Reem, une Tunisienne secouriste en Méditerranée, elle a vu la détresse des immigrés

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REEM BOUARROUJ
Reem Bouarrouj
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Elle a 31 ans, elle s'appelle Reem Bouarrouj et elle a passé des mois au large de la mer Méditerranée. Sa mission: venir au secours des naufragés de l'immigration clandestine qui empruntent des embarquements de fortune de la ville libyenne de Mosrata en direction de l'Italie, la porte de l'Europe. Médecin de formation, elle a travaillé en tant que médiatrice culturelle avec l'ONG internationale Médecins sans frontières. Elle raconte au HuffPost Tunisie une expérience qui a changé sa perception de la vie.

"C'était comme ce qu'on voyait dans les films, sauf que c'était bel et bien la réalité. Des personnes en détresse qui prennent la mer dans des petites barques, agrippés les uns aux autres, certains passaient plus de 24h en mer, épuisés, affamés et assoiffés. Parfois, il y a des bébés qui pleurent. Tu as beau être psychologiquement formée et préparée pour voir ça, le contact direct est juste pénible", se souvient-elle.

Le médecin est l'une des rares femmes a avoir eu le courage de mener une telle mission. Face à elle, des gens qui paniquent, méfiants parfois, ayant peur d'être refoulés vers la Libye. "Beaucoup étaient en train de se noyer, ou encore entassés ensemble dans des embarcations peu solides en bois ou en plastique, qui très souvent étaient au bord du naufrage. Dans ces moments, il faut tenter de les calmer, de les rassurer et de procéder aux premiers secours", raconte Reem. Des équipes de SOS méditerranéen sont formés pour les secours en cas de naufrage.

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Ces immigrés sont majoritairement d'Afrique subsaharienne et du Bangladesh qui fuient "l'enfer libyen" comme ils disent, a expliqué le médecin. Parmi eux, des femmes. Certaines d'entre elles racontent avoir été violées en Libye. "Ce sont des hommes et des femmes réduits en esclaves, les femmes sont violées devant leurs maris et leurs gosses pour servir après la prostitution clandestine", a signalé Reem. Pour les aider, la jeune femme tente d'en parler avec elles. Une sage femme leurs donne un test de grossesse et des médicaments contre les maladies sexuellement transmissibles.

Reem évoque un désastre humanitaire à nos frontières: "Ces gens fuient l'enfer vers l'inconnu. Leur malheur: être nés dans des pays en guerre, dans la misère". La jeune femme fustige ce qu'elle nomme "le sentiment de supériorité" des Européens envers eux.

Ce "sentiment de supériorité" est aussi niché parmi nous, déplore-t-elle en soulignant le racisme dont ils sont victimes de la part de certains Tunisiens quand ils viennent ici.

Pour faire changer les choses, Reem poursuit son combat, sur la terre ferme actuellement, mais elle n'exclut la possibilité de retourner en mer. Une expérience qui l'a marquée à jamais, confie-t-elle: "Je mesure plus la valeur de la vie depuis", conclut-elle.

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