On a vu "Burn Out" de Nour-Eddine Lakhmari, voilà ce qu'on a retenu

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Burn Out
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CINÉMA - Il y avait foule au Megarama de Casablanca mardi 10 octobre au soir, pour l'avant-première de "Burn Out". En plus de l'équipe du film, les professionnels du cinéma, des médias et de l'art étaient au rendez-vous pour découvrir, 24 heures avant sa sortie nationale, le dernier film de Nour-Eddine Lakhmari.

Au casting de ce troisième opus de la trilogie casablancaise du réalisateur, on retrouve son acteur fétiche, Anas El Baz, l'actrice Morjana Alaoui ("Marock", "Rock the Casbah"), Sarah Perles, dont c'est le premier film marocain, le jeune Ilyas El Jihani, Fatima Ezzahra El Jaouhari, Karim Saidi, Saâdia Ladib, Mohamed Khiari, Driss Roukhe...

Autre actrice fétiche du réalisateur, qui fait son retour devant sa caméra, Raouia qui, quand on lui demande un mot sur le film avant le début de la projection, se contente d'un simple "regardez-le" et "je vous aime".

burn out

Film choral

SPOILER ALERT!

"Burn-Out" est un film choral qui suit plusieurs personnages qui se croisent dans les rues, et surtout boulevards, de Casablanca.

Il y a d'abord Ayoub, petit cireur de chaussures qui rêvasse tous les soirs devant une pharmacie vendant des prothèses pour les jambes. Le garçon vit avec sa mère handicapée, qui désespère de trouver un emploi et de quitter leur quartier. Ayoub croise le chemin de Jad, golden boy en pleine crise existentielle qui, après avoir vendu la société de son père, souhaite divorcer de son épouse, Ghita, galériste obsédée par l'idée d'emprunter un tableau d'Abbès Saladi à un excentrique collectionneur.

Autre personnage qui canalise cette fois la grande majorité des thèmes sociaux du film, Aïda, jeune interne en médecine qui se lance dans la prostitution de luxe avec comme premier client un politicien anti-avortement, en plein déni face à ses propres contradictions. Aïda croise également le chemin d'Ayoub et de son bourreau quotidien, Mouss, un gamin des rues aussi violent que désespéré, incarné par Badr Bouaiche, autre révélation du film.

À cela s'ajoute une galerie de personnages hauts en couleur, qui volent régulièrement la vedette aux acteurs principaux comme celui d'un SDF victime d'un burn-out qui ère dans le boulevard de la côte, incarné par Chafiq Bisbis.

Autre surprise du film, le rappeur Don Bigg, qui fait une courte apparition mais est le héros - avec un doberman et un caméléon - d'une des plus belles images du film.

Le poids des mots, le choc des images

Si le premier film de Lakhmari, "Casanegra", avait au moment de sa sortie suscité un tollé à cause de son vocabulaire, ce sont cette fois les images qui peuvent choquer dans "Burn-Out".

Le film, interdit au moins de 16 ans, évoque plusieurs sujets de société comme le viol, la prostitution, la pédophilie ou encore l'avortement. Des thèmes graves nombreux, voire trop nombreux. Finalement, les images de violence sont parfois plus marquantes que les messages que veut faire passer le réalisateur.

Une violence dont est surtout victime le personnage d'Aïda, jeune femme dont les motivations qui la poussent à la prostitution restent relativement floues. Seule indice donné dans le film: une histoire extra-conjugale avec un chirurgien marié. "Laisse-moi deviner, il t'a dit qu'il était en instance de divorce et qu'il dormait sur le canapé", déclare Soumaya, sa maquerelle incarnée par Fatima Ezzahra El Jaouhari. "À les entendre, la moitié des hommes au Maroc sont en instance de divorce et dorment sur le canapé". Une pique en direction des époux infidèles qui plait visiblement aux femmes dans le public, qui ont applaudi vigoureusement après cette réplique.

Une petite pointe d'ironie, comme il y en a souvent dans le film, et qui rendent les scènes de violence encore plus inattendues.

Car la pauvre Aïda se voit en l'espace de moins de 45 minutes forcée de pratiquer un avortement et de se faire violer. Si la scène d'avortement est relativement courte, celle où la jeune femme se fait agresser sexuellement par son client dure de longues minutes durant lesquelles le public assiste de A à Z au calvaire de la pauvre étudiante. Dans la salle, un silence d'effroi règne pendant et après cette scène. Certaines femmes se couvrent le visage devant la violence de cette séquence.

Autre scène marquante du film, celle où Mouss est sur le point d'être violé par un revendeur de portable, qui exploite le jeune homme et abuse de lui. L'adolescent est finalement sauvé d'une énième agression par Ayoub.

Des histoires sombres qui clasheraient presque avec celle de l'amitié naissante entre Ayoub et Jad qui, si elle manque de réalisme, offre un peu de légèreté au film.

Casablanca, l'autre héroïne du film

Les Casaouis apprécieront cependant les nombreux plans de quartiers de la ville, comme le boulevard Al Massira, autre héros du film. Les habitués du restaurant Le Rouget de L'Isle adoreront l'apparition surprise du patron de l'établissement Taki Kabbaj, un caméo tout en auto-dérision durant lequel ce dernier récite parfaitement le menu du jour. Une scène qui a beaucoup plu au public présent à l'avant-première, mais qui risque d'être trop "niche" pour le public non initié.

Finalement, "Burn-Out" est un film à la réalisation maîtrisée, mais dont le scénario souffre de la multitude des trames, parfois prévisibles, et des dialogues qui manquent de naturel et de fluidité.

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