"Humiliation et harcèlement sexuel": Björk parle de son expérience "avec un réalisateur danois"

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HARCÈLEMENT SEXUEL - "Il y a une vague de changement dans le monde." Dans le sillage des révélations sur les agissements du producteur américain Harvey Weinstein, véritable onde de choc ayant ouvert la voie aux témoignages sur le harcèlement et les agressions sexuelles au quotidien, la chanteuse Björk a à son tour choisi de raconter son expérience dans le milieu du cinéma.

Dans un message publié sur sa page Facebook ce dimanche 15 octobre, la chanteuse revient sur son "expérience avec un réalisateur danois". Si elle ne donne pas le nom de l'homme qu'elle met en cause, l'artiste n'a tourné qu'à une occasion -au cours de sa très éphémère carrière d'actrice- avec un réalisateur danois: en 2000, pour "Dancer in the dark" de Lars Von Trier.

La chanteuse de 51 ans, dont le dernier single est sorti en septembre, dit avoir été "humiliée", mise dans une situation "d'infériorité" et "harcelée sexuellement" par le réalisateur. "Je me suis rendu compte qu'il était universellement accepté qu'un réalisateur puisse toucher et harceler ses actrices quand bon lui semble, et que le cadre institutionnel le permette", raconte-t-elle.

"Je suis inspirée par ces femmes qui, partout, prennent la parole sur les réseaux sociaux, pour parler de mon expérience avec un réalisateur danois. Parce que je viens d'un pays [l'Islande, ndlr] où l'égalité entre les hommes et les femmes est la plus respectée au monde, qu'à ce moment-là j'étais en position de force dans le milieu de la musique et que j'avais durement acquis mon indépendance, il m'est apparu de manière extrêmement claire, quand j'ai rejoint le milieu des actrices, que mon humiliation, mon infériorité et le harcèlement sexuel dont j'étais victime étaient ici la norme, gravés dans le marbre chez ce réalisateur et son équipe de dizaines de personnes qui laissaient faire et encourageaient cela.

Je me suis rendu compte qu'il était universellement accepté qu'un réalisateur puisse toucher et harceler ses actrices quand bon lui semble, et que le cadre institutionnel le permette. Quand je déclinais plusieurs fois les avances du réalisateur il faisait la tête, me punissait, et diffusait dans son équipe l'idée que j'étais l'élément perturbateur.

Grâce à ma force, mon équipe incroyable et parce que je n'avais rien à perdre, n'avais aucune ambition dans le milieu du cinéma, je me suis éloignée de tout cela et me suis reconstruite pendant des années. Pourtant, j'ai peur que d'autres actrices qui travaillent avec le même homme n'aient pas réussi à faire la même chose. Le réalisateur savait très bien à quel jeu il jouait, et je suis sûre que le film qu'il a réalisé juste après ('Dogville', ndlr) était basé sur ses expériences avec moi. Parce que j'étais la seule à lui tenir tête et que je ne l'ai pas laissé s'en tirer comme ça.

À mon avis, il a eu des relations plus justes et plus sérieuses avec ses actrices après ma confrontation, donc il y a de l'espoir. Espérons que ce communiqué réconforte les actrices et les acteurs partout dans le monde. Arrêtons cela. Il y a une vague de changement dans le monde."

Björk avait déjà témoigné de sa mauvaise expérience sur le tournage de "Dancer in the Dark", un film qui avait reçu la Palme d'or à Cannes en 2000 et lui avait permis de décrocher le Prix d'interprétation féminine. Cette année-là, elle expliquait aux Inrocks avoir "détesté faire l'actrice". "Après une expérience aussi dramatique que celle que j'ai vécue en tant qu'actrice, j'ai envie de me replier à nouveau sur moi-même", expliquait-elle.

Elle racontait aussi comment Lars Von Trier, également connu pour avoir réalisé "Antichrist", "Melancholia" et récemment "Nymphomaniac", avait insisté pour l'avoir dans son film alors qu'elle souhaitait uniquement en signer la bande originale: "Pendant des mois, j'ai tenu bon, j'ai refusé de jouer, me contentant de composer et lui répétant qu'il ferait mieux de penser à une vraie actrice. Mais au bout de deux ans, il m'a dit qu'il abandonnerait le film si je ne jouais pas dedans. Moi, j'avais déjà composé toutes les musiques et il m'a eue au chantage. Je n'avais pas envie de voir deux années de travail partir en fumée. Ça a été une période très difficile."

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