feuille de route pour ce gouvernement et enfin expliquer à la population que le système de gouvernance actuelle est partant et qu’il est en train d’être remplacé.

"Le gouvernement qui viendra devra préparer pendant 12 mois des élections présidentielles. Le président sera élu sur sa capacité à exécuter la feuille de route tracé par les cinq personnalités", souligne Ahmed Benbitour.

Il estime que si le système de gouvernance actuel n’est pas refondé le prochain gouvernement devra faire face à la population qui sortira dans la rue.

Questionné sur la feuille de route que devrait suivre l’Algérie, Ahmed Benbitour, explique qu’il faut refonder les institutions à savoir l’État à travers la mobilisation des compétences nationales, la maîtrise de la numérisation et les réformes économiques avant d'entreprendre des mesures d’ordre social.

Celles-ci commencent, selon lui, par soigner la société de ses maux qu’il résume en la perte de la morale collective, la violence qui devient l’instrument privilégié de règlement de conflit entre les individus, la corruption généralisée, l’indifférence, et le fatalisme.

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