HCP: Les campagnes marocaines s'enlisent dans la pauvreté

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VILLAGE MOROCCO
Children watch TV in their house in Tilmi village in the High Atlas region of Morocco February 13, 2015. The snowy foothills of the High Atlas mountains in Morocco are home to several Berber villages where the inhabitants make their living by farming, baking bread in traditional ovens, herding cattle, and the making and selling of honey, olive oil and pottery. Extreme weather fluctuations and erosion that causes flooding and landslides have led to a drop in agricultural productivity, the United | Youssef Boudlal / Reuters
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DÉVELOPPEMENT HUMAIN - Au Maroc, le nombre de pauvres a globalement régressé en 10 ans. On est ainsi passé de 7,5 millions d’individus en situation de pauvreté multidimensionnelle en 2004, à 2,8 millions d’individus en 2014, soit une baisse annuelle moyenne de 9,4%. C’est ce qui ressort de l’étude menée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur la cartographie de la pauvreté multidimensionnelle au Maroc en 2014 et dont les résultats ont été présentés ce mercredi 4 octobre à Rabat.

85,4% des pauvres vivent en milieu rural

Cette baisse globale cache toutefois des disparités énormes entre le milieu urbain et le milieu rural. "J’ai déjà eu l’occasion de déclarer plusieurs fois que si les taux de pauvreté étaient devenus statistiquement insignifiants dans le milieu urbain, la pauvreté reste le phénomène rural par excellence", a admis Ahmed Lahlimi Alami, Haut-commissaire au Plan.

Et les chiffres le confirment puisque la grande majorité (85,4%) des personnes pauvres vit dans les campagnes. Pire, cette proportion s’est dégradée en 10 ans vu qu’elle n’était que de 80% en 2004. Pourquoi alors une telle différence ? La source à l’origine de ce problème est à chercher au niveau des différents domaines de privation qui constitue la pauvreté.

La non-scolarisation des adultes explique à elle seule 34% de la pauvreté nationale

Car ce qu’il faut préciser c’est que contrairement à la pauvreté monétaire qui ne prend en compte que le revenu des ménages, la pauvreté multidimensionnelle s’intéresse à un large faisceau de besoins, dont l’absence de satisfaction constitue "un facteur de prévalence". Ces besoins portent notamment sur l’accès aux services de base (eau, électricité, assainissement), les conditions de logement, l’éducation la santé ainsi que les moyens de communication. "Si une personne cumule un certain nombre de privations et n’arrive pas à réaliser au moins 30% de ses besoins, elle est considérée comme pauvre", explique Lahlimi.

Le plancher du logement est-il sale, en sable ou en terre battue ? Le ménage cuisine-t-il avec du bois, du charbon ou du fumier? Un des enfants en âge de scolarisation fréquente-t-il ou non l’école? Autant d’aspects auxquels s’est intéressé le HCP pour dresser sa cartographie. Il en ressort que la privation en termes de scolarisation des adultes explique à elle seule 34% de la pauvreté au niveau national. C’est d’ailleurs un problème commun aux villes et aux campagnes. La seule différence entre les deux réside dans l’accès aux infrastructures de bases qui explique 21,2% de la pauvreté rurale (9,7% de la pauvreté urbaine) alors que les villes souffrent davantage de l’accès aux soins qui explique 24,5% de la pauvreté citadine (8,7% de la pauvreté rurale).

Les "pauvres des pauvres"

Au niveau régional, l’incidence de la pauvreté multidimensionnelle a baissé dans toutes les régions du royaume entre 2004 et 2014, même si la moitié des régions enregistrent un taux de pauvreté supérieur à la moyenne nationale qui est de 8,2%. Selon le classement du HCP, la région la plus pauvre est Béni Mellal-Khénifra (13,4%) suivie de Marrakech-Safi (11,3%) et Drâa-Tafilalet (10%). Inversement, le top trois des régions les moins pauvres compte Lâayoune-Sakia Al Hamra (1,7%), Dakhla-Oued Eddahab (3,8%) et Casablanca-Settat (4,1%). Mais si le taux de pauvreté classe la région Béni Mellal-Khénifra comme la plus pauvre, c’est la région Marrakech-Safi qui abrite le plus grand nombre de pauvres au Maroc.

Fait assez marquant pour être souligné, la pauvreté multidimensionnelle a été réduite, en termes de variation absolue, de 30 points de pourcentage dans les communes rurales qui ont été ciblées par l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) contre une réduction de 25,2 points de pourcentage dans les communes rurales non ciblées par l’opération. Ce qui soulève la question de l’efficacité de l’INDH, question à laquelle Lahlimi a élégamment "oublié" de répondre.

À noter que les personnes qui souffrent de pauvreté multidimensionnelle ne sont pas forcément celles qui souffrent de pauvreté monétaire. Au total, 2,3 millions de personnes connaissent uniquement la pauvreté multidimensionnelle et 1,2 million uniquement la pauvreté monétaire. Le noyau dur de la pauvreté ou les "pauvres des pauvres" selon l’expression du Haut-commissaire au Plan est constitué de 463.000 personnes qui cumulent à la fois les deux types de pauvreté.

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