Aziz Daouda: "Il faut que l'Afrique investisse dans l'athlétisme comme moyen de développement"

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AZIZ DAOUDA
Aziz Daouda: "Il faut que l'Afrique investisse dans l'athlétisme comme moyen de développement" | Facebook/Aziz Daouda
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SPORT - Mardi 10 octobre à Skhirat, à l'occasion de son 27ème congrès, la Confédération africaine d'athlétisme (CAA) a nommé l'ancien athlète et entraîneur marocain Aziz Daouda comme responsable du développement de l'athlétisme en Afrique. Un poste à responsabilité dans un continent qui peine à investir dans l'athlétisme, sport qui produit pourtant chaque année des champions sur le continent. Alors que le président de l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF), Sebastian Coe, n'exclut pas que les Mondiaux d'athlétisme 2025 soient organisés en Afrique, Aziz Daouda explique au HuffPost Maroc pourquoi il est impératif que les pays africains investissent dans ce sport souvent délaissé au profit du football.

HuffPost Maroc: Pourquoi créer un poste de responsable du développement de l'athlétisme en Afrique?

Aziz Daouda: Le développement de l'athlétisme, qui était un département au sein de l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF), va devenir une affaire de continent. On a constaté que le système précédent ne tenait pas compte des spécificités continentales et des contextes locaux. Alors que l'Afrique représente plus de 30% de l'athlétisme mondial, on est en-deçà du véritable potentiel du continent en la matière. Il y a beaucoup à faire sur le continent, et j'espère qu'on aura les moyens et les idées pour faire avancer l'athlétisme en Afrique.

En quoi consistera votre nouvelle mission?

C'est une responsabilité importante, surtout en Afrique, qui est l'un des acteurs principaux de l'athlétisme mondial, et parce qu'il y a encore beaucoup de perspectives de développement. Mes missions seront d'évaluer les forces et les faiblesses de l'Afrique en la matière, d'établir un programme de développement, une stratégie nouvelle, de procéder à des études. Nous sommes déjà avancés parce que cela fait des années que l'on travaille sur ces questions.

Quels sont les principaux points à améliorer en Afrique pour développer l'athlétisme?

Les faiblesses de l'Afrique résident d'abord dans l'élément humain. Au niveau de l'athlétisme mondial, deux systèmes consacrés produisent des athlètes: le système américain, avec les universités, mais ça ne marche qu'aux Etats-Unis, et le système des clubs en Europe, qui ont les moyens pour former des athlètes de très haut niveau. En Afrique, nous n'avons ni l'un, ni l'autre. Le Maroc a été précurseur en créant une entité de préparation des athlètes, l'Institut national d'athlétisme. Cet institut a inspiré la fédération internationale d'athlétisme, qui a créé des centres équivalents un peu partout dans le monde, notamment dans les pays en développement. Il faut maintenant repenser cela en l'adaptant au contexte et aux mentalités africaines. Car les problématiques ne sont pas les mêmes partout: les jeunes en Afrique ne sont pas tous scolarisés. Il ne s'agit donc pas de former seulement des athlètes, mais aussi des citoyens. C'est-à-dire que si l'on forme un athlète, il faut lui assurer une formation scolaire ou universitaire en parallèle.

Et qu'en est-il de la formation des cadres sportifs africains?

Il y a un vrai déficit en encadrement. Le système, là aussi, n'est pas adapté parce que jusqu'à ce jour, au niveau mondial, ce sont les fédérations qui se chargent de la formation et généralement, elles proposent des gens dans un système pensé à partir du bénévolat. Par exemple, un journaliste ou un médecin peut être aussi entraîneur bénévole dans le sport. Mais le bénévolat ne marche pas en Afrique. Les Africains ont d'autres préoccupations que d'aller entraîner des gens. Ils ont des problèmes économiques, sociaux. Il faut repenser le système et trouver le moyen de professionnaliser les cadres, de les indemniser ou de trouver un moyen de les motiver, en leur assurant une formation adéquate, de façon à ce qu'ils soient rentables pour l'athlétisme africain. Il y a aussi la question de la gouvernance des centres de préparation des sportifs et de formation des cadres en Afrique, qu'il faut faire évoluer.

Quelle sera votre stratégie auprès des États africains pour les pousser à développer l'athlétisme?

Aujourd'hui, seuls 7 ou 8 pays africains ont des vrais programmes et arrivent à produire de la performance, alors que le potentiel est partout en Afrique. Il va falloir aller dans les régions qui ne produisent pas encore et pousser les États à investir dans l'athlétisme. C'est tout un problème de sensibilisation des politiques. Je vois mal pourquoi certains pays continent à ignorer l'athlétisme alors que c'est le sport qui peut les amener vers la hiérarchie mondiale le plus vite, loin devant tous les autres sports. Dans certains pays, les fédérations se battent avec des moyens rudimentaires pour créer une activité. Il va falloir aller provoquer les politiques, et agir aussi au niveau de l'Union africaine, de façon à faire prendre conscience de la nécessité d'investir dans l'athlétisme comme moyen de développement humain. Sur un stade de football, il ne peut pas y avoir plus de 22 joueurs. Sur une piste d'athlétisme, vous pouvez mettre 3.000 enfants. Le compte est vite fait! Pourtant, les pays africains continuent d'investir en masse dans le football.

Comment convaincre les responsables politiques africains d'investir dans l'athlétisme, alors que le football est généralement le sport privilégié?

Personne ne conteste le fait que le football est le sport le plus populaire du monde. C'est bien d'investir dans le football, il y a des volontés politiques et un besoin social, mais cela ne doit pas empêcher d'investir aussi dans l'athlétisme. Je n'ai pas vu un pays africain vainqueur de la Coupe du monde de football ces dernières années.... Mais je vois très bien des athlètes africains réaliser des records et être champions du monde l'année prochaine. Un pays qui investit intelligemment dans l'athlétisme peut recueillir les fruits de son investissement au niveau mondial après quelques années de travail. Dans le football, cela fait des années que l'Afrique investit et nous sommes encore loin du compte!

L'athlétisme marocain ouvre ses portes

Dans le message royal lu pendant le 27e congrès de la Confédération africaine d'athlétisme à Skhirat, le roi Mohammed VI a appelé à mettre les moyens matériels et humains de l'athlétisme marocain à la disposition de l'Afrique. Une convention entre le Maroc et la confédération africaine a été signée en ce sens, selon Aziz Daouda. À partir de mars prochain, tous les centres marocains d'athlétisme, dans des conditions et modalités techniques qui restent à définir, seront ainsi ouverts aux athlètes africains.

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