"À contre-jour": Le bouleversant parcours proposé par la plasticienne Héla Ammar pour Dream City 2017 (INTERVIEW)

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©Pol Guillard
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Né à Tunis en 1969, la plasticienne Héla Ammar est également Docteur en droit. Marquées par cette formation, ses œuvres généralement centrées sur la mémoire et l'identité, abordent des problématiques sociales, politiques et religieuses.

Héla Ammar s'est ainsi intéressée au milieu carcéral tunisien notamment à travers un ensemble d'installations inédites – largement documentées – et la publication d'un ouvrage intitulé Corridors publié en 2014.

Ses travaux ont été présentés lors de nombreuses biennales et expositions d'envergure internationale comme la Biennale de Dakar, les rencontres internationales de la photo de Fès, la Biennale de Bamako, le MuCem à Marseille ou encore les rencontres photographiques d'Arles.

Cette année, l'artiste est revenue au Festival Dream City à Tunis avec un parcours saisissant sortant de l'ombre une jeunesse sujet à la violence et à la précarité. Elle se confie au HuffPost Tunisie sur cette nouvelle expérience.

HuffPost Tunisie: Pouvez-vous présenter votre travail pour cette édition de Dream City?

Héla Ammar: J'ai présenté une grande installation multimédia – qui comporte de la photo, de la vidéo et de l'installation – qui s'appelle "À contre-jour".

Elle a été produite à la suite d'une résidence de trois mois dans la médina, dans le quartier de Bab Jdid de manière générale et de manière plus particulière dans le quartier de Sabbaghine avec cinq de ses habitants, des jeunes qui ont entre 17 et 24 ans.

Quelle(s) réaction(s) espériez-vous susciter chez le visiteur par ce travail?

Je veux susciter de l'émotion d'abord, de la compréhension surtout. Je veux pousser les gens à se rapprocher un peu plus de ce quartier et des problèmes que vivent les jeunes. Que les gens perçoivent les jeunes d'une autre manière et surtout, faire tomber tous les préjugés et vraiment se rapprocher de ces jeunes là!

Ce qui est le plus important pour moi c'est vraiment le facteur humain, l'individu en tant qu'être humain. J'ai vraiment envie que les gens ne voient plus les jeunes des quartiers comme des problèmes ambulants, des problèmes qu'ils se partagent tous finalement. Mais simplement qu'ils les voient comme des individus qui vivent dans un environnement particulier, qui s'imprègnent de cet environnement et le subissent la plupart du temps donc j'ai envie que les gens perçoivent cette dimension là.

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Vous connaissez bien le festival, quel bilan faites-vous de vos précédentes participations?

C'est ma 3ème édition, j'ai fait celle de 2010, 2012 et celle-ci. C'est génial! C'est fantastique, car à chaque fois c'est une véritable aventure et à chaque fois je repousse un peu plus les limites de l'immersion.

La dernière fois, c'était un projet tout prêt que j'avais adapté aux contraintes de Dream City, au lieu notamment, c'était un travail sur les prisons pour 2012.

Cette fois-ci, je suis vraiment partie de rien, c'était zéro filet de sécurité, une immersion totale dans ce quartier, dans la vie de ces jeunes. La production s'est faite en même temps que la création.

Ça fait huit mois que je suis dessus et j'ai l'impression d'y être encore (rire).

Justement, qu'est-ce que Dream City vous a apporté par rapport à un autre espace d'expression?

C'est extrêmement différent, car ce n'est pas du tout l'esprit d'une expo ou d'une biennale, on n'arrive pas avec une production toute faite, qu'on accroche et qu'on met à la disposition des visiteurs. La création se fait sur le terrain, c'est à dire par rapport à un lieu précis et une population particulière.

C'est une véritable expérience humaine, on est complètement dedans. On n'est pas l'artiste qui montre quelque chose, on est l'artiste qui vit une expérience et qui ensuite a envie de la partager avec les autres.

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