"Djihad", la comédie d'utilité publique pour rire et réfléchir

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DJIHAD
Xavier Cantat
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THÉÂTRE - Faire rire sur le "Djihad", tout en tentant de comprendre les raisons qui expliquent les départs en Syrie, c'est la mission téméraire que s'est fixé l'auteur et comédien belge Ismaël Saïdi.

En 2014, cet ancien policier maroco-belge découvre une interview de Marine Le Pen. À l'époque, l'Europe vit ses premières vagues de départs vers la Syrie, impliquant majoritairement de jeunes hommes voulant rejoindre les rangs de l'État Islamique. Interrogée à ce sujet, Marine Le Pen répond que ça ne la dérangeait pas qu'ils partent "du moment qu'ils ne reviennent pas", se souvient Ismaël Saïdi. "Et j'ai trouvé ça extrêmement choquant", confie-t-il au HuffPost Maroc.

Le choc sera en tout cas l'une des étincelles qui donnera lieu à la naissance de "Djihad", une pièce créée en 2014 et qui s'apprête à être présentée au Maroc pour la première fois, du 12 au 17 octobre, pour raconter "l’odyssée tragi-comique de trois Bruxellois qui partent en Djihad".

xavier cantat

Presque inspirée d'une histoire vraie

La pièce présente des jeunes séduits par l'idée de prendre les armes en Syrie, à l'image d'un des anciens camarades de classe d'Ismaël, parti rejoindre les rangs de l'EI en 2014. "Avoir vu une photo d'un de mes anciens camarade d'école, en Syrie, portant le drapeau de l'Etat Islamique, est l'autre évènement qui m'a conduit à la création de la pièce. Je me suis demandé comment un garçon qui était avec moi à l'école s'était retrouvé la bas", raconte Ismaël Saïdi.

Ce dernier écrit la pièce durant l'été 2014 et commence à la proposer à des théâtre bruxellois dès le mois de septembre, avec beaucoup de difficultés. "Pas évident avec un spectacle qui s'appelle 'Djihad'", plaisante de dernier, "mais on a finalement trouvé une petit MJC (maison des jeunes et de la culture, ndlr) à Bruxelles, on espérait tenir cinq semaines". Depuis, la pièce en huit tableaux a été jouée 350 fois devant quelque 200.000 spectateurs, mais aussi traduite en anglais et a été déclarée d'utilité publique en Belgique. Sa grande valeur pédagogique est telle qu'en France, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l'Éducation, avait choisi de l'inscrire dans le plan Eduscol afin de renforcer la prévention de la radicalisation en milieu scolaire.

Pas une virgule modifiée depuis sa création

"Djihad" trouvera un plus grand écho après l'année 2015 et la série d'attentats qui ont touché l'Europe. Cependant, malgré l'actualité presque prémonitoire de sa pièce, l'auteur affirme n'avoir rien changé dans le texte, l'histoire ou les personnages. "Le spectacle que les Marocains vont voir cette semaine est le même que celui qui a été écrit en juillet 2014, à la virgule prêt. Je n'ai rien changé du tout", insiste Ismaël Saïdi.

"Je vois pas l'intérêt de changer le texte", poursuit-il. " J'ai écrit une histoire qui était censée se dérouler il y a 25 ans, quand j'avais moi même 16 ans, or il se trouve que ça aborde un thème qui est devenu très contemporain. La réalité a rattrapé la fiction."

Dans le public, les réactions au texte sont également restées inchangées, malgré la vague d'attaques terroristes en Europe. "La seule chose qui a changé, c'est la demande", précise l'auteur. Tout comme les mesures de sécurité, renforcées. "On fouille les gens avant de rentrer, ce qui n'existait pas avant. Mais sinon les gens rient et pleurent aux mêmes phrases", relève-t-il.

Autre sujet d'actualité prédit par l'auteur: la question épineuse autour du retour des djihadistes dans leurs pays d'origine. "Dans la pièce, l'un d'entre eux revient avec tout ce que cela implique comme questions. Est-ce qu'on les enferme? On fait quoi avec eux?"

La question de l'identité au coeur du spectacle

Car si on rit beaucoup, on s'interroge aussi pas mal. Ainsi, la question au coeur de "Djihad" est d'abord celle de l'identité, aux yeux d'Ismaël Saïdi. "Le djihad et la Syrie, c'est une excuse. La pièce parle surtout de trois jeunes qui sont nés dans un pays qui n'était pas le leur, en l'occurence la Belgique. Plus on avance dans le spectacle, plus on se rend compte des tourments et des déchirures que ces personnes ont vécus à travers le spectacle et, à mon étonnement, les gens s'y retrouvent finalement".

Au Maroc, les spectateurs devraient s'y retrouver aussi, d'autant que la pièce bénéficie actuellement d'une traduction en darija, "afin que des acteurs Marocains puissent la jouer", explique Ismaël.

En attendant, c'est en français que le public marocain pourra la découvrir. La pièce commencera sa tournée à El Jadida, le 12 octobre à 19h à l'Église Portugaise, avant de rejoindre Tanger, ville d'origine de l'auteur, à la Salle Beckett de l’Institut français de Tanger, le vendredi 13 octobre à 19h30. À Rabat, la représentation se déroulera au Théâtre National Mohammed V le samedi 14 octobre à 20h. La tournée s'achèvera à Fès, au Complexe culturel Al Houria, le mardi 17 octobre à 19h.

djihad affiche

À propos d’Ismaël Saïdi

D’origine marocaine, né à Saint-Josse-ten-Noode en Belgique en 1976, Ismaël Saïdi grandit à Schaerbeek. Gradué en relations publiques et licencié en Sciences sociales, il a écrit plusieurs courts métrages et passe à la réalisation avec "Les uns contre les autres", "Marie-Madeleine", "Beaucoup de bruit", "Absurde et Loin des yeux". Au Maroc, son téléfilm "Rhimou" a eu beaucoup de succès.

En 2010, il écrit et réalise "Ahmed Gassiaux", son premier long métrage. Suivra en 2013 "Morrocan Gigolo’s", une comédie sur la multiculturalité. Sur les planches, "Djihad" est sa pièce de théâtre la plus célèbre, au côté de la pièce à succès "Ceci n’est plus un couple".

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