Droit des femmes au Maroc: les ONG sur le qui-vive pour l'adoption de lois anti-violences et discriminations

Publication: Mis à jour:
MOROCCO WOMEN PROTESTING
Women from various regions of Morocco hold placards as they protest against violence towards women, in Rabat November 24, 2013. The placard reads, "In memory of all women victims of violence". REUTERS/Youssef Boudlal (MOROCCO - Tags: CIVIL UNREST SOCIETY POLITICS) | Youssef Boudlal / Reuters
Imprimer

SOCIÉTÉ - Ce sont au total 44 recommandations, essentiellement en faveur des droits des femmes et émises par les États parties de l'ONU lors du 3e rapport périodique du Maroc (EPU) qui ont été rejetées par le Maroc.

Appuyée par l'ONU Femmes, l'Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM), coordinatrice du rapport des organisations non gouvernementales pour la défense des droits des femmes au Maroc, a présenté ce matin, lors d'une conférence de presse à Rabat, les explications officielles du royaume sur ces recommandations rejetées.

Si les ONG saluent vivement l'engagement de l'État et les efforts fournis pour améliorer le statut des femmes, elles regrettent cependant le manque de volonté à mettre en oeuvre la plupart des recommandations concernant la protection des femmes et des filles contre toutes formes de violence et de discrimination, alors que l'article 19 de la constitution reconnait l'égalité entre les hommes et les femme dans tous les domaines.

L'incrimination des violences conjugales, interdire la polygamie et le mariage des mineurs, ou encore reconnaître l'égalité entre les hommes et les femme dans le système successoral... des mesures qui semblent fondamentales et pourtant loin d'être adoptées ou considérées par le gouvernement marocain.

La Tunisie a été citée en exemple à maintes reprises, lors de la conférence, notamment avec sa loi votée à l'unanimité contre les violences faites aux femmes et son avancée sur le dispositif de partage de l'héritage.

"L'État et la constitution freinent les avancées des droits des femmes."

Les explications au refus des recommandations ont toutes été justifiées par l'article 1 de la constitution marocaine. Le Maroc ne les accepte pas car "elles sont en contradictions avec les constantes fédératives de la notion marocaine à savoir la religion musulmane modérée, l'unité nationale des multiples composantes, la monarchie constitutionnelle et le choix démocratique", explique le ministère des Droits de l'homme.

"Ce sont des prétextes d'un gouvernement conservateur chapeauté par un parti islamique qui est contre le droit des femmes et l'égalité des sexes", déclare au HuffPost Maroc Saida Drissi, présidente de l'ADFM. Elle fustige les politiques qui utilisent les fondamentaux de l'islam comme excuses à toutes réformes. "L'État et la constitution freinent les avancées des droits des femmes. Ils veulent nous mettre sous tutelle dans les lois et les pratiques. Or les droits des hommes et des femmes doivent former un socle d'engagements et de responsabilités de tout État qui se respecte", poursuit-elle.

"L'État utilise deux référentiels: le religieux d'une part, et les soi-disant droits humains d'autre part. Le gouvernement dit qu'il essaye d'améliorer les droits des femmes et de mettre en place un arsenal juridique pour la promotion de nos droits mais refuse catégoriquement toutes les recommandations qui nous protège, rejette le code de la famille et les enfants nés hors mariage ou le partage de l'héritage. Ça n'a aucun sens", plaide pour sa part Khadija Rebbah, de l'association ADALA.

"Je partage un sentiment de frustration" poursuit Saida Drissi. "On a senti lors de la présentation des recommandations à Genève qu'il y a des enjeux politiques et économiques. On se jette des fleurs, on ne veut pas trop froisser certains pays. On a senti que le droit des femmes n'est pas une priorité".

Interpeller les partis politiques

Dans un climat tendu et éclaboussé par de plus en plus de scandales et de violations à l'encontre des femmes et des filles, la question de la protections des victimes se pose plus que jamais.... mais les lois qui incriminent et sanctionnent ces violences n'existent pas. "Il faut sensibiliser les représentants politiques sur l'usage des lois. Pendant l'intervention de Mustapha Ramid à Genève, il s'est réfugié derrière l'article 1 pour rejeter en bloc les recommandations, au lieu d'utiliser l'article 19. C'est un chantier que nous devons mener pour pousser ces politiques à faire une lecture positive des lois, de façon à permettre une ouverture et non un retour en arrière, notre constitution permet les deux", interpelle une militante dans l'auditoire.

La coalition des ONG et les associations de défense des droits des femmes travaillent à un plan d'action qu'elles espèrent efficace et percutant: héler massivement les partis politiques, qu'ils soient au gouvernement ou dans l'opposition, afin de connaître leur positions sur le rapport du troisième examen périodique universel (EPU). "Sont-ils d'accords avec ces discours tenus? Avec les réponses du royaume? Nous allons changer notre approche et questionner le gouvernement le plus possible. On ne lâchera rien, on va continuer à plaidoyer au parlement, à Genève, dans les sphères publiques jusqu'à obtenir une loi spécifique contre les violences faites aux femmes, comme en Tunisie et conformément aux normes internationales", nous confie, pleine de verve, Khadija Rebbah.

Elles saisiront l'occasion de la présentation du Plan d'Action National en matière de Démocratie et des Droits de l'Homme (PANDDH), le 11 décembre prochain, pour détailler leur plan d'action devant le gouvernement, mais aussi devant des institutions nationales, des institutions de recherche et différentes composantes de la société civile.

LIRE AUSSI: