Exposition de toiles et photographies au Mama: Paysages et portraits de collection pour la rentrée

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MOHAMED ISSIAKHEM
Amine Idjer
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Depuis jeudi 5 octobre 2017, le Musée national public d’art moderne et contemporain d’Alger (MAMA) abrite une exposition de toiles et photographies intitulées "Paysages et portraits dans la collection du musée". Une exposition qui met en avant la collection du musée.

C’est la 3e exposition de ce genre que le MAMA organise afin de permettre au public de découvrir son trésor pictural. "Le but de l’exposition est de faire vivre d’abord la collection puisqu’il y a eu déjà deux expositions de la collection du musée, et de la faire partager aux gens. Il y a des œuvres qui ont été vues ou des artistes connus mais beaucoup d’œuvre non plus qui n’ont jamais été montrées. Je peux citer les œuvres de cette libanaise qui a participé à une exposition à Constantine et qu’on n’a pas vue ici ou les œuvres d’un peintre russe qui a peint des œuvres qu’il a offert à un collectionneur qui nous les a offertes et qui datent des années 70/80. Il y a d’autres artistes qu’on n’a pas l’habitude de voir", a déclaré Mme Nadira Laggoune, directrice du MAMA. L’exposition est visible tous les jours sauf vendredi jusqu’au 29 du mois en cours.

Paysages et portraits

"Il fallait bien avoir une thématique. Nous ne voulions pas juste montrer la collection, il fallait bien avoir une thématique. Comme nous voulions faire des focus, nous avons opté pour des paysages et portraits", a avancé Mme Laggoune. Et de poursuivre : "Ce sont deux choses qui se rapprochent. Le portrait c’est l’image de soi, se regarder, regarder l’autre, se donner à voir ; et le paysage c’est aussi quelque chose qu’on regarde tout le temps. Que ce soit un paysage urbain, un paysage naturel en passant par le paysage intime et celui imaginaire…"

L’exposition occupe deux niveaux du musée, à savoir l’atrium et le rez-de-chaussée. Toutes les œuvres accrochées proviennent de différents collectionneurs qui en ont fait don au musée.

Paysages…
Le visiteur, à peine le seuil du MAMA franchi, est happé par un tourbillon d’images, de couleurs : paysages, cimetières, maisons, nature, façades d’immeubles, cités… Tout y est ! Tous les ingrédients qui "font" le paysage sont là. L’approche, la technique et la vision diffèrent d’un artiste à un autre. Des plasticiens algériens et étranges confrontent leurs œuvres. Leur point commun : le paysage, ce genre artistique qui reproduit ou représente des paysages.

Abderrahmane Ould Mohand offre au regard des miniatures en aquarelles. Des dessins au trait léger, fluide. Tout est minutieusement exécuté. Aucun détail n’est laissé au hasard. Cimetières et villas poussant comme des plantes au milieu de nulle part sont les thèmes que l’artiste aborde, avec un concentré d’émotion intense et une sensibilité très visible. Un travail épuré, dépouillé d’artifice.

De son côté la libanaise Sirine Fattouh, plasticienne-photographe qui a présenté son œuvre lors d’une exposition dans la Ville des ponts suspendus dans le cadre de Constantine capitale de la culture arabe 2015, expose un assemblage de photos de différentes cités, en noir et blanc, qui montre les "mutations" de la ville et de sa transformation architecturale. De nouveaux paysages chaotiques, disparates, voire désordonnés où poussent, comme des champignons, des bâtisses hideuses dans des quartiers déstructurés…

L’autre œuvre qui, sans conteste, attire le regard de part ses dimensions grandes, mais également le paysage qu’elle reflète, est celle intitulée "H-out" du graphiste, designer et plasticien algérien Zineddine Bessaï. Son œuvre un paysage singulier qui est « le fruit d’une réflexion sur le phénomène des "harragas" en Algérie.
Il propose une reconstitution de ce paysage humain et géographique de ce phénomène – qui touche toute la rive sud de la Méditerranée – et ce, sous forme d’une carte imitant les anciennes cartes de trésor. En fait, elle est constituée des différents éléments qui composent le monde des "futurs migrants". L’approche et la vision sont emplies d’humour et de dérision, à la manière de ces « jeunes » qui minimisent le réel aussi amer soit-il !

…Portraits

A peine les marches menant à l’atrium entamées, le temps se fige. Lumière tamisée. Des portraits s’alignent de par et d’autres les murs. Le visiteur est intimidé au vu des nombreux regards posés sur lui. Des regards d’hommes. Des regards de femmes. Comme ceux de la photographe Nadja Makhlouf qui expose des portraits de femmes "moudjahidates", combattantes durant la Guerre de libération nationale.

Ces portraits soulignent d’une part le rôle que ces femmes et toutes les femmes algériennes ont joué durant la révolution algérienne. D’autre part, pour le sortir de l’oubli de la mémoire collective. Ces portraits (diptyques photographiques) constituent un travail documentaire. Nadja Makhlouf expose le portrait de ces femmes avant et après l’indépendance (plus de 50 ans). Une manière de marquer le temps qui passe. Une manière de gérer – ou lutter contre – l’oubli. Une temporalité qui tend – ou tente – à adoucir le temps qui passe et surtout l’oubli dans une certaine mesure.

Dans le même sillage, le travail de Halida Boughriet où la mémoire historique occupe une place prépondérante dans sa réflexion artistique. Les portraits exposés sont également ceux de moudjahidates également oubliées. Elle fige ses clichés "dans leur vie quotidienne de femmes, dans leur environnement, au repos, sans que rien ne les distingue des autres."

Accordant une attention particulière à la forme, à l’harmonie, ses photographies -de grand format- s’inscrivent "sans détours dans l’histoire de la peinture". Et pour cause : la lumière, les tonalités, les postures et le rendu final nous ramène à travers des illusions subtiles à ces grandes références dans l’art de la peinture des siècles derniers. Une manière pour la photographe de sublimer ses femmes, de leur dire merci.

Comment parler du portait et ne point évoquer celui qui a marqué des générations entières par son travail et son approche : M’hamed Issiakhem. Quelques-uns de ses portraits – dont son célèbre autoportrait -sont exposés. La subtilité du trait, le choix des couleurs, la profondeur du regard qui nous fixe font de ces œuvres un trésor artistique inestimable. Son célèbre autoportrait est empli de tristesse et douleur- les autres également.

A croire que l’artiste peignait dans la douleur mais qu’il sublimait, qu’il rendait belle. Elle est là mais n’enlève rien à la superbe des œuvres. Le visiteur n’en guère perturbé. Au contraire. Son regard est attiré par les regards qui le fixent. Ils l’interpellent…

"Paysages et portraits" une belle exposition abordant des tranches de vie. Une exposition ouverte telle une fenêtre pour raconter des histoires. Nos histoires. Pour raconter un quotidien. Notre quotidien. Des toiles et des photographies dont la plupart constituent un travail documentaire pour entretenir la mémoire collective.

"Paysages et portraits dans la Collection du Musée"

Musée National Public d'Art Moderne et Contemporain d'Alger - MAMA (25, rue Larbi Ben M’hidi), tous les jours sauf vendredi, jusqu’au 29 octobre 2017.

  • Halida Boughriet 1
  • Halida Boughriet 2
  • Halida Boughriet
  • M'hamed Issiakhem 1
  • M'hamed Issiakhem 2
  • M'hamed Issiakhem 3
  • M'hamed Issiakhem 4
  • M'hamed Issiakhem
  • Nadja Makhlouf 1
  • Nadja Makhlouf 2
  • Nadja Makhlouf 3
  • Nadja Makhlouf 4
  • Nadja Makhlouf
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