Hirak: Les avocats sous la pression "d'accusations infondées"

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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HIRAK - Du rôle de chargé de la défense à celui d'accusé. Le 26 octobre prochain, l’avocat au barreau de Tétouan Abdessadak Elbouchattaoui devra se présenter au tribunal de première instance d’Al Hoceima pour répondre des accusations dont il fait l’objet. Sur sa page Facebook, l’avocat, qui s’est fait connaitre au cours des événements ayant secoué Al Hoceïma, en devenant l’un des membres de la défense des détenus du Hirak et l'un des plus actifs sur le réseau social, partage la notification par le procureur du roi à Al Hoceima des poursuites engagées contre lui.

Celles-ci sont liées au chapitre 4 du code pénal portant sur "les crimes et délits commis par des particuliers contre l’ordre public". L’avocat doit répondre d’outrages et de violences à fonctionnaire public, d’incitation à commettre des crimes et des délits, de participation à l’organisation d’une manifestation non autorisée et interdite et d’appel à participer à une manifestation interdite.

Abdessadak Elbouchattaoui est également poursuivi dans le cadre de l’article 266 du code pénal. Ce dernier est relatif aux "actes, paroles ou écrits publics qui, tant qu'une affaire n'est pas irrévocablement jugée, ont pour objet de faire pression sur les décisions des magistrats". Il porte également sur "les actes, paroles ou écrits publics qui tendent à jeter un discrédit sur les décisions juridictionnelles et qui sont de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ou à son indépendance".
Face aux accusations, l’avocat soutient qu’elles représentent "un procès contre des commentaires postés sur Facebook et des déclarations médiatiques faites au cours de l’accomplissement de mon devoir de défendre les détenus du Hirak".

"Accusations infondées", fustige l’Association marocaine des droits humains (AMDH) qui dénonce, dans un communiqué, "l’approche sécuritaire (…) visant à porter atteinte contre l’immunité de la défense et son indépendance". L’AMDH crie à "la violation des conventions internationales et des principes fondamentaux du rôle des avocats".

"Nous avons constaté plusieurs formes de pression à l’égard des avocats des détenus du Hirak. En plus de Abdessadak Elbouchattaoui, d’autres avocats ont fait l'objet au moins de convocations, notamment Mohamed Aghnaj et Bouchra Rouissi", déclare au HuffPost Maroc le président de l’AMDH, Ahmed El Haij. Pour ce dernier, "les démentis publiés suite aux déclarations des avocats représentent l’une des formes de pression les plus récurrentes".

Le coordinateur du comité des avocats des détenus du Hirak, l’avocat Saïd Benhammani, partage cet avis. Dans une déclaration au HuffPost Maroc, il estime que "les démentis de l’administration pénitentiaire ont tenté de remettre en question la crédibilité des avocats notamment sur la question de la grève de la faim des détenus du Hirak". "Les avocats représentent leurs clients et doivent défendre leurs intérêts. Alors quand ceux-ci sont en danger, ils sont dans l’obligation de réagir pour les sauver", légitime-t-il.

Saïd Benhammani parle aussi de "conditions de travail lamentables" dans lesquelles les avocats des détenus du Hirak sont amenés à travailler. "À Oukacha, les visites se déroulent dans une salle étroite à l’extérieur du bâtiment dans la clinique. Les détenus sont amenés un à un. Et pour que l’avocat puisse voir son client, il doit patienter des heures".

Pour lui, les avocats ne peuvent que s’exprimer pour défendre leur client dans le respect, bien entendu, de la déontologie professionnelle, c’est-à-dire, le secret qu’impose la procédure judiciaire. "N’oublions pas tout de même que l’opinion publique a le droit d'être informée", tient-il à signaler.

De son côté, l’Association nationale des jeunes avocats du Maroc promet de réagir par tous les moyens aux pressions que subissent les membres de la défense des détenus du Hirak. Dans un communiqué, elle exprime son inquiétude et son indignation quant aux poursuites engagées contre Abdessadak Elbouchattaoui. Elle annonce qu’elle compte adresser une lettre à l’Association des ordres des avocats au Maroc, au ministre chargé des Droits de l’Homme, et au président du ministère public, ainsi qu’à tout organisme national et/ou international pour permettre aux avocats de remplir leur mission dans les meilleures conditions.

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