Un extrait de naissance, s'il vous plaît, monsieur le ministre des Affaires étrangères! (VIDÉO)

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Les Algériens comme le reste des humains aiment se balader dans le vaste monde. Il leur arrive donc parfois de naître ailleurs qu’en Algérie ou de mourir ailleurs, de se marier, de faire des enfants ailleurs… Cette catégorie d’Algériens ne peut pas faire comme tout le monde lorsqu’ils ont besoin d’un papier d’état civil, ils ne se rendent pas à la mairie ou à l’annexe administrative la plus proche, il faut qu’ils aillent au ministère des Affaires étrangères.

Le site du ministère des Affaires étrangères occupe toute une colline dans le quartier des Annassers à Kouba. Il fait face au ministère de la Culture et les deux immenses bâtiments, chacun sur sa colline, se regardent en chiens de faïence.

Ceux qui ont imaginé le bâtiment des Affaires étrangères l’ont conçu comme une forteresse assiégée, il est ceinturé de voies rapides pour les voitures. Il n’y a pas d’espace où les usagers peuvent stationner leurs voitures, il n’y a pas de cafés ou de commerces, rien. Zéro convivialité si ce n’est la gentillesse de certains policiers et employés… et quelques taxis qui attendent une course sonnante et trébuchante.

etat civil aux affaires etrangeres


Parfois les agents conseillent, de guerre lasse, aux usagers novices d’aller stationner au parking du ministère de la Culture, d’où ils seront rejetés sans ménagement : “Vous allez aux Affaires étrangères, ici c’est la Culture!” alors que le parking est immense et surtout complètement vide.

La solution, expliquent les employés ou les policiers souvent gênés et compatissants, est d’aller stationner dans la cité des Annassers, située sur une autre colline, par-delà voies rapides, autoroutes, tunnels pour voitures… où l’absence totale de tout passage pour les piétons est frappante. (voir vidéo)

Ceux qui ont donc conçu cette vastitude de béton et de routes ne devaient certainement pas savoir que quotidiennement les Algériens viennent de tout le pays pour sortir un extrait de naissance, un acte de décès, une traduction à légaliser, “un truc” comme dit joliment Khemissi, venu de Msila.

Ce matin, il y avait donc des jeunes gens venus de Msila, il y avait un couple venus de Soug Ahras qui ont conduit la nuit et sont arrivés tôt le matin à Alger, il y avait une famille arrivée d’El Bayadh avec deux enfants qui espérait repartir le jour même une fois le papier en main, il y avait une chaîne d’une dizaine d’Algériens venus des villes du sud du pays qui attendaient sans montrer le moindre signe d’impatience alors que le voyage est épuisant.

etat civil aux affaires etrangeres


Le voyage n’est pas toujours nécessaire, il est possible de sortir certains documents d’état civil dans les annexes du ministère des Affaires étrangères qui se trouvent dans chaque wilaya du pays, mais souvent l’attente est longue. “Pour avoir un acte de naissance j’ai une fois attendu trois mois”, dit une jeune femme venue avec son mari de Soug Ahras et qui ajoute en souriant: “je n’aurais pas du naître en Tunisie”.

Ce que beaucoup de citoyens rencontrés sur place ne comprennent pas non plus est le fait que le service de l’état civil n’est ouvert que la matinée jusqu’à 13 heures, ce qui ajoute à la pression sur les voyageurs venus de loin.

De la pression sur tout le monde en réalité: les employés du ministère, eux, se voient parfois recevoir toute la fatigue et les crises de nerfs des citoyens exaspérés d’être traités avec dédain par ceux qui sont tout en haut de la hiérarchie bureaucratique et qui prennent des décisions sans réfléchir aux conséquences que cela peut avoir sur les gens.

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