Deux détenus du Hirak en grève de la faim à Oukacha auraient été transférés à l'hôpital

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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HIRAK - Mohamed Jelloul et Rabii Al Ablaq, détenus du Hirak à Oukacha, auraient été transférés d’urgence à un hôpital à Casablanca, mardi 10 octobre, suite à leur grève de la faim de 32 jours. L’information est rapportée par le frère de Mohamed Jelloul, Khalid Jelloul, sur sa page Facebook.

Selon ce dernier, les deux détenus auraient perdu conscience suite à leur grève de la faim, dont l’impact sur leur santé est jugé "grave". Khalid Jelloul impute "toute la responsabilité à l’État" dans le cas où son frère ou Rabii Al Ablaq perdraient la vie. Il appelle, par le même biais, les organismes militants pour les droits de l’Homme "à intervenir de toute urgence dans le cas des détenus, surtout les grévistes de la faim dans la prison de Oukacha, avant qu’il ne soit trop tard".

En réaction à cette information, un des avocats des détenus du Hirak, Mohamed Aghnaj, précise sur sa page Facebook que les deux détenus en question "avaient entamé la grève de la faim bien avant les autres". Il affirme également leur avoir rendu visite, hier dans l’après-midi. "J’ai constaté la détérioration de leur état de santé (perte de poids, instabilité de la tension et de la glycémie…) et ils attendaient les résultats des analyses qu’ils venaient de subir la veille".

L’avocat ajoute que Rabii Al Ablaq l’a informé que "Mohamed Jelloul a perdu conscience à l'entrée du pavillon où il est détenu, après que nous l’ayons quitté. Ce qui a nécessité l’intervention du médecin et son transfert". Mais l’avocat ne confirme pas que les deux détenus aient été transférés tous les deux à l’hôpital, hier soir. Cette information est qualifiée par Mohamed Aghnaj d’"incertaine, d’autant que l’enquête du comité de défense ne permet pas de la confirmer".

Toutefois, l’avocat souligne que l’état des deux détenus, mais aussi, celui des autres grévistes de la faim, au nombre de 35, est "inquiétant". "Nous ne pouvons pas continuer à être des spectateurs de cet état des lieux. Nous attendons de tous les raisonnables de ce pays d’intervenir d’urgence pour éviter la tragédie".

En août dernier, Rabii Al Ablaq avait suspendu sa grève de la faim à la demande de son avocate, après son transfert, le 1er août dernier, à l'hôpital de Casablanca au bout de 38 jours. Mais, cette suspension n’aura pas duré dans le temps, puisqu’il avait décidé de reprendre sa grève de la faim.

Un comité de 9 avocats avait rendu visite, lundi 25 septembre, à une dizaine de détenus du Hirak, dont Rabii Al Ablaq. "Ils nous ont assuré qu’ils poursuivront la grève de la faim. Rabii Al Ablaq, Nabil Ahmjik et Badr Eddine Boulahjal nous ont précisé qu’ils ne s’alimentaient plus depuis six jours", avait alors indiqué le même avocat sur sa page Facebook.

L’Observatoire marocain des prisons (OMP) avait, pour sa part, tiré la sonnette d’alarme quant à l’état de santé des grévistes de la faim, non seulement dans la prison de Casablanca, mais aussi celles de Fès, Taza et Taourirt où de nombreux détenus du Hirak ont été transférés. L'OMP avait mis en garde les fonctionnaires administratifs, judiciaires, de sécurité et autres à "tenter d'utiliser toute forme de pression ou de menace contre les grévistes".

Il avait également appelé la Délégation générale de l'administration pénitentiaire et de la réinsertion (DGAPR), ainsi que la direction de la prison de Oukacha à assurer une veille constante en surveillant la santé des détenus grévistes et à leur garantir "l'intégrité physique et psychologique" en veillant, si nécessaire, à leur droit à l'hospitalisation.

La DGAPR avait, pour sa part, publié le mardi 26 septembre, un démenti dans lequel elle avait dénoncé des "allégations" diffusées par des sites électroniques, les réseaux sociaux, mais aussi par "certains avocats et ceux prétendant travailler dans le cadre des droits de l'Homme". L'administration pénitentiaire avait également déploré le recours des parties mentionnées à "la méthode d'incitation et de confusion systématique, sans aucune considération pour l’intérêt des détenus concernés".

La direction de la prison locale Ain Sebaa 1 avait, dans sa mise au point, précisé que le détenu (N.A) du troisième groupe (3 prisonniers) parmi les détenus dans les événements d’Al Hoceima avait déposé, le 20 septembre, un préavis indiquant qu'il entame une grève de la faim pour des raisons indépendantes des conditions de sa détention dans l'établissement. Et d'ajouter que les prisonniers (R.A) et (M.J) ont fait savoir, le 25 septembre, par voie orale à la direction qu’ils entament une grève de la faim en raison de l’affaire à l'origine de leur détention.
Par le même biais, la direction de la prison locale Ain Sebaa 1 avait aussi démenti que "les prisonniers qui accompagnent (N.Z)" soient en grève de la faim affirmant qu'ils "prennent leurs repas présentés par l'établissement ou fournis par leurs familles".
Et d'ajouter qu'un deuxième groupe de 31 prisonniers "consomme des denrées alimentaires diversifiées et pouvant être stockées, qu’ils reçoivent lors des visites familiales successives". Aucun d'entre eux, selon la direction de la prison locale Ain Sebaa 1, n'a présenté de préavis pour participer à la grève de la faim, de même que les examens de la pression artérielle, du taux de la glycémie et du poids "contredisent clairement le fait que ces personnes sont en grève de la faim".

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