Catalogne: réunion de crise à Madrid après la déclaration d'indépendance "suspendue"

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CATALOGNE
BARCELONA, SPAIN - OCTOBER 10: Pro- independence supporters react as they hear Catalan President Carles Puigdemont announce he will abide by the independence vote as they watch on big screens outside the Parliament of Catalunya as the Catalan President Carles Puigdemont speaks on October 10, 2017 in Barcelona, Spain. After the October 1 referendum and weeks of build up Catalonia's president Carles Puigdemont addressed the Catalan Parliament where he acknowledged that his people voted for indepe | Etienne De Malglaive via Getty Images
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Le gouvernement espagnol se réunit en urgence mercredi pour décider d'une réponse à la signature par les dirigeants indépendantistes en Catalogne d'une très redoutée déclaration d'indépendance unilatérale, signée mais "suspendue" dans l'attente d'un dialogue avec Madrid.

Le Conseil des ministres, présidé par le conservateur Mariano Rajoy, prévu à 09H00 (07H00 GMT), décidera quelles mesures prendre au lendemain d'une séance parlementaire confuse au parlement catalan.

Face aux pressions de toutes parts, y compris européennes, le président séparatiste de la région, Carles Puigdemont, a promis de transformer la Catalogne en "République" indépendante, tout en défendant une suspension du processus pour trouver une "solution négociée" avec Madrid.

Il a estimé que sa région vivait un "moment historique", s'appuyant sur la victoire du "oui" à l'indépendance à 90,19% des voix, lors du référendum d'autodétermination --interdit et contesté-- du 1er octobre.

Ce scrutin, invérifiable faute de commission électorale, a ouvert la crise politique la plus grave en Espagne depuis son retour à la démocratie en 1977, divisant aussi profondément les habitants cette région riche où vivent 16% des Espagnols.

En vertu des résultats, M. Puigdemont a estimé que la Catalogne devait désormais "devenir un Etat indépendant sous forme de République".

Les applaudissements ont fusé dans son camp, tandis qu'à l'extérieur, des indépendantistes venus écouter le discours sur un écran géant s'étreignaient.

Mais, quelques minutes plus tard, il a proposé au Parlement de suspendre "les effets de la déclaration d'indépendance (...) afin d'entamer un dialogue, sans lequel il est impossible de parvenir à une solution négociée".

Une nouvelle douche froide a suivi pour ceux qui espéraient l'apaisement: l'annonce de la signature, en dehors de l'hémicycle, d'une "déclaration d'indépendance" par tous les élus indépendantistes, majoritaires.

"Nous constituons la République catalane comme Etat indépendant et souverain, de droit, démocratique et social", lit-on dans ce texte.

"Mais le président la suspend en appelant au dialogue", a tenu à compléter un porte-parole du gouvernement catalan, interrogé par l'AFP.

- Piège ou main tendue ? -

"C'est le discours de quelqu'un qui ne sait pas où il est, ni où il va, ni où il veut aller", a tranché en fin de soirée la vice-présidente du gouvernement conservateur, Soraya Saenz de Santamaria, indignée, avant d'annoncer un Conseil des ministres extraordinaire. M. Rajoy devrait ensuite s'exprimer devant le Congrès.

Dans son édition de mercredi, le quotidien El Pais, le plus lu du pays, évoque un "piège", estimant que l'exécutif catalan ne cherche à négocier rien d'autre que l'indépendance et a prévu dans l'intervalle de "déstabiliser économiquement et politiquement" l'Espagne.

C'est une "farce", titre le conservateur El Mundo, tandis que le quotidien catalan La Vanguardia préfère insister sur une tentative "d'apaiser la tension".

La maire de Barcelone, Ada Colau, a elle salué sur twitter l'opportunité laissée au "dialogue et (à) la médiation", estimant que "la balle est désormais dans le camp de M. Rajoy".

"Nous tentons de décoder", avouait de son côté à l'AFP Pablo Simon, un professeur de sciences politiques. Mais la solution négociée s'annonce difficile.

Une "déclaration implicite d'indépendance (....) n'est pas admissible", a d'ailleurs déclaré dans une première réaction le gouvernement conservateur espagnol.

Mariano Rajoy avait laissé entendre qu'en cas de déclaration d'indépendance, quelle qu'elle soit, immédiate ou différée, il pourrait suspendre l'autonomie de la région, une mesure sans précédent depuis 1934.

Elle choquerait d'autant plus que c'est justement autour du débat sur les compétences de la Catalogne, meurtrie de l'annulation en 2010 par la justice d'un statut lui conférant de très larges pouvoirs, que s'est nouée la crise.

- Appels de l'étranger -

Le gouvernement a d'autres instruments à sa disposition.

Il a déjà pris le contrôle des finances de la région en septembre. Et il peut aussi instaurer un état d'urgence allégé lui permettant d'agir par décrets.

Une arrestation de Carles Puigdemont et son entourage dans le cadre d'une enquête judiciaire déjà ouverte pour sédition n'est pas exclue.

Toute mesure drastique risque cependant de provoquer des troubles en Catalogne, région de 7,5 millions d'habitants, pesant 19% du PIB du pays.

Les Catalans, divisés presque à parts égales sur l'indépendance, souhaitent en majorité un référendum en bonne et due forme.

Jusqu'à la dernière minute, Madrid a exhorté le leader séparatiste à ne pas prendre de décision "irréversible".

Selon une source du gouvernement régional catalan, juste avant l'ouverture de la séance parlementaire, Carles Puigdemont a reçu un ou des appels de l'étranger qui l'ont amené à repousser son allocution, voire à la modifier.

L'Union européenne, déjà secouée par le Brexit, suit la crise avec inquiétude.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait encouragé mardi Carles Puigdemont à éviter "une décision qui rendrait le dialogue impossible", redoutant "un conflit dont les conséquences seraient à l'évidence négatives pour les Catalans, pour l'Espagne et pour toute l'Europe".

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