Interview de Youssef Chahed sur El hiwar ettounsi: Retour sur les moments clés

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De la loi de finances à la corruption, en passant par l'affaire du bisou et la collision maritime à kerkenneh, le chef du gouvernement Youssef Chahed a fait le point, dans une interview accordée ce jeudi 12 octobre 2017 à la chaîne de télévision Al Hiwar Ettounsi, sur les dossiers chauds du moment. Il a dressé un bilan général de la situation politique et économique du pays.

Chahed qualifie l’accident de Kerkenneh de “Drame national”

"C'est un drame national," a qualifié le chef du gouvernement, Youssef Chahed, la collision entre un navire de l’armée de mer et une embarcation d’émigrants clandestins, survenue dimanche soir au large de Kerkennah.

Dans une interview diffusée jeudi soir par la chaîne de télévision privée “El Hiwar Ettounsi”, Chahed a dit compatir à la douleur des familles des victimes de cet accident. Il a d'autre part indiqué avoir donné ses instructions à l’occasion du conseil ministériel ce jeudi, pour hâter l’enquête afin de déterminer les responsabilités et avoir invité les autorités régionales à s’enquérir des familles des victimes.

Le chef du gouvernement a, par la même occasion, souligné la nécessité d’examiner le dossier de l’émigration clandestine.

La lutte contre la corruption, l'ultime combat

Youssef Chahed a réitéré l'engagement du gouvernement d'union nationale dans la lutte contre la corruption. "Le choix à faire est la Tunisie ou la corruption, moi j'ai choisi la Tunisie et nous n'avons d'autre choix que de persévérer dans cette guerre", a-t-il souligné.

"Comment ça cette guerre s'est arrêtée alors que 14 personnes impliquées dans des affaires de corruption ont encore été écrouées mercredi?", s’est interrogé le chef du gouvernement, en allusion aux suspicions de ses détracteurs sur le sérieux de cette lutte.

Il a reconnu toutefois que la tâche "est bien compliquée et difficile étant donné que le phénomène de la corruption a gangréné tout l'appareil de l'Etat".

Chahed a précisé à cet égard que la campagne lancée en mai dernier a touché "les gros bonnets" et visera les autres encore hors de prison, relevant que c'est seul son gouvernement qui a "osé lancer cette guerre contre la corruption" et qu'il s'est "sacrifié personnellement" pour cette mission.

"Le gouvernement a déclaré la guerre contre la corruption et a œuvré à mettre à la disposition de l'institution de justice les moyens dont elle a besoin pour mener à bien sa tâche dans cette lutte avec la création de 12 tribunaux administratifs dans les régions", a-t-il indiqué.

Il a annoncé par ailleurs l’élaboration la semaine dernière d’un projet de loi sur l'enrichissement illicite qui touche tous les fonctionnaires de l'Etat.


La justice sociale est l'âme de la loi de Finances 2018

Youssef Chahed a défendu bec et ongles le projet de loi de finances 2018. "Tout le monde parle de la Loi de finances, mais je suis certain que personne ne l'a consultée. Comment peut-on en parler en s’appuyant sur des fuites ?," s'est-il interrogé en annonçant que le projet de loi vient d'être adopté le jour même, à savoir le jeudi 12 octobre, par le conseil ministériel. Il a assuré que contrairement aux rumeurs, aucune augmentation des prix de vignette, ni de timbre de voyage ni même de suppression de subvention n'a été évoquée. Il a souligné que le projet de loi de Finances est axé sur la justice sociale et la protection du pouvoir d'achat du citoyen. "Nous avons plutôt opté pour une réorientation fiscale," a-t-il noté en expliquant que le projet de loi de finances repose sur une réorientation de la fiscalité, en vue d’une justice sociale.

Chahed a fait savoir que de nouvelles réformes et mesures seront appliquées pour instaurer une justice sociale et équitable. Il a abordé notamment l'application d'une taxation sur les établissements financiers et l’économie de rente afin de créer de nouvelles ressources financières pour l'Etat capables de financer les projets publics.

Il a ajouté que ce projet de loi prévoit un titre 3 du budget de l'Etat, outre les titres 1 (budget de fonctionnement), et 2 (budget d’investissement). Il sera doté de 5200 millions de dinars sur trois ans, pour la réalisation de projets notamment dans le cadre du partenariat public/privé.

Une mesure exceptionnelle pour les investisseurs, créateurs d'emploi

Le locataire de la Kasbah a rappelé que le programme économique et social de la Tunisie se base sur deux axes principaux, à savoir l’application des réformes et l’activation des moteurs de développement. Ces derniers se focalisent sur l'investissement et l'exportation. "Pour cela, nous allons encourager les investisseurs, ceux qui créeront des postes d’emploi seront exonérés d’impôts pendant 3 ans. Ceux qui créeront des postes dans les régions de l’intérieur seront exemptés de payer des cotisations sociales," a-t-il précisé.
Une solution qui permettra de réduire le taux de chômage des jeunes et améliorer la situation dans les régions intérieures. "Avec cette mesure, on tablera à une réduction de 3% du taux de chômage d'ici 2020," a-t-il indiqué.

"La politique monétaire connaît des hauts et des bas"

Chahed est revenu, par ailleurs, sur la chute du dinar. Il a indiqué que la politique monétaire de la Tunisie a connu "des hauts et des bas" en ajoutant que "le gouverneur de la Banque Centrale n'est pas au-dessus des critiques. Nul n'est parfait".

"Ma relation avec le président de la République elle est excellente"

Le Chef du gouvernement a souligné que sa relation avec le président de la République est excellente. "Il y a une grande coopération entre les deux institutions pour l’intérêt du pays. Je suis un chef de gouvernement qui exerce ses prérogatives dans le cadre de la constitution,"a-t-il précisé.

Que pense-t-il de "l'affaire du bisou"?

Interrogé sur "l’affaire du bisou", Youssef Chahed a indiqué que certaines lois doivent être revues pour renforcer les libertés individuelles. Il a indiqué que la Tunisie a fait des avancés en matière de libertés individuelles, mais il lui reste encore du chemin. Il a, par ailleurs, manifesté son attachement à l'indépendance de la Justice.

Le message Chahed aux Tunisiens et membres de son gouvernement
"Les mains tremblantes n'ont pas de place au sein du gouvernement," a-t-il martelé. Chahed a adressé un message aux membres de son gouvernement dans lequel il rappelle que "personne ne peut revenir en arrière, et qu'il n'y a pas de place que pour les audacieux. "

Quant aux Tunisiens, Chahed a appelé à la nécessité de retrousser les manches et travailler pour améliorer la situation. Il a précisé que tout les ingrédients pour un avenir meilleur existent. "Plus de volonté, et le futur sera à nous," a-t-il ajouté avant de conclure en disant "ceci est notre pays et tout ce que nous pouvons faire pour ce pays, nous le ferons."

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