Partir de rien et savoir rebondir: Le parcours touchant de ces réfugiés yéménites en Tunisie

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C.Ouanes/UNHCR
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Des fois, la vie peut prendre des tournants que personne n'aurait jamais pu prévoir.
Les calamités du destin frappent sans prévenir. Force est de les dérouter et, par dessus-tout, de ne pas se laisser abattre.

Murad (27 ans) et Ashraf (25 ans) avaient une vie tranquille. Brillants étudiants, ils avaient obtenu une bourse du gouvernement pour continuer leurs études à l'étranger, en Tunisie.

Ils y débarquent en 2012, ne se doutant pas un instant de ce qui allait leurs arriver à eux et à leur pays, le Yémen. Pire encore, ils n'allaient plus revoir leurs proches de sitôt. Des nouvelles, ils en ont rarement.

"Nos familles ne sont pas toujours joignables. Mais dès que c'est possible, on nous appelle", racontent-ils au HuffPost Tunisie.

Cela fait cinq années que les deux jeunes yéménites habitent en Tunisie. Cinq années ponctuées de douleurs mais aussi de consolations.

Les premiers mois ont été très durs pour eux, leurs papiers n'étaient pas en règle et ils ont dû travailler au noir. Centre d'appel, boulangerie, quincaillerie... Des petits boulots ici et là, sous-payés et super fatiguant, de quoi casser les bras, se sont-ils confiés.

Des épreuves, ils en ont traversé ensemble.

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Mais aujourd'hui, ils mènent une vie digne et tirent profit de cette expérience, aussi rude soit-elle, tout en gardant espoir qu'un jour, ils retourneront dans leur pays pour faire avancer les choses.

"Quand nous serons de retour au Yémen, cette expérience en Tunisie nous aura aidé à avancer. Mon objectif est d'améliorer les choses dans mon pays. Les mentalités doivent impérativement changer", révèle Murad.

Murad et Ashraf voient aujourd'hui les choses du bon côté. C'est parce qu'ils n'ont pas baissé les bras, c'est parce qu'ils ont continué à chercher et à chercher, jusqu'à trouver le chemin de l'espoir.

C'est quand ils ont pris contact avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), qui oeuvre pour l'assistance et la protection des réfugiés, ainsi que ses partenaires, le Croissant Rouge Tunisien et ADRA (Adventist Development and Relief Agency), qu'ils ont pu jouir d'une meilleure situation en Tunisie. Ils font maintenant de leur séjour une expérience enrichissante.

Enregistrés par l'UNHCR, ils sont protégés et soutenus par l'organisation et ses partenaires, pris en charge en cas de maladie et, par dessus tout, ont pu trouver un travail décent et en règle.

Radhouan et Dorra Gargouri, les propriétaires de O'Dora, une pâtisserie à Sfax, ont accueilli les deux réfugiés pour travailler au sein de leur équipe.

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Il faut aider ceux qui viennent chez nous, ceux qui ont besoin de nous. La Tunisie aussi a ses soucis, mais il faut bien partager ce qu'on a (...) On aurait pu être à leur place!

"Nous sommes en train d'apprendre un nouveau métier", déclare Murad. "Au Yémen, le domaine de la pâtisserie est resté très simpliste. A O'Dora, nous acquérons de nouvelles connaissances, qu'un jour, nous espérons exporter au Yémen. C'est mon rêve!" se livre-t-il.

"Ils peuvent être fiers d’eux et satisfaits, puisqu’ils sont arrivés à garantir un certain confort en Tunisie en tant que réfugiés", note Dorra Gargouri.

Flash-back: De jeunes diplômés à réfugiés

Quand la guerre civile éclate au Yémen en 2014, leurs vies sont chamboulées, Murad et Ashraf ne peuvent plus recevoir de bourse du gouvernement. Les deux jeunes hommes continuent néanmoins leurs études à Tunis, tout en travaillant au noir en contre-partie de quelques sous.

Mais quand leurs études arrivent à leurs fins, du jour au lendemain, Murad et Ashraf perdent leur statut d'étudiant. Un destin qu'ils n'avaient assurément pas choisi. Durant les mois qui ont suivi, chaque jour pour eux fut une épreuve.

"Peu importe les difficultés qu'on traverse, il faut toujours bondir vers l'avant", assure Murad.

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Pour survivre à ces temps difficiles, Murad, Ashraf et la petite communauté de Yéménites à Tunis ont mis de côté leurs différences, leurs croyances, pour se soulever les uns les autres. C'était comme si la distance avait supprimé tout sens aux idéologies, aux différences religieuses et sectaires, sources du conflit au Yémen.

"Le conflit au Yemen n’a pas lieu d’être ici. Nous avons été solidaires entre nous malgré les différences idéologiques. Nous avons cohabité ensemble, pro-Houthis et anti-Houthis", raconte Murad, "Si on essayait d’appliquer ceci dans notre pays, tout irait beaucoup mieux!"

Conscients qu'un changement de mentalités est inévitable pour faire avancer leur pays, Murad et Ashraf comptent bien rentrer chez eux un jour pour faire bouger les choses.

Mais impossible de rentrer au Yémen en ce moment, où les dangers courent le pays; "les milices sont partout, nous serions persécutés, emprisonnés (...) Et si on arrive à gérer et à rentrer chez nous, c'est la famine et les épidémies qui nous attendent".

Et d'ajouter: "Quand je suis arrivé à Sfax, je n’avais rien du tout, je suis resté patient et les portes se sont ouvertes (...) J'aimerai dire à tous les réfugiés de garder espoir, de ne pas rester là à attendre, qu'ils se lèvent pour travailler!", atteste Murad.

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