La mode et l'art, coeur battant du musée Yves Saint Laurent Marrakech

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SALLE YSL
Nicolas Mathéus/©Fondation Jardin Majorelle
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INAUGURATION - Plus que quelques jours avant l'ouverture au public du musée Yves Saint Laurent Marrakech (MYSLM), prévue le 19 octobre. D'ici là, le nouvel espace culturel dont s'enrichit la ville ocre ouvre progressivement ses portes. Hier, journalistes de la presse nationale et internationale étaient ainsi conviés à découvrir le musée, après plus de deux années d'attente.

Aujourd'hui, c'est une ouverture plus VIP et mondaine qui attendait le musée, avec la visite de la princesse Lalla Salma, membre du comité d'honneur du musée. Pour l'inauguration officielle du lieu, la princesse était entourée de nombreuses personnalités, dont Mohamed Laaraj, ministre de la Culture et de la Communication, le violoniste Renaud Capuçon, invité à donner un récital privé ce soir, mais aussi Jack Lang, également membre du comité d'honneur du MYSLM, au même titre que Catherine Deneuve, Betty Catroux, Marisa Berenson et Bianca Jagger, muses et amies proches de Saint Laurent, venues à Marrakech pour rendre hommage au couturier disparu en 2008.

Un lieu vivant autour de la mode et de l'art

"Une des demandes de Pierre Bergé était de ne pas faire du musée un mausolée", confie au HuffPost Maroc Karl Fournier du Studio KO, qui signe avec Olivier Marty la réalisation architecturale du lieu. "Pierre Bergé voulait que le lieu soit ouvert à l'art contemporain, à des artistes vivants, à d'autres disciplines que la mode. Il voulait que le lieu devienne un point de repère dans la vie culturelle de la ville, et qu'il participe aux différents événements artistiques qui se déroulent Marrakech, en s'ouvrant à l'art contemporain et à la création contemporaine", poursuit le jeune architecte.

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"Le Maroc de Jacques Majorelle", exposition temporaire du 19 octobre 2017 au 4 février 2018.

Prendre appui sur la notoriété et le rayonnement du couturier français, pour transmettre au public plus que le seul legs de Saint Laurent, telle est la vision que Pierre Bergé, hommes d'affaires, mécène et compagnon de Saint Laurent, disparu le 8 septembre dernier, a voulu défendre pour ce musée. À l'exposition temporaire consacrée au Maroc de Jaques Majorelle, qui présente pour la première fois au Maroc, depuis la disparition du peintre, une trentaine d'oeuvres picturales, succédera celle dédiée au styliste marocain Noureddine Amir, dont les oeuvres sculpturales avaient fasciné Pierre Bergé, au point d'être présentées à Paris en 2016 à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent.

L'art et la mode sont rejoints par le monde des livres, avec une bibliothèque située au premier étage du musée. L'espace est ouvert sur rendez-vous à ceux qui souhaitent découvrir ce fonds de livres anciens dédiés à l'histoire du Maroc, à la culture berbère, ou encore à la botanique. Une fois de plus, le lieu ne se veut absolument pas figé, comme nous l'explique le bibliothécaire Juan Palao Gómez. Si ce dernier se réjouit d'accueillir les étudiants et les chercheurs curieux de découvrir les trésors d'une collection qui devrait s'enrichir au fil du temps, il nous confie que le musée se donnera également pour ambition de programmer bientôt des résidences artistiques, afin de permettre des échanges entre la scène culturelle locale et internationale.

bibliothèque myslm

Outre la salle d'exposition temporaire et la bibliothèque, le musée se fait fort d'une galerie photographique, d'un auditorium, qui accueillera projections, concerts et conférences, ainsi que d'un espace convivial baptisé le Studio café, clin d'oeil au studio de création d'Yves Saint Laurent, jadis sis au 5, avenue Marceau à Paris, et qui abrite désormais le musée Yves Saint Laurent Paris, inauguré pour sa part fin septembre dernier.

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La terrasse du Studio café.

Autant d'espaces qui gravitent autour de l'oeuvre de Saint Laurent, avec une salle majeure qui abrite l'exposition permanente où, dès l'entrée d'une pièce plongée dans le noir, le visiteur s'immerge dans la vie, l'oeuvre et le formidable processus créatif du prolifique couturier. Sur les mannequins et sur les murs, les robes, les oeuvres, les croquis, les films et les photographies qui s'offrent au regard s'accompagnent d'une bande sonore incluant la voix de Saint Laurent, de proches l'ayant côtoyé et de musiques l'ayant inspiré. Une véritable expérience sensorielle, servie par la superbe scénographie de Christophe Martin et prolongée par la sélection pointue proposée par la librairie attenante.

Enfin, le foyer achève de démontrer les liens forts qui unissaient le couturier français au milieu artistique, avec une mise en lumière des collaborations phares de Saint Laurent nouées avec les milieux du cinéma, du théâtre, du ballet et du music-hall.

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Une vue de la salle consacrée à l'exposition permanente dédiée à l'oeuvre d'Yves Saint Laurent.

Un écrin qui se fond dans l'architecture de la ville

Pour établir un lien entre ces nombreux espaces aux finalités bien distinctes, Olivier Marty et Karl Fournier, le duo d'architectes du Studio KO, expliquent avoir porté un regard presque "domestique" sur ce projet muséal, première commande du genre et première réalisation d'un lieu public pour le Studio KO. Il faut dire que le duo n'avait jusqu'alors consacré ses travaux architecturaux qu'à des projets résidentiels. "Pour la première fois, on a eu comme demande autre chose qu'une maison. On a vraiment voulu la traiter comme un musée, mais on s'est rendu compte peu à peu qu'on appliquait un regard sur le musée qui était presque domestique, avec une échelle humaine, où on passe d'un espace à l'autre d'une façon hyper harmonieuse. On n'en prend pas plein la vue, avec une forme de douceur dans l'enchaînement des espaces. On ne se rendait pas compte que ça ne ressemblerait pas tout à fait à un musée, ça s'est fait naturellement", nous explique Olivier Marty du Studio KO.

Autre particularité: le Studio KO n'avait jusqu'alors signé des villas que dans des sites spectaculaires, très sauvages, "mais jamais en ville". Et c'est précisément à cette nouvelle approche que tient leur plus grande fierté. "L'enveloppe, le dialogue du bâtiment avec la ville en termes d'échelle, de matériaux, de chromie... Je trouve qu'il y a une certaine justesse par rapport à son contexte", analyse Karl Fournier. "Le meilleur compliment qu'on ait reçu, selon moi, c'est qu'on a l'impression que le bâtiment était là avant, il est évident. On a eu beaucoup de retours dans ce sens, de voisins qui ne savent plus ce qu'il y avait avant, tant le musée a trouvé sa place. C'est ce qui me rend le plus fier", ajoute-t-il.

Même son de cloche pour son acolyte Olivier, qui précise particulièrement aimer la façade arrière du bâtiment. "C'est la façade la plus dure, la plus opaque. Si on observe la façade, depuis le trottoir sur lequel elle donne, on voit défiler les gens devant le bâtiment, un peu comme un défilé de mode. Il y a le poivrot qui dort par terre, quelqu'un qui promène ses chiens, des familles, les guides, les calèches... Une espèce de théâtre qui se passe le long de ce mur, avec la ville qui a repris le dessus. C'est ce qu'il y a de plus jouissif", nous confie Olivier Marty.

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Retour à Jemaa El Fna

À plus grande échelle, au-delà du seul périmètre du quartier qui abrite aussi le Jardin et le musée Majorelle, la ville a aussi été associée à l'événement depuis début octobre, dans le cadre de la campagne "Mon Marrakech". Temps fort de cette programmation: une projection marquée par une grande émotion s'est déroulée hier soir sur la place Jemaa El Fna. Pour démarrer la soirée, les spectateurs rassemblés sous un ciel légèrement voilé ont assisté sur grand écran au défilé grandiose tenu en 1998 au Stade de France, durant la Coupe du monde. Sur une pelouse habillée d'une immense toile azurée, 300 mannequins avaient défilé au son du Boléro de Ravel et des tambours du Bronx, pour présenter 40 années de création au fil d'une chorégraphie spectaculaire.

Puis ce sont des extraits de l'ultime défilé du couturier, présenté en 2002 au centre Pompidou peu après les adieux à la mode de Saint Laurent, qui ont hypnotisé une place, comme à son habitude, noire de monde. Et tant pis pour les facéties techniques du son qui disparaîtra de temps à autre durant la projection, tant les tissus, les matières et les modèles auront joué à l'écran leur symphonie. Nul doute qu'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé auraient apprécié ce moment de partage, sur cette place si emblématique d'une ville qu'ils ont tant aimée.

yves saint laurent place djemaa el fna

Informations pratiques:

Ouvert tous les jours, sauf le mercredi, de 10 à 18h (dernière admission à 17h30)
Tarif public: 100 DH
Tarif citoyens marocains et résidents étrangers au Maroc: 60 DH

Musée Yves Saint Laurent Marrakech, Rue Yves Saint Laurent, Marrakech.

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