Au Maroc, une fille mineure mariée sur trois est déjà mère

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CHILD BRIDE
Lai Seng Sin / Reuters
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SOCIÉTÉ - Des chiffres toujours aussi alarmants ont été révélés vendredi par le Haut-commissariat au plan (HCP) à l’occasion la journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre. Les résultats des enquêtes menées auprès des ménages démontrent une faible amélioration de l’autonomisation des filles au Maroc, surtout dans le milieu rural.

En dix ans, et malgré l’adoption du nouveau code de la famille en 2004, le taux de scolarisation des filles dans le milieu rural n’a pas connu un grand changement. Les résultats pour 2014 rapportent que le taux de pré-scolarisation des garçons est supérieur à celui des filles de 6,3% à l’âge de 3 ans, et de 10,5% à l’âge de 5 ans.

Le contraste entre les deux sexes ne fait que s’accentuer avec l’âge. En 2014, une fille sur dix, âgée de 7 à 12 ans, n’a encore jamais mis les pieds à l’école ce qui engendre un taux d’analphabétisme auprès des jeunes filles de 15 à 24 ans de 14,8 %, le double de celui des garçons du même âge.

L’inégalité se manifeste également dans la participation féminine à l’activité économique du pays. Une enquête nationale menée en 2016 sur l’emploi a révélé que 24,6 % des filles de 15 à 17 ans “ne travaillent pas, ne sont pas à l’école et ne suivent aucune formation” contre seulement 5,1% pour les garçons.

Pour Bouchra Ghiati, présidente de l’association INSAF, il ne faut pas s’étonner des chiffres recensés par l’enquête. “On ne peut pas être fiers de ces résultats qui sont le fruit du manque de volonté et de vision stratégique de la part de l'ensemble de la classe politique”, déclare-t-elle au HuffPost Maroc.

La présidente déplore l’importance accordée aux projets économiques aux dépens de l’amélioration de la situation de la femme que l’on “confine toujours dans un rôle très limité”. “On a des projets qui sont menés tambour battant sur les infrastructures ou sur le secteur industriel mais on n’a pas les ressources humaines pour l’emploi, pour fournir la bonne main d’oeuvre et les personnes adéquatement formées”, explique-t-elle. “Qui va faire fonctionner ces projets alors que la moitié de la population, les femmes, est délaissée?”, s’indigne-t-elle.

Moins d’éducation donc moins de travail

Ce manque d’éducation se répercute sur la participation à l’activité économique du pays. Après le recensement général de la population et de l’habitat de 2014, le taux d’activité des 15 à 24 ans avait été établi à 52,6% pour les jeunes hommes contre 17,9% pour les jeunes femmes. Pour leurs aînés, leur taux d’activité avait atteint 75,5% chez les hommes alors que celui des femmes était à peine arrivé à 20,4%.

Une des raisons de cette faible participation des jeunes filles réside dans la pratique, courante dans le milieu rural, du mariage précoce. Une union qui n’est souvent officialisée que par la lecture de la sourate Al Fatiha, malgré l’article 16 du code la famille stipulant que le document de l’acte de mariage constitue la seule preuve valable de l’union de deux personnes.

Au total, 48.291 mineurs étaient mariés en 2014, dont 94,8% sont des filles. Parmi ces jeunes filles, 32,1% ont déjà au moins un enfant. Une voie que choisissent les hommes, d’après Bouchra Ghiati, pour régulariser leur union puisque le tribunal prend en considération l’existence d’enfants ou de grossesses lors de la reconnaissance du mariage.

“Cela fait 15 ans que le mariage par la Fatiha devait être interdit totalement, et que tout le monde devrait se marier selon les nouveaux termes, mais on n’arrête pas de reporter sa régularisation et l’article 16 est toujours ouvert”, se désole-t-elle.

En 2015, le Mouvement populaire (MP) avait proposé de prolonger la période transitoire de cinq années supplémentaires pour la régularisation des mariages coutumiers, en gardant pour objectif d’officialiser tous ces types d’unions d’ici 2019.

À rappeler que le mariage par la Fatiha ne garantit pas les droits ni des mariés ni de l’enfant né de cette union. Et si le code de la famille adopté en 2004 interdit le mariage des mineurs, il permet néanmoins au juge à l’autoriser “après avoir entendu les parents du mineur ou son représentant légal, et après avoir eu recours à une expertise médicale ou procédé à une enquête sociale.”

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