Pourquoi les bonbonnes de gaz sont à nouveau populaires chez les terroristes

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BONBONNES GAZ
Le Parisien
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TERRORISME - On avait presque oublié que les bonbonnes de gaz pouvaient incarner une menace terroriste. Ce dispositif, inutilisé en France depuis de nombreuses années, avait notamment été balayé par l'utilisation du TATP par les organisations terroristes. Mais les bonbonnes de gaz ont fait leur retour en septembre 2016 lors de la découverte de plusieurs d'entre elles dans une voiture à Paris, non loin de la cathédrale Notre-Dame. Depuis, leur utilisation (sans succès) s'est multipliée: le 30 septembre dernier, un attentat a été déjoué dans le XVIe arrondissement de la capitale, après la découverte de bonbonnes de gaz dans un immeuble.

Comment expliquer ce retour en grâce? Cette méthode peu sophistiquée et utilisée il y a plusieurs décennies en France, est-elle synonyme d'un renouveau dans la menace terroriste ou témoigne-t-elle, au contraire, d'un affaiblissement des organisations djihadistes telles que l'Etat islamique?

Un dispositif qui date du... XIXe siècle

Il est relativement simple de se procurer cet outil du quotidien disponible dans toutes les stations-service sans se faire repérer. Contacté par Le HuffPost, Samuel Rémy, secrétaire général du syndicat national des personnels de la police scientifique (SNPPS) affilié à l'UNSA, détaille: "La bonbonne de gaz permet de donner un outil à quelqu'un qui se radicalise dans son coin, en allant regarder des vidéos sur internet tout seul, et qui n'a pas de commando, ni de structure logistique ou d'artificier qui pourra l'aider".

D'autre part, les guides d'explications disponibles sur internet, et destinés aux candidats terroristes, font état de fabrication d'explosifs avec des produits chimiques. "Or, ces derniers sont davantage surveillés aujourd'hui", indique Samuel Rémy. Les terroristes se rabattent donc sur ces bonbonnes de gaz.

Alain Bauer, professeur de criminologie au CNAM et auteur de livre "Vivre au temps du terrorisme", explique au HuffPost: "En matière terroriste, on invente peu de choses: la bonbonne de gaz est un processus ancien, inventé au XIXe siècle, qui fait partie de l'attirail traditionnel. Il s'agit d'un objet comme un autre, qui a une longue histoire d'utilisation dans l'histoire des attentats".

En effet, ce dispositif, était utilisé lors de la vague d'attentats qui a secoué la France en 1995, et notamment celui perpétré dans le RER B à la station Saint-Michel. Un autre attentat, survenu le 15 juillet 1983 à l'aéroport d'Orly-Sud avait fait 8 morts.

Un mode opératoire synonyme d'affaiblissement des organisations terroristes?

Pourquoi les terroristes reviennent-ils à ce procédé? Pour Yves Bonnet, ancien préfet et ex-directeur de la Direction Nationale de Surveillance du Territoire (DST), il s'agit d'un "aveu d'impuissance" de la part des organisations terroristes. Interrogé par Le HuffPost, il confie:

"Je crois qu'on est sorti d'une phase de relative compétence à la phase de l'improvisation. Pour être intéressant, un attentat doit être ciblé, et non aveugle. L'attentat ciblé est plus difficile à commettre. Comme les organisations terroristes ont de moins en moins de recrues qualifiées, parce qu'une bombe n'est pas facile à faire, on en arrive maintenant à des tentatives et des attentats qui sont commis par des gens peu compétents. Dans un certain sens, c'est plutôt 'bon signe'".

Un constat face auquel Alain Bauer rétorque:

"En la matière, ce n'est pas un affaiblissement mais plutôt une diversification des modes opératoires. L'Etat islamique a commencé il y a déjà très longtemps par les attaques à la voiture, au couteau, à l'arme à feu, les attaques à la bombe... La bonbonne de gaz nécessite beaucoup moins de moyens, moins d'organisation, moins d'endoctrinement et elle produit exactement le même effet médiatique, ce qui est le but du jeu du terrorisme. Le terrorisme c'est de la communication d'abord".

Un arsenal supplémentaire donc, qui n'empêchera pas les cellules terroristes de commettre un attentat de la même ampleur que celle du 13-Novembre. Samuel Rémy, secrétaire général du SNPPS affirme: "Ceux qui ont un niveau de technicité comparable à ceux des attentats de novembre 2015 sont toujours en mesure de le faire. Ils vivent dans la clandestinité, étaleront leur projet dans la durée, pour passer sous les radars, et continueront à le construire quand même".

L'utilisation de la bonbonne de gaz nécessite une certaine technicité

Même si l'utilisation de bonbonnes contenant du gaz de ville reste plus facile que de manipuler du TATP, explosif auquel a très souvent recours l'Etat islamique, réputé plus instable et plus dangereux, toute la difficulté réside dans le déclenchement du détonateur.

"Si on n'est pas dans le schéma d'un attentat suicide, où la personne qui active le détonateur est juste à côté et se fait exploser avec, on est sur un dispositif à distance. Avec les moyens modernes, on utilisera plutôt un téléphone portable, tandis que dans les années 1970 on utilisait une télécommande à micro-ondes ou une minuterie", poursuit Samuel Rémy.

Il précise: "Aujourd'hui, on retrouve beaucoup de bonbonnes de gaz qui n'explosent pas car il y a une perte de technicité par rapport aux candidats terroristes, qui ne maîtrisent pas la mise à feu".

Des échecs successifs, qui peuvent pousser les terroristes à perpétrer une attaque avec une arme plus simple, comme le couteau. Dimanche 2 octobre, deux femmes ont été poignardées à la gare Saint-Charles de Marseille par Ahmed Hanachi. L'Etat islamique a revendiqué l'acte.