Tahar Ben Jelloun retrouve ses pinceaux pour sa nouvelle exposition à l'Institut du monde arabe (ENTRETIEN)

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BEN JELLOUN TAHAR
© F. Mantovani
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EXPOSITION - Ne lui dites pas qu'il est peintre ou artiste. Tahar Ben Jelloun lui même dit ne pas se considérer comme tel. "J'ai développé la pratique de la peinture", préfère-t-il nuancer pour ne pas se prendre au sérieux, dit-il. Reste que l'auteur marocain, sacré du prix Goncourt pour son roman "La Nuit Sacrée", présente dès aujourd'hui et jusqu'au 7 janvier 2018 à l'Institut du monde arabe (IMA), à Paris, une exposition baptisée "J'essaie de peindre la lumière du monde".

tahar ben jelloun

"On le savait ancien professeur de philosophie, romancier, essayiste et poète à ses heures. On connaît moins le Tahar Ben Jelloun peintre", écrit l'IMA sur son site, rappelant que l'auteur a pris le pinceau en 2010 et réunit aujourd'hui ses travaux sur toile et papier, "mis en regard d'œuvres d’artistes qu’il aime", des artistes comme Henri Matisse, Fouad Bellamine, Mohamed Kacimi ou encore Chaibia Talal. "Je crois que j'ai subi l'influence de Matisse, mais je ne pense pas que cette influence empêche mon expression propre", nous confie Tahar Ben Jelloun, citant un autre artiste peintre qu'il affectionne particulièrement, Turner, mais qui "n'a aucune influence sur (lui)."

Sur les oeuvres de Ben Jelloun, outre les couleurs vives qui viennent égayer la toile blanche, les mots s'invitent aussi... Influence de l'école surréaliste, ou geste spontané traduisant le besoin irrépressible d'un artiste avant tout écrivain? "J'essaie d'écrire sur les cadres de mes toiles ou à l'intérieur de la toile. Une façon de ne pas oublier que je suis écrivain", nous répond Tahar Ben Jelloun.

tahar ben jelloun

Et comme les lettres ne sont jamais bien loin, outre la présentation d'une quinzaine de manuscrits accompagnant une trentaine d’œuvres récentes, l'auteur nous précise par ailleurs que l'exposition s'accompagne d'une carte blanche littéraire. Le 20 octobre, il recevra ainsi des lycéens, tandis que le 21 octobre, il proposera une rencontre avec l'écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière autour du réalisateur Luis Buñuel, avant de se prêter à une rencontre conduite par son ami et grand amoureux des mots, Bernard Pivot. Pour le HuffPost Maroc, Tahar Benj Jelloun revient sur ses oeuvres, évoquant ses influences. Morceaux choisis.

De l'écriture à la peinture

"Je ne me suis pas lancé dans la peinture. J'ai dessiné avant d'apprendre à lire et à écrire. J'ai toujours dessiné, fait des gribouillages, mélangé des couleurs. Ce n'est que récemment qu'un ami m'a encouragé à dépasser les petits dessins et à affronter la toile blanche. Depuis, sans me considérer ni peintre, ni artiste, autrement dit sans me prendre au sérieux, j'ai développé la pratique de la peinture. Ma première exposition a eu lieu à Rome en 2013, ensuite ce fut à la Galerie Tindouf à Marrakech et Tanger, puis à Paris, Milan, Palerme et aujourd'hui, à l'Institut du monde arabe. Ce qui est pour moi énorme, car je n'aurais jamais rêvé qu'un tel espace me soit accordé."

Au bout du pinceau ou de la plume, des sujets différents...

"J'ai dit 'j'écris sur la douleur du monde et je peins la lumière du monde'. Mes livres sont témoins de notre époque, une époque qui n'est pas solaire. J'écris sur la solitude, sur l'exil, sur l'humiliation et sur les humains abandonnés sur le bord de la route. C'est dire que mon écriture n'est pas joyeuse. Mais on ne demande pas à un écrivain de maquiller le réel, au contraire, on lui demande de le restituer dans sa complexité. Avec la peinture, j'essaie de rejoindre cette lumière que je vois parfois. Je mélange des formes, des signes et des couleurs à l'instinct. Rien de prémédité. Pas de message non plus. Je donne à voir une sorte de danse des signes."

tahar ben jelloun

...et une approche différente

"Un roman mûrit dans ma tête, longtemps. Une toile est une invitation à faire la fête des couleurs. J'ai le même plaisir, mais pas la même angoisse. J'avoue que j'ai le trac pour mon expo à l'Institut du monde arabe. J'espère que l'ensemble s'inscrit dans un rythme qui dit la joie, la lumière et la paix."

tahar ben jelloun

S'abreuver de peinture et d'écrits

"J'essaie de voir des expositions chaque fois que j'en ai la possibilité. Je ne peux pas aller à Madrid sans faire une petite visite au Musée du Prado. Je ne suis pas un spectateur possédant une grande culture dans ce domaine; je suis mon instinct et je m'arrête quand la beauté est là. J'ai lu quelques biographies de grands peintres comme Van Gogh, surtout ses lettres adressées à son frère Théo. J'ai aussi lu le Journal de Delacroix, très instructif. Regarder une toile d'un grand maître est un moment privilégié. J'essaie de me laisser emporter par l'émotion. Je ne cherche pas à interpréter ou à trouver un message caché."

tahar ben jelloun

La présence du Maroc sur la toile

"Le Maroc est en moi, il est partout où je vais, partout où je rêve. Il est dans mes livres, dans mes chroniques, dans mes colères et dans mes joies. Et il est donc tout à fait normal qu'il soit présent dans mes toiles. J'aime la lumière de Zagora, les brumes d'Agadir, le coucher de soleil à Tanger tantôt sur l'Atlantique, tantôt sur la Méditerranée. L'hiver, j'aime l'air pur de Marrakech, surtout dans ses environs. Je pense que tout cela se retrouve dans mes toiles."

"J’essaie de peindre la lumière du monde", Carte blanche à Tahar Ben Jelloun, à l'Institut du monde arabe à Paris, du 10 octobre 2017 au 7 janvier 2018.

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