Avec les migrants de Bir Mourad Rais: que ne ferai-je pour un jour de labeur

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Dès 7 heures du matin, Abraham, jeune Guinéen de 19 ans et ses amis sont prêts, debout, longeant la longue route à proximité du rond-point de Bir Mourad Raïs qui mène vers Kouba et les Annassers. Ils attendent la voiture ou la camionnette qui va venir les chercher pour un travail payé à la tache.

Ce lieu est un marché du travail improvisé. Il est connu de ceux qui souhaitent recruter une main-d’œuvre "pas chère" et "efficace", dit Abraham.

Aujourd’hui, ils sont une trentaine à attendre. La majorité d’entre eux est âgée entre 18 et 23 ans. Ils sont Maliens, Guinéens, Camerounais; ils vivent ensemble dans les sous-sols d’un grand immeuble non loin des arrêts de bus de Bir Mourad Raïs.

Certains sont en Algérie depuis quelques mois, d’autres depuis un an ou deux. Chaque matin ils viennent en groupe ici dans l’espoir que la journée soit fructueuse.

A chaque fois qu’une voiture passe, ils épient le moindre geste du chauffeur, à l’affut du signe annonciateur de la bonne nouvelle: la voiture va-t-elle s’arrêter? le ou la conductrice vont-ils leur offrir un travail aujourd’hui?

La scène ne semble pas étonner les passants: dès qu’un véhicule s’arrête, les jeunes gens se ruent dessus. Le conducteur choisit ceux qu’il veut faire monter et part avec eux. Ceux qui n’ont pas cette chance affichent une mine de déçu.

"Rien n’est encore sûr pour ceux qui sont partis» lance Abraham. Il explique que l’embauche commence par la visite du lieu du travail. Une fois que le recruteur leur attribue leurs taches, ils négocient la paie. Si ça convient aux deux, la «journée est gagnée", sinon ils reviennent à la Côte, bredouilles.

Il ajoute que tous les métiers sont à prendre. Ils travaillent dans des chantiers de construction, chez des particuliers où ils font du nettoyage, du jardinage, ils font des déménagements et bien d’autres travaux.

Ils confient qu’ils sont menacés par la police qui est à leur trousse ces dernières semaines.

"Les policiers ne cessent de nous créer des problèmes. Plusieurs de nos amis ont été embarqués et abandonnés en plein désert, d’autres ont été tabassés. Certains parmi nous montent la garde pour alerter les autres si jamais ils voient au loin des voitures de police arriver", confie Abraham.

"On veut que la police algérienne nous légalise", affirme Abraham, rencontré par le HuffPost Algérie à Bir Mourad Raïs".

Ils vous diront tous d’emblée qu’une partie de l’argent qu’ils gagnent est envoyé à leurs familles. Pour la plupart c’est une des raisons qui les a conduits à quitter leur pays. C’est pourquoi il est rare qu’ils refusent un travail même si les revenus sont dérisoires.

Dans l’ensemble une journée de travail pour un migrant est de 1500 DA. Quelles que soient les tâches qu’il devra accomplir. Selon Abraham, c’est le prix qu’il touche par exemple pour le nettoyage d’une maison.

Mais cela varie, beaucoup espèrent gagner plus et cela arrive aussi. Un jeune Guinéen raconte que lorsqu’il travaillait dans un chantier de construction, la journée pouvait lui rapporter jusqu’à 3000 DA.

Un travail qui rapporte mieux, mais qui reste dangereux, estime Abraham. "Sur les chantiers, les accidents sont fréquents et contrairement aux ouvriers algériens nous ne sommes pas assurés, si l’un d’entre nous se blesse, il n’est pas indemnisé, pire encore il ne pourra plus travailler" explique-t-il.

Mais les péripéties n’en finissent pas pour ces ouvriers. Ils souffrent également de la "malhonnêteté" de certains recruteurs, qui une fois le travail terminé, les privent de leur salaire. Une injustice qu’ils subissent sans se plaindre car ils ont peur de se faire renvoyer à la police.

"Nous ne voulons pas de mal pour l’Algérie, nous sommes là pour travailler, gagner un peu de sous et rentrer chez nous" confient, sur un ton fervent, de nombreux migrants rencontrés à Bir Mourad Rais.

Inquiets, ils ne peuvent plus circuler librement dans la ville. Ils confient qu’ils sont agressés de part et d'autre. "Des policiers en civil nous prennent au dépourvu, ils nous fouillent brutalement et parfois nous forcent à monter dans leur véhicule pour nous emmener au poste sans qu’on sache quel tort nous avons commis" raconte l’un de ces jeunes.

Abraham raconte qu’il est actuellement sans la moindre pièce d’identité. Il a fait tomber son passeport en tentant de s’enfuir des policiers, venus les chasser il y a quelques jours de cet endroit.

Mais Abraham s’estime heureux. Certains de ses amis ont été arrêtés et emmenés à Tamanrasset. Indigné il considère que ces pratiques sont inhumaines. "Nous avons appris que certains de nos amis victimes de rafles sont décédés" affirme Abraham.

Ces jeunes migrants subsahariens ne cessent de répéter qu’ils ne sont pas un "danger" pour l’Algérie. Tous souhaitent régulariser leur situation en Algerie seulement ils ne savent pas comment s’y prendre ni à qui s’adresser.

Leur quotidien se résume à la quête d’un revenu leur permettant à peine de manger. La chasse que leur livrent les policiers les accable. Pourtant ils restent optimistes et espèrent des lendemains meilleurs.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.