Sit-in, boycott, demandes d'explications... La présence de Amir Peretz au parlement suscite un tollé

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PROTEST MOROCCO PALESTIN
Youssef Boudlal / Reuters
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PARLEMENT - Le Groupe d’action national pour le soutien à la Palestine ne mâche pas ses mots. Dans une lettre ouverte adressée, ce lundi, au président de la Chambre des conseillers, le groupe exprime sa colère pour dénoncer "l’invitation" de Amir Peretz, ancien ministre israélien de la Défense d'origine marocaine, à la conférence internationale de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée (APM) sur la facilitation du commerce et des investissements qui se tient les 8 et 9 octobre au siège du parlement à Rabat.

Dans sa lettre, le Groupe d’action qualifie l’invité de "criminel" et de "terroriste", soulignant que ce dernier "fait l’objet d’une plainte pénale auprès de la justice marocaine et internationale pour sa responsabilité dans les massacres, génocides, crimes de guerre, crimes contre l'humanité et terrorisme". Et de préciser que les Marocains refusent catégoriquement "toute forme de normalisation sioniste".

Les élus du peuple ont tenu, d’ailleurs, à l’exprimer par le boycott de la conférence en question. "Nous avions donné un accord de principe pour accueillir cette manifestation, mais la réunion dans laquelle nous devions prendre connaissance des détails de celle-ci n’a pas eu lieu et nous le regrettons beaucoup", déclare au HuffPost Maroc, le président du groupe PJD à la Chambre des conseillers, Nabil Chikhi.

Cette réunion du bureau au sein de la Chambre des conseillers devait avoir lieu la semaine dernière, sauf qu’elle a été annulée "sans aucune explication", précise notre interlocuteur. "Nous avons décidé, en effet, de tenir cette manifestation en coordination avec l’APM et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en attendant de voir le programme", explique Abdelillah Hallouti, qui représente le PJD au sein du bureau de la présidence de la Chambre des conseillers et est aussi membre actif au sein de l’APM. Ce dernier précise que cette réunion avait été programmée le mercredi 4 octobre avec pour ordre du jour trois points: le cahier des charges, la liste des délégations et le programme. "À la dernière minute, la réunion a été reportée à ce lundi, mais elle n’a finalement pas eu lieu", indique-t-il.

Au-delà de la tolérance

C’est ainsi que la présence de délégation israélienne présidée par Amir Peretz a suscité la surprise, l’indignation, puis le tollé. "Nous aurions pu discuter au sein de cette réunion du bureau de qui pourrait venir ou pas", regrette encore Abdelilah Hallouti, précisant que les membres du bureau n’ont ni de près ni de loin contribué à la présence de cette délégation présidée par l’ancien ministre israélien de la Défense. "Ce n’est pas une question de religion. Il nous est arrivé de nous réunir avec des délégations de différentes religions dans le respect des confessions des uns et des autres, mais la présence de l’ancien ministre israélien de la Défense dont la personne est liée à des actes de massacre ne peut être tolérée", fustige Abdelilah Hallouti.

Amir Peretz, joint par le HuffPost Maroc, se dit être, pour sa part, étonné de la réaction des députés. Vice-président de l'APM, il déclare ignorer qu'il "fait l’objet d’une plainte quelconque" et insiste sur son attachement pour le Maroc, son pays natal. L’ancien ministre israélien de la Défense confie son estime pour le Maroc qu'il souhaite voir " jouer le rôle de leader dans le processus de paix".

Face à sa présence, le boycott des députés a donné lieu à un communiqué officiel signé par le Nabil Chikhi, président du groupe PJD à la Chambre des conseillers, Amal Amri, présidente du groupe UMT, et Touria Lahrach, coordinatrice du groupe de la CDT à la même Chambre. Les groupes parlementaires y dénoncent avec virulence la présence de Amir Peretz accusant la présidence de la Chambre des conseillers "d’avoir tenu secret" les détails de la manifestation en question. Les députés s’insurgent contre "les responsables ayant autorisé l’entrée d’un criminel sioniste et la délégation sioniste au territoire marocain en violation des décisions de la Ligue des Etats arabes et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI)".

La leçon diplomatique

Face aux accusations, la réaction de la présidence de la Chambre des conseillers ne s’est pas fait attendre. Elle a publié, hier, un communiqué dans lequel elle se "déculpabilise" de la présence de la délégation israélienne précisant que les invitations relèvent uniquement des instances décisionnelles de l’APM et de l’OMC. "La Chambre des conseillers n’a pas adressé d’invitation ni à la délégation israélienne ni à une autre représentant les pays membres dans les deux organisations", souligne-t-elle. Le député Nabil Chikhi insiste, cependant, sur la possibilité, pour la présidence, "d’accepter ou de ne pas accepter un invité". "Cette manifestation ne s’inscrit pas dans le cadre des instances officielles de l’APM ou ses instances exécutives. Nous avions ainsi le choix d’accueillir ou non un invité si ce dernier représente un problème (...) Il est impossible de tenir une conférence dont on ne connait pas les participants, ne serait-ce que pour préparer les badges !", s’exclame Nabil Chikhi pour qui l’annulation de la réunion devant examiner le contenu de la manifestation n’a pas d’autre explication que celle "d’éviter la réaction que susciterait la venue de ce criminel de guerre". Une réaction inévitable, à l'évidence.

La présidence de la deuxième Chambre du parlement dément de son côté que les préparatifs à cette conférence aient été tenues "secrètes", rappelant, dans son communiqué, que "conformément au droit international et aux us diplomatiques, lorsqu’un parlement membre accueille une réunion ou une conférence d’une organisation internationale, comme c’est le cas de l’APM et l’OMC, il n’a pas le droit de refuser ou d’utiliser le Veto contre une quelconque délégation parlementaire, tant que celle-ci est membre d’une organisation, comme l’APM, qui est un observateur auprès des Nations unies".

C'est en quelque sorte une leçon de diplomatie qu'a voulu donner aux députés la présidence de la Chambre des conseillers. Dans son communiqué, elle explique que "le lieu d’organisation des conférences ou des réunions de ce genre est considéré en droit international comme un territoire international".

La Chambre des conseillers indique qu’elle est représentée au sein de l’APM, dont Israël fait partie, par une branche dans laquelle est membre un député du PJD (Abdelilah Hallouti) qui y participe et remet ses rapports à la présidence. La deuxième Chambre du parlement n’hésite pas à durcir le ton: "Les parties qui ont l’habitude du double discours et des positions savent que celui qui autorise les délégations étrangères à rentrer au territoire national n’est pas la présidence de la Chambre des conseillers". Et d’ajouter que "ces parties" induisent en erreur l’opinion publique et qu’elle "ne peut mettre en jeu les engagements internationaux et les intérêts suprêmes de notre pays".

Dimanche soir, un sit-in devant le parlement a été observé avec la participation de députés et de membres du Groupe d’action nationale pour le soutien à la Palestine. "Nous sommes contre la normalisation des relations avec Israël d'une manière générale!", tient à préciser Nabil Chikhi. Le projet de loi interdisant toute normalisation des relations avec Israël pourrait, selon les députés, reprendre la tête de liste à la rentrée parlementaire.

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