Conférence Africa2025: Le développement du continent passe aussi par la santé (ENTRETIEN)

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ENTRETIEN - La 3e édition des cycles de conférences du Think-tank Africa2025, coprésidé par Mostapha Mellouk, président de Casablanca Media Partners, et Amadou Mathar Ba, président de All Africa, a ouvert ses travaux mercredi 4 octobre à Casablanca. L’évènement a réuni plus de 250 participants issus de divers pays africains (Côte d’Ivoire, Sénégal, Tunisie, Bénin, Burkina Faso, Mali ou encore République Démocratique du Congo) et de divers horizons professionnels (santé, assurances, enseignement supérieur, société civile, économistes). Retour avec Mostapha Mellouk sur un événement qui a choisi pour cette édition de placer la santé au coeur des débats et des échanges.

HuffPost Maroc: Quel bilan pour cette 3e édition de la conférence annuelle d’Africa2025 ?

Motspha Mellouk: Un bilan très positif. Nous avons pu aborder avec les intervenants plusieurs thématiques qui touchent le Maroc, mais également les autres pays africains. Il s’agit des maladies respiratoires, les maladies nutritionnelles, ainsi que les maladies liées au stress. La cérémonie également a été marquée par un hommage rendu au Professeur Driss Moussaoui, ancien Président de l’association mondiale de psychiatrie, en reconnaissance de l’ensemble de sa carrière au profit des progrès scientifiques et de la formation d’étudiants et doctorants au Maroc et à l’étranger.

La première conférence annuelle d’Africa2025 s’était penchée sur la question des politiques fiscales, la seconde édition sur les risques climatiques et catastrophes naturelles. Pour l’édition 2017, vous avez réuni les experts pour débattre de la question de la santé. Ne pensez-vous pas que vous vous éloignez du but économique que vous vous êtes assigné ?

L’Afrique a connu depuis quelques années une croissance économique formidable. Ces progrès ont commencé à changer le discours sur l’Afrique qui est maintenant de plus en plus axé sur "l’émergence économique" ou la "transformation économique". Il y a par conséquent actuellement une profusion d’évènements autour du continent qui s’intéressent à la question économique. Mais il n’y a pas que le business dans la vie. On peut s’impliquer dans des problématiques qui s’éloignent à priori de l’économique, mais qui in fine contribuent également au développement du continent. C’est le cas de l’amélioration de la santé et des programmes sanitaires. Les politiques de santé africaines ont été négligées. Les pouvoirs publics doivent donc apprendre de leurs échecs et renouer avec les stratégies gagnantes et performantes, d’où l’importance de mettre le focus sur les politiques préventives, les mesures d’atténuation et les stratégies de réduction des risques.

Comment les réduire justement ?

Il y a deux approches quand on parle des problématiques sanitaires: l’approche curative et l’approche préventive. Comme on le sait tous, l’approche curative a montré ses limites notamment parce qu’elle est budgétivore. L’approche préventive permet de régler plusieurs problématiques sans pour autant consommer les ressources du département de la santé, car elle passe par d’autres secteurs. À titre d’exemple, l’analyse de la consommation des pays du Sud montre que l’on consomme beaucoup de sel, beaucoup de sucre et beaucoup de graisse. Ce mode de consommation fait que la prévalence de certaines pathologies telles que le diabète ou l’obésité est élevée. L’approche préventive voudra par exemple que l’on éduque le palais en faisant la promotion de produits qui ont le goût du sucre, mais qui n’en contiennent pas.

De cette manière, on réduit considérablement le coût supporté par l’État pour la gestion de telles maladies. Même chose pour les maladies respiratoires causées par la pollution de l’air. On peut toujours résoudre le problème à coup de médicaments, mais on peut aussi trouver une solution avec les villes pour trouver des formules afin d’inciter les usines à s’installer en dehors du périmètre urbain. Cela permettra d’améliorer la qualité de l’air et ainsi réduire les risques de telles maladies.

La conférence Africa 2025 devait déboucher sur une Déclaration de Casablanca. Où en est-elle?

La Déclaration de Casablanca a été approuvée en tant que décision, il reste maintenant à la rédiger. Elle devra être publiée dans quelques jours, mais on a d’ores et déjà recueilli le soutien de plusieurs personnes, que ce soit des pouvoirs publics ou du secteur privé. Plusieurs médecins, hommes d’affaires, professeurs et artistes y ont adhéré. Son but est justement de déclencher une démarche participative entre l’ensemble des acteurs concernés par la santé.

En plus de toutes les solutions et pistes dégagées lors des différents panels de la conférence, la Déclaration de Casablanca contiendra également l’initiative du Dr Amina Barakat, spécialiste de la médecine d’enfance. Il s’agit de l’"Appel africain des 1.000 premiers jours" pour sensibiliser les sociétés africaines à l’importance des 1.000 premiers jours dans la constitution physique et psychologique des enfants, une phase qui doit nécessite vigilance, prévention et réduction des risques.

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