Affaire du bisou: Le porte-parole du tribunal de première instance évoque plus qu'un simple baiser

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Le ministère public s'est saisi de l'affaire du bisou impliquant un jeune franco-algérien et une jeune tunisienne portant la nationalité italienne, a déclaré le porte-parole du tribunal de première instance de Tunis, Sofien Selliti, lundi à l'agence TAP.

Dans une déclaration accordée à Al Hiwar Ettounsi, Selliti a précisé que les deux jeunes avaient été interpellés, vendredi dernier, dans une "posture indélicate" à bord d'un véhicule dans la banlieue nord de Tunis, au niveau de la route touristique de Gammarth. "Cette affaire est pleine de contre-vérités" a-t-il martelé.

Ce dernier a, en effet, démenti l'information rapportée par les réseaux sociaux selon laquelle l'infraction commise par les deux jeunes portait sur un échange de baisers. "La police a intercepté le couple en flagrant délit" a-t-il indiqué en ajoutant que la jeune femme était dénudée.

D'après Selliti, "les suspects avaient refusé de montrer leurs pièces d'identité et proféré des propos injurieux envers les agents de police". "Le jeune homme a prononcé des mots que je n'ose pas vous répéter avant de jeter son passeport sur le visage du policier," a-t-il regretté.

Selon le porte-parole du tribunal de première instance de Tunis, le ministère public a autorisé le placement en garde à vue des deux individus pour atteinte à la pudeur, atteinte aux bonnes mœurs, ébriété sur la voie publique, tapage, refus de se conformer à un ordre et outrage à un fonctionnaire public pendant l’exercice de ses fonctions.

"C'est une honte" a réagi l'avocat des deux suspects, Ghazi Mrabet dans un post publié sur sa page Facebook.

Me Mrabet a indiqué avoir fait appel de ce jugement et qu'il entend demander au tribunal de cesser toutes poursuites à leur encontre. "Le juge en charge de l'affaire a condamné mes clients à des peines d'emprisonnement ferme alors que le dossier de l'affaire est incomplet", a-t-il estimé.

Il a ajouté, à ce propos, que l'inspecteur avait refusé aux jeunes l'assistance d'un avocat et la présence d'un traducteur étant donné que l'un deux ne parle pas l'arabe. "On n'a rien demandé... on veut juste appliquer la loi" a-t- encore lancé.

Le journaliste et militant des droits de l'Homme, Zied El Héni, a réagi, à son tour, à cette affaire controversée qui n'a pas cessé d'agiter la toile depuis plusieurs jours. "Toutes les personnes impliquées dans l'affaire du couple arrêté (...) ont délibérément ignoré ou prétendu dire que l'accusation d'atteinte à la pudeur et aux bonnes mœurs portée à leur égard n'était pas à cause de l'échange de baisers mais... de la pratique sexuelle de l'adultère" a-t-il noté dans un post publié sur sa page Facebook.

"J'ai pris connaissance du dossier de l'affaire, et j'ai constaté qu'il y'a eu beaucoup de désinformations" a-t-dit sur les ondes de IFM en affirmant la version présentée par Selliti.

De son côté, le journaliste Haythem El Mekki a réagi à ces propos en affirmant que "l'État tunisien n'a pas de valeurs et a toujours défendu ses agents au détriment des citoyens en les accusant de pratiquer le sexe (en pleine rue), d'être ivres ou d'avoir fumé un joint".

Selon lui, l'usage du mot "فاحشة" (pornographique) par le journaliste Zied El Heni a seulement été utilisé pour "choquer l'opinion publique".

L'affaire du bisou fait grand bruit en Tunisie. Prenant une dimension internationale, l'affaire est reprise dans de nombreux médias internationaux.

Mercredi 4 octobre, Nessim Ouadi et son amie ont été condamné respectivement à 4 mois et demi et 3 mois de prison pour plusieurs chefs d'inculpations dont "atteinte à la pudeur" et "atteinte aux bonnes moeurs".

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