Taragalte, le festival de musique au coeur d'une oasis menacée par l'avancée du désert

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FESTIVAL- Aux portes du Sahara marocain, et pendant trois jours, 3.000 festivaliers s'apprêtent à plonger au coeur de la vie nomade et de ses sonorités. C’est à Mhamid El Ghizlane, la dernière oasis avant d’atteindre le désert, que le festival Taragalte dressera sa tente du 27 au 29 octobre. Plusieurs artistes locaux et internationaux y sont attendus pour participer aux différentes activités prévues, notamment des plantations d'arbres quotidiennes, une course de dromadaires et une exposition de tapis locaux, mais aussi et surtout pour animer les festivités qui se prolongeront jusqu’à la fraîcheur de la nuit désertique.

Mhamid El Ghizlane, anciennement appelée Taragalte, abritait autrefois une casbah qui servait de douane pour les sultans Saâdiens. Cette “plaine des gazelles”, située non loin de la frontière algérienne, était également le point de rencontre de plusieurs convois de dromadaires où les commerçants et les familles de nomades du Sahel se retrouvaient.

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Une histoire et un patrimoine que Halim Sbai et son frère Ibrahim, deux natifs et amoureux de la région, veulent faire résonner depuis 2009, à travers la création du festival Taragalte. “Nous voulons d’abord préserver le patrimoine culturel et naturel du Sahara, mais aussi renouer les liens entre les différentes communautés de nomades qui ont été brisées à cause des politiques”, explique au HuffPost Maroc Halim Sbai. “En tant que Marocains, on oublie parfois qu’on est africains, alors que les mêmes communautés, parfois de la même famille, vivent par exemple en Mauritanie, au Sud de l’Algérie et au nord du Mali”, rappelle-t-il.

Cette année, le festival, dont Oum est la marraine, rend hommage à la femme africaine et en particulier à la Saharienne qui, après la désertification de Mhamid, souffre du manque d’activités journalières auxquelles elle pourrait participer, d’après Halim Sbai. “La femme joue un rôle très important dans cette région”, souligne-t-il. “Elle est responsable de l’élevage, du pâturage. Auparavant, elle s'adonnait au tissage de tapis. Mais aujourd’hui, il y a moins d’activités pour elles à mener à l’extérieur de la maison”, se désole Sbai.

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L’agriculture et l’élevage étaient les deux principales activités des habitants de Mhamid. Aujourd’hui, la sécheresse et la désertification provoqués par les changements climatiques qui ont touché la région ont engendré une dégradation de l’espace irrigué, une limitation des champs de pâturage, et une immigration de la population locale. La majorité des jeunes de Mhamid travaillent aujourd’hui dans le tourisme, selon Sbai, qui fait lui-même office d’accompagnateur pour quelques excursions.

Mhamid a longtemps été une région recluse, avant le début des années 90 où elle a connu une explosion de flux touristiques, assurant aux habitants de la région des entrées économiques régulières. Mais très rapidement, l'ouverture de la région a déteint sur le paysage désertique de la plaine. “L’ouverture à l’activité touristique engendre aussi l’ouverture à la société de consommation”, ajoute Halim Sbai, qui regrette que les touristes étrangers n’aient pas respecté l’environnement de la région. Il espère que grâce à des événements comme le festival Taragalte, les touristes mais aussi les guides et accompagnateurs peuvent être formés pour prendre connaissance de la fragilité du désert qui se détériore de plus en plus.

“Le tourisme dans la région doit être régularisé”, affirme le fondateur du festival. “Un cahier de charges doit être mis en place. On ne peut pas avoir des Quad et des quatre-quatre rouler sur les dunes près des autres touristes en randonnée, venus chercher la quiétude du désert”, dénonce-t-il.

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Plusieurs conférences et tables rondes animées par des experts marocains et internationaux sont donc prévues pour aborder différentes thématiques, dont “ La diversité culturelle: facteur de paix et de développement”, “le développement durable à l'oasis de Mhamid, face au changement climatique”, ou encore “femme, culture et développement”.

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Le festival rendra hommage dans ce sens à Lalla Badi, l’une des pionnières du tindi, une musique traditionnelle algérienne. L’artiste octogénaire sera présente parmi les autres chanteurs et groupes attendus lors des différents concerts comme les groupes Sahel Blues (Sénégal), Red Tail Spirit (Canada), les filles de Illighadad (Niger), des groupes de chanteurs et musiciens locaux pour donner plus de visibilité aux jeunes talents, et Oum, en clôture du festival avec de nombreuses autres artistes féminines. Quelques artistes poursuivront par ailleurs leur échange avec le public lors de jam sessions improvisées sous les étoiles du désert.

Une trentaine de structure hôtelières sont disponibles dans la commune pour accueillir les festivaliers qui privilégient le confort d’une chambre d’hôtel. Des bivouacs seront également mis en place pour ceux qui préféreront se glisser dans la peau d’un nomade, le temps d’un festival.

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