Hirak: le procès de Hamid El Mahdoui et du "groupe Ahamjik" reprend dans un climat de tension

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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HIRAK - Les militants des droits de l’Homme et de la liberté d’expression se donnent rendez-vous demain, mardi 17 octobre à 9h, devant la Cour d’appel de Casablanca. Répondant à l’appel de l’Organisation pour les libertés d'information et d'expression (OLIE), ils observeront un sit-in à l’occasion de la tenue d’une nouvelle audience dans le cadre du second procès contre le directeur et rédacteur en chef de Badil.info, Hamid El Mahdaoui.

Poursuivi pour "Non dénonciation d’un crime portant atteinte à la sûreté de l’État", le journaliste purge déjà une peine d’un an de prison ferme après avoir été reconnu coupable, dans un premier procès à Al Hoceïma, d’"incitation d’individus à commettre des délits par des discours et des cris dans des lieux publics". "Il est prêt à affronter ce nouveau procès. Il ne perd pas confiance et garde toujours sa force d’esprit", confie, au HuffPost Maroc sa femme, Bouchra El Khounchafi. Elle lui a rendu visite vendredi dernier à Oukacha où il est détenu dans le cadre de ce nouveau procès. "Il clame son innocence et est prêt à se battre pour la démontrer", déclare son épouse.

Et pour "clamer son innocence", Hamid El Mahadoui serait prêt à reprendre sa grève de la faim, d’après sa sœur Asmae Mahdaoui: "Cela dépendra de l’aboutissement de ce nouveau procès". Après avoir suspendu sa grève de la faim, le 26 septembre dernier, Hamid El Mahdaoui avait prévenu, par le biais de sa famille, que cette suspension ne serait pas définitive.

En parallèle à son procès, se tiendra en même temps et lieu celui d’une vingtaine de détenus du Hirak communément appelée "groupe Nabil Ahamjik". Troisième audience après deux reports, le procès devra permettre à la partie de la défense de présenter les éléments dont elle dispose.

Vice de procédure

Sur le déroulement du procès, certains observateurs remettent d’ores et déjà en question le respect des critères du "procès équitable". Meryem Jamal Idrissi, avocate au barreau de Casablanca, est observatrice pour l’Association Adala "Pour un procès équitable". Pour elle, la dernière audience du 3 octobre a enregistré une violation claire de la procédure pénale. "L’article 33 du code de la procédure pénale indique que les médias souhaitant filmer l’audience doivent présenter une demande au président de l’audience, mais il précise aussi que l’accusé doit donner son accord", explique l’observatrice relevant un vice de procédure: "la demande d’autorisation a été adressée au procureur du roi et non au président de l’audience. Or ce n’est pas au procureur du roi, selon l’article 33, que revient cette décision".

Face à la demande d’autorisation, le juge n’a pas brandi d’objection. "Le tribunal a accepté sans consulter les accusés et sans en informer la défense. Ce qui a provoqué un conflit en pleine audience", explique-t-elle au HuffPost Maroc. Face aux caméras, c’est Hamid El Mahdaoui qui a exprimé son refus d’être filmé. "C’est son droit en tant que détenu, mais le procès s’est poursuivi et les caméras ont continué à filmer. C’est une violation que la défense a dénoncée, la qualifiant d'être une forme de pression faisant obstacle à son droit de débattre de l'affaire de ses clients et au bon déroulement d’un procès équitable".

Demain, l’audience risque d’être houleuse d’autant que les avocats comptent aussi soulever la question de la prise en charge médicale des détenus en grève de la faim. "Les détenus poursuivent leur grève de la faim. Leur état de santé est inquiétant et tous ont visiblement perdu du poids. Mais aucun suivi ne leur est accordé sauf en cas de perte de connaissance", indique sur sa page Facebook l’avocat Mohamed Aghnaj. Ce dernier a effectué, vendredi 13 octobre, une visite auprès des détenus du Hirak à Oukacha en compagnie de deux avocates, Fatima El Mardi et Bouchra Rouissi. Au constat sur l’état de santé des détenus grévistes de la faim, il ajoute que "l’administration pénitentiaire se contente d’une infirmière qui contrôle le poids, la glycémie et l’hypertension des grévistes et qu’aucune négociation n’a été entamée avec eux".

Le comité national de soutien du Hirak, ainsi que les associations militantes pour les droits de l’Homme, les coordinations et comités locaux observeront le mercredi 18 octobre un sit-in pour "appeler à sauver les détenus d’une mort certaine". Un sit-in prévu à midi à l’occasion de l’ouverture des portes de Oukacha pour la visite hebdomadaire des familles des détenus.

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